Georges Depeyrot, Henry Cohen et un siècle de recherches numismatiques

 

En octobre 1995 paraissait une réédition des 8 volumes de l'ouvrage d'Henry Cohen, Description des monnaies frappées sous l'Empire romain communément appelées médailles impériales par les soins de la Maison Florange. Elle fut rapidement épuisée et en courant 1998, nous avons envisagé de procéder à un nouveau tirage.

L'édition de 1995 avait été précédée d'une courte introduction. En toute logique, ce texte de présentation fut complété en vue de cette nouvelle impression, qui, malheureusement, ne vit jamais le jour.

C'est donc ce document que nous présentons.

Georges Depeyrot, avril 2007

 

Préface à la seconde réédition Florange

En octobre 1995, soit il y a à peu près 2 ans paraissait la première réédition de l'ouvrage d'Henry Cohen, Description des monnaies frappées sous l'Empire romain communément appelées médailles impériales par les soins de la Maison Florange, avec une introduction complémentaire.

Nous avions décidé, d'un commun accord, de tout faire pour que le prix d'un tel livre soit abordable pour chacun: absence de droit d'auteur, marge très faible, bonne gestion des stocks, tout devait permettre une bonne diffusion de cet ouvrage indispensable. Le succès de cette impression fut inattendu. En deux ans, plusieurs centaines de séries furent vendues, sans compter les volumes vendus à l'unité, puisque la possibilité était offerte pour la première fois d'acquérir les tomes à l'unité. L'absence d'ouvrage tant soit peu synthétique sur le marché français explique en grande partie ce succès. Les collections nationales françaises ne sont pas assez souvent publiées et ne sont pas près de l'être, même si plusieurs collections ont fait l'objet d'études.

La forte demande continue nous a invité à modifier les quelques pages d'introduction. Nous voulions d'une part tenir compte de la publication de plusieurs ouvrages depuis octobre 1995, mais aussi tenir compte des nouvelles orientations de la recherche telles que nous avons pu les examiner dans le dernier congrès international de Berlin (septembre 1997) pour compléter la présente introduction.

Les recherches publiées en langue française sont encore trop rares, du moins si on effectue une comparaison avec les publications anglo-saxonnes. Trop de musées délaissent la publication des collections nationales au profit de travaux personnels à l'issue aléatoire. Nous pouvons donc penser que pendant des années, les rééditions complétées seront les livres de départ de toute nouvelle recherche. Certes, il est souhaitable que ces anciennes et indispensables publications soient remplacées par des ouvrages de synthèse, mais, en attendant, le maintien de la disponibilité des grands classiques est une nécessité publique: c'est dans cet esprit que nous avons publié avec complément les œuvres de Cohen, Poey d'Avant, Belfort, Prou.

Depuis la dernière édition du Cohen complété, plusieurs ouvrages sont disponibles. Nous avons ventilé ces nouvelles recherches dans les divers chapitres. Notons cependant que les recherches actuelles semblent s'orienter vers des travaux mineurs et ponctuels au détriment des synthèses qui sont susceptibles de faire avancer les connaissances. On ne peut qu'être surpris de certaines des communications du congrès international de Berlin dominées par un goût du détail, traduction d'une mauvaise compréhension de la globalité des systèmes monétaires, voire même une absence de maîtrise des notions fondamentales de la numismatique telle que la métrologie ou la cartographie. Ce courant de micro-numismatique semble correspondre au courant de la micro-histoire ou à la "crise de l'histoire" selon le terme médiatique.

Les travaux sur la circulation monétaire manquent, malgré la publication récente des derniers volumes du FMRD et de ses avatars. On reste en attente de publications capables de fournir des précieuses informations sur les découvertes archéologiques dans la partie orientale de l'Empire. Les trouvailles effectuées sur les sites grecs, moyen-orientaux, égyptiens ne sont pas encore publiées (pour le Maroc nous publions sous peu un énorme site archéologique). On ne saurait non plus exonérer les numismates de "l'intérieur" de l'Empire. La France, par exemple, manque de très grandes publications. Il reste paradoxal que les plus grands sites de référence soient situés aux confins de l'Empire.

Un constat pessimiste ne saurait nous entraîner à sous-estimer l'importance des études en cours. Le prochain congrès de Madrid en septembre 2003 devrait être celui du retour à des travaux globaux. Le dynamisme de nouveaux lieux de publication (Moneta en Belgique, Transeuphratène en France, Ennere en Italie, etc.) devraient permettre d'augmenter les capacités globales en cette matière, et pallier le repli des sociétés scientifiques traditionnelles qui n'ont su évoluer. L'exemple de Cohen doit nous rappeler que seuls les travaux publiés contribuent à l'avancement des recherches. Malgré les difficultés Cohen, humble surnuméraire de la Bibliothèque nationale, a plus contribué, en publiant ses ouvrages, à l'avancement de la discipline que tous ses critiques: qui se souvient des noms des académiques fonctionnaires des musées de la fin du dix-neuvième siècle ?

Les publications de collections publiques ou de trésors risquent de sortir de leur atonie. En France, on suivra avec intérêt les publications du Musée de Lyon, en attendant la poursuite des volumes de celui de Charleville. L'Italie doit beaucoup au dynamisme de R. Martini qui assure un débit régulier d'excellents travaux, l'Espagne aux équipes madrilènes ou catalanes.

Le corpus monétaire est un exercice de style qui encore trop dédaigné. Les travaux sur le second siècle sont trop peu nombreux, en particulier pour vérifier ou élargir l'hypothèse des ateliers multiples qui auraient secondé Rome dans les productions de monnaies lourdes et pour affiner la chronologie. On attend aussi plusieurs sommes des travaux sur le troisième siècle permettant enfin de renouveler nos analyses de la crise. Les recherches en cours de D. Hollard, de C. King devraient nous en apprendre beaucoup. Les études effectuées depuis plusieurs années sur les émissions d'imitations de cette période devraient donner lieu d'ici à quelques années à de somptueuses synthèses, à en juger par les documents que nous avons pu examiner.

L'étude de la propagande et de l'idéologie qui a bénéficié de l'énorme volume de Pierre Bastien consacré aux bustes reste un travail difficile et peu de travaux ont été publiés sur des sujets qui nécessitent de bonnes connaissances de l'ensemble d'un monnayage.


 

Henry Cohen et un siècle de recherches numismatiques

L'œuvre d'Henri Cohen est principalement connue par deux grands ouvrages numismatiques qui ont servi de manuels de classement depuis leur publication. Le premier est sa Description générale des monnaies de la République romaine communément appelées médailles consulaires, parue en 1857. Le nom de Cohen est surtout associé à sa Description des monnaies frappées sous l'Empire romain communément appelées médailles impériales, parue dès 1859. Dans cette réédition, nous avons tenté de dresser pour chaque volume une sorte de complément permettant aux collectionneurs comme aux étudiants d'utiliser les volumes comme base de travail leur signalant les compléments et les nouvelles recherches. Dans le premier volume de cette réédition, il m'a semblé particulièrement important de présenter, avant toute autre recherche, l'homme et son œuvre, puis de consacrer un chapitre aux évolutions techniques ou conceptuelles qui ont permis aux recherches d'évoluer.

1 Henry Cohen: l'homme et l'œuvre

L'homme

Au sein de la communauté des chercheurs et des numismates du dix-neuvième siècle, Cohen apparaît comme un marginal.

Il naquit en 1806 à Amsterdam et ses parents vinrent s'installer à Paris dès 1811. Il semble y avoir reçu une éducation bourgeoise classique, s'initiant et se passionnant pour la musique classique, plus particulièrement pour le chant. Il écrivit au moins huit ouvrages de théorie dont un Traité d'harmonie pratique qui fut publié en 1841, refondu et republié en 1854, puis une nouvelle fois en 1875. De même, son Traité élémentaire et facile de contrepoint et de fugue fut publié en 1872 et 1874. Il publia entre 1829 et 1879 quelque 52 chansons de divers styles et en composa au moins 11 autres qui restèrent inédites. La majeure partie de ces œuvres (les deux tiers) a été composée avant 1861. En réalité, il semble qu'il y ait eu deux parties bien distinctes dans la vie de Cohen. Dans sa jeunesse, il s'intéressa principalement au chant et à partir du milieu du dix-neuvième siècle, il se convertit à la numismatique. Le tournant semble avoir été marqué par la publication d'un texte dans la Revue Numismatique en 1854, soit à l'âge de 48 ans.

Cohen attachait depuis certainement longtemps un intérêt certain pour les émissions monétaires antiques, mais ce n'est que le 21 décembre 1851 qu'il pénètre au Cabinet des Médailles. Il se penche immédiatement sur l'étude des émissions de la République, travail qui se soldera par la publication de la Description générale des monnaies de la République romaine communément appelées médailles consulaires en 1857. Cet ouvrage devint rapidement le traité de référence et la base de toutes les recherches ultérieures. Vraisemblablement sans guère de ressource que ses rentes, il s'appuya sur la publication de sa description pour quémander un poste au Cabinet des Médailles, faisant remarquer le 16 décembre 1857 dans une lettre à l'administrateur de la Bibliothèque, que ce travail, "je l'ai entrepris et achevé sans demander de rémunération, mais dans la seule espérance d'être appelé plus tard à continuer le catalogue des autres médailles antiques du Cabinet". Les fonctionnaires du Cabinet se succédaient. Cohen avait alors fréquenté A. Duchalais entré en 1842, mort en 1854, H. Lavoix recruté en 1849, Ch. Dauban entré en 1854 puis parti en 1858, J.-B. Muret recruté en 1831, puis E. Muret son fils recruté en 1857. Entre 1851 et 1857, il ne bénéficia pas du poste libéré par le décès de Duchalais en 1854. Ce fut vraisemblablement le recrutement d'E. Muret par son père en 1857 qui l'obligea à cette demande écrite du 16 décembre 1857.

Cette situation précaire ne l'empêcha pas de continuer son œuvre, en s'attachant à la publication des monnaies impériales. Les deux premiers tomes de sa Description des monnaies frappées sous l'Empire romain communément appelées médailles impériales parurent dès 1859, le troisième et quatrième tomes en 1860, le cinquième en 1861 et le sixième et dernier en 1862. Le besoin se faisait sentir d'un complément qui parut sous forme d'un septième volume (supplément) en 1868. La sortie des deux premiers volumes et le départ de Dauban en 1858 rendaient inévitable son recrutement, d'autant que sa situation financière était devenue catastrophique: il avait même été obligé de vendre son propre volume de sa Description générale des monnaies de la République romaine communément appelées médailles consulaires. Il ne fut cependant recruté qu'en décembre 1859 en qualité de surnuméraire, catégorie la plus basse du moment. Ce fut en tant que tel qu'il reçut le prix Allier de Hauteroche décerné par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres lors de sa séance du 3 août 1862. Il fut cependant promu employé de 3e classe le lendemain ! Sa carrière se poursuivit très lentement: il ne fut nommé bibliothécaire qu'en 1875 à 69 ans.

Il fut chargé de dresser la liste des monnaies volées en 1831: 60 médaillons et 934 monnaies d'or dont la liste n'était toujours pas établie, près de 30 années après le vol. Il acheva ce travail en 1863.

Dès cette date, il entreprit de dresser le reclassement et l'inventaire des collections de monnaies romaines. Il acheva le 24 janvier 1874 celui des monnaies d'or et le 8 juillet de la même année celui des monnaies de bronze. Il avait ainsi décrit plus de 30.000 monnaies dont le classement reste encore utilisé.

Enfin, il procéda à plusieurs inventaires des très grandes collections qui furent incorporées au Cabinet. Il s'attacha aux monnaies républicaines dont il classa et rédigea l'inventaire des 10.000 premières, travail qui fut alors complété par E. Babelon.

Parallèlement, la diffusion de sa Description des monnaies impériales lui permit de correspondre avec les principaux savants nationaux et étrangers. De nouvelles espèces lui furent signalées. En 1868, il publia un premier complément intitulé supplément et en 1876 son Guide de l'acheteur des monnaies romaines et byzantines. Reconnu comme le spécialiste des frappes romaines, il entreprit de refondre sa Description des monnaies frappées sous l'Empire romain communément appelées médailles impériales. L'organisation des monnaies fut revue, de très nombreux nouveaux exemplaires furent ajoutés, le total passant de quelque 25.000 types à 30.000 environ. Il eut le bonheur de déposer le 1er mai 1880 le premier tome de cette nouvelle édition avant de décéder le 17 mai. C'est cette édition qui fait maintenant autorité.

Le chercheur et son milieu

Travailleur infatigable, Henry Cohen resta un marginal dans le monde numismatique français.

Sa Description générale des monnaies de la République romaine communément appelées médailles consulaires, parue en 1857 fut supplantée assez rapidement par le volume d'Ernest Babelon, Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine vulgairement appelées monnaies consulaires, publié en 1885-1886, soit très peu de temps après la mort de Cohen (1880). La rapidité de cette publication laisse penser qu'il y avait chez Babelon, entré en 1878 au Cabinet des Médailles à l'âge de 24 ans, une volonté de remplacer dans l'esprit des collectionneurs le souvenir de Cohen qu'il dut fréquenter au moins durant les années 1878-1880, période où Cohen dressa l'inventaire des monnaies de la République romaine. En septembre 1879, Babelon prit sa suite et n'acheva son travail qu'en 1881, un an après la mort de Cohen, et 4 années avant la publication de son propre ouvrage où il procéda à une vive critique de l'œuvre de Cohen. En réalité, une bonne partie du travail de Babelon résultait des classements de Cohen, et ses critiques n'avaient d'autre volonté que de diminuer le rôle du vieux chercheur qu'était alors Cohen. Sans cette indélicatesse, l'œuvre de Cohen eut été plus longtemps utilisée.

La Description des monnaies frappées sous l'Empire romain communément appelées médailles impériales, ne connut pas le sort de sa description des monnaies républicaines. L'œuvre parut dès 1859, soit deux années après la République, le sixième et dernier tome parut en 1862. Mais ce fut surtout la seconde édition qui est la plus célèbre. Elle sortit pour partie du vivant de Cohen, mais le dernier des huit tomes parut uniquement en 1892. Cet ensemble est encore un ouvrage de référence. Il fut publié à nouveau en 1955, 1957, 1964, 1976, 1979 et 1983. Toutes ces réimpressions se contentaient de reproduire les volumes de l'édition de 1880-1892.

M. Chabouillet, prenant la parole le 19 mai 1880 sur la tombe de Cohen, en constatant que Cohen "avait commencé par l'emploi trop modeste de surnuméraire, (qu'il) ne franchit pas aussi rapidement que tout le monde l'aurait voulu les degrés qui le séparaient du grade de bibliothécaire" crut bon de dédouaner la Bibliothèque en attribuant ce retard aux "règlements et nécessités budgétaires" (Publiée dans le tome 2 de la seconde édition de la Description des monnaies frappées sous l'Empire romain communément appelées médailles impériales). Cohen ne fit jamais partie des responsables de la Revue Numismatique qui resta aux mains de Joseph de Witte et d'Henri de Lompérier, respectivement membre étranger et membre de l'Institut. Il n'y collabora que très peu, ne publiant que 5 textes (en 1854, 1858, 1860 et 1868). Il aurait pu constater que les très nombreux travaux d'Henry Cohen ont été publiés par Rollin et Feuardent, marchands de monnaies qui assurèrent la sortie de la description des monnaies de la République puis celle des deux éditions de la Description des monnaies de l'Empire romain qui auraient pu trouver leur place dans les publications de la Bibliothèque à côté des ouvrages des autres fonctionnaires du Cabinet. Son travail sur le vol de 1831, qui aurait pu faire connaître une vaste série d'espèces est encore inédit.

Cette marginalité fut certainement compensée par les nombreux liens qui unissaient Cohen au milieu des marchands de monnaies. Nous avons déjà souligné le rôle de Rollin et Feuardent dans la publication des descriptions. Il est très vraisemblable que les commerçants le poussèrent à l'introduction des évaluations dans ses ouvrages, prix souvent critiqués à l'époque, mais qui apparaissent maintenant être des documents sur les raretés relatives des diverses espèces. Cette collaboration se traduisit par la rédaction par Henry Cohen de plusieurs catalogues de ventes dans les années 1867-1872. Cette activité, quoique ayant été autorisée à M. Dumersan et M. Lompérier, lui fut interdite par l'Administrateur de la Bibliothèque. Il s'en plaignit amèrement, arguant de la maigreur de ses émoluments. Cessa-t-il ce travail ? On peut sincèrement en douter. Il est très vraisemblable qu'elles se poursuivirent sans la signature de Cohen et la publication en 1868 de son Guide de l'acheteur des monnaies romaines et byzantines relève en effet de la même logique. Ces relations étroites ne sauraient être suffisantes pour expliquer la marginalité de Cohen. Dès 1859, Rollin et Feuardent étaient devenus les éditeurs de la Revue Numismatique et le restèrent jusqu'en 1936.

Si l'ouvrage de Cohen resta la référence en matière de numismatique romaine, le souvenir de l'homme ne fut presque pas célébré. La Revue numismatique ne fit même pas l'éloge posthume. Il est vrai que la Revue avait cessé de paraître en 1877 pour ne prendre son rythme de publication qu'en 1883. Dans un court article célébrant le centenaire de la Revue, la rédaction le cita parmi les autres grands numismates ("Chronique", Revue numismatique, 1936, p. 183), mais n'est pas cité dans celui consacré au 150e anniversaire de la création de la Revue. Sans l'appui que lui apportèrent les marchands, sans l'investissement personnel et financier qu'il effectua dans ses recherches, l'œuvre de Cohen serait restée assurément inédite. Les nombreuses lettres et démarches du milieu du siècle témoignent de sa difficulté à s'intégrer dans le milieu des numismates fonctionnaires ainsi que sur le dénuement dans lequel il mena ses travaux. Cette marginalité reste un mystère. En réalité, il est fort vraisemblable que Cohen vécut entre deux grands blocs. La Revue Numismatique du dix-neuvième siècle était largement dominée par les anciens royalistes français qui, souvent éloignés des fonctions politiques par le second Empire, trouvaient là passe-temps et culte du passé (voir les travaux de S. Michon).

Dès le milieu du siècle, le monde numismatique fut marqué par une double évolution. D'une part le milieu des numismates rentiers se détachait du groupe des marchands de monnaies. Les marchands de monnaies avaient joué un rôle déterminant dans la naissance de la revue numismatique. Ils souhaitaient lui donner un rôle dans la fixation "des tarifs d'achats ou d'échange, pour les pièces dont le prix courant n'est pas connu, et de rectifier, s'il y a lieu, les tarifs exagérés que nous ont légués nos prédécesseurs, d'après les nombreux monuments qui sont entrés dans la circulation" (Revue numismatique, 1937, p. 211). Dès la fin du siècle, l'Annuaire de la société française de numismatique et les comptes-rendus de la société française de numismatique. En 1868 leurs auteurs affirmaient être "parfaitement désintéressés et n'ayant ni ne pouvant avoir d'autre désir que celui de servir la science". La séance de la société française de numismatique du 4 décembre 1868 eut à débattre de la candidature de M. Hoffmann, célèbre marchand parisien. Un long incident opposa les membres de cette association sur le fait de savoir si la profession de l'impétrant n'était pas un obstacle à son admission. La seconde évolution fut le développement au sein du corps des numismates en fonction au Cabinet des Médailles de sympathies pour des groupes d'extrême droite antisémites. Pierre Quillard dressa en 1899 la liste des souscripteurs qui participèrent à la collecte en faveur de madame Henry, veuve de l'officier qui avait rédigé le faux bordereau à la base de l'inculpation de Dreyfus: "Du 14 décembre 1898 au 15 janvier 1899, sous prétexte de venir en aide à Madame Henry que personne n'avait attaquée, des hommes pris de folie sanglante s'inscrivirent sur dix-huit listes infâmes; et ce fut un débordement inouï de férocité, de sottise, de crapuleuses injures". Sur une liste des donateurs figurait "Dieudonné (A.), archiviste paléographe" (Quillard, P., 1899, Le monument Henry, liste des souscripteurs classés méthodiquement et selon l'ordre alphabétique, Paris, p. V et 262). Ernest Babelon fit partie du comité d'organisation du 75e anniversaire de la naissance de Fustel de Coulanges sous la houlette de l'Action Française. Maurice Prou conservateur au Cabinet des Médailles, puis directeur de l'École des Chartes dès 1910 révéla dans sa correspondance ses penchants réactionnaires (O. Dumoulin, 1992, "Histoire et historiens de droite", Histoire des droites en France, 2, Culture, J.-F. Sirinelli éd., Paris, p. 350 & 361).

Ainsi la marginalité de Cohen peut fort bien s'expliquer aussi bien par une méfiance vis-à-vis du milieu des marchands de monnaies qui se développa dans les cénacles positivistes de la fin du dix-neuvième siècle que par l'antisémitisme qui régnait dans certains milieux du dix-neuvième siècle et du début du vingtième siècle. Cette situation le fait trop souvent oublier des synthèses sur la recherche numismatique au dix-neuvième siècle (J.-B. Giard a ainsi pu effectuer un travail de synthèse sur la numismatique du dix-neuvième siècle sans même citer son nom).

Bibliographie

Nous suivons dans cette biographie le travail de M. Amandry, Henry Cohen (1806-1880), Paris, 1980. Sur l'histoire de la revue numismatique, on peut consulter l'article de Lafaurie, J., 1986, "La Revue Numismatique a 150 ans", Revue numismatique, p. 7-50.

Sarmant, Th., 1994, Le Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale, 1661-1848, Paris.

Giard, J.-B., 1986, "L'évolution de la numismatique antique au XIXe siècle", Revue suisse de numismatique, p. 167-174.

Giard, J.-B., 1980, "Critique de la science des monnaies antiques", Journal des Savants, p. 225-245.

Michon, S., Les pratiques des collectionneurs de monnaies antiques dans la première moitié du XIXe siècle. Trois exemples provinciaux: Chapet, Jourdain et Leys, Mémoire EHESS, 1990

Les principes de l'œuvre

La méthodologie de la description

Les biographies

Chaque série de description est introduite par une notice biographique permettant de situer chronologiquement l'empereur, son règne et rappelant les hauts faits de chaque moment. Ces notices s'inscrivent largement dans une optique moralisante de la biographie. Les références aux textes utilisés sont absentes et on y retrouve tous les poncifs des historiens antiques: les vices de Néron, l'avarice de Vespasien, la probité de Trajan, etc., jusqu'au constat de décès de l'Empire sous Romulus Augustule.

Cette volonté de présenter des notices biographiques était une habitude des numismates et était directement issue des traditions des pionniers de la Renaissance (Nous manquons d'une histoire de la numismatique comme science. On peut consulter le travail de Giard en attendant. En effet, les premiers ouvrages privilégiaient une présentation des portraits des hommes célèbres de l'antiquité, ce qui initia une grande production de fausses pièces complétant ces galeries ou présentant les empereurs sous des traits plus ou moins flatteurs en fonction des témoignages des antiques. Ces planches et ces présentations de monnaies étaient précédées des rappels des grandes (et moins grandes) actions de chacun. Les rois recherchaient dans ces monnaies anciennes des prototypes de leurs frappes (à ce sujet voir les travaux de M. Veillon, Médailles des rois de France au XVIe siècle: représentation et imaginaire, Thèse EHESS, 1990).

Cohen comme les autres auteurs du dix-neuvième siècle, s'inscrivit dans la continuité.

Le classement par effigie

Le classement par personnage d'effigie est le mode d'arrangement courant et dominant dans les publications numismatiques du dix-neuvième siècle. On retrouve cette disposition par exemple dans les travaux de Maurice Prou sur les émissions mérovingiennes et carolingiennes et dans ceux de Gariel sur les frappes des rois carolingiens. Cette méthode de classement correspond parfaitement à l'idée d'une recherche historique qui s'attache davantage aux rois et aux empereurs, qu'aux évolutions chronologiques. Pour des périodes antérieures, on retouche ce même principe dans les classements des émissions de la République Romaine. Les publications de Cohen sur ces frappes, de même que celles de Babelon privilégiaient les classements par famille, davantage que par chronologie qui était, à cette époque encore mal assurée. Le dix-neuvième siècle s'attache plus à l'histoire des grands hommes qu'à celle des évolutions diachroniques.

Cette solution aboutit à séparer systématiquement les séries monétaires en fonction des types d'effigie, créant même parfois des ensembles particuliers lorsque deux empereurs ou deux personnages étaient associés au sein d'une émission. On peut prendre comme exemple les émissions du début de l'Empire où Auguste est tantôt associé à Agrippa, à Julie, à Livie, à César, etc., ce qui oblige Cohen à créer à chaque fois une nouvelle rubrique. Ce système se complique avec les émissions monétaires attribuées aux familles romaines. Il s'agissait des monnaies émises selon le système administratif républicain faisant figurer le nom du magistrat monétaire responsable de la frappe. Cohen les a regroupées à la fin du classement des frappes impériales, créant un curieux mélange entre les principes valant pour les émissions impériales (par ordre alphabétique) et républicaines (par famille).

A l'intérieur de chaque série, les monnaies sont classées par type de revers, selon le classement alphabétique des légendes. Les émissions sans légende sont regroupées à la fin de chaque série.

La Description marque donc une étape majeure dans le développement du classement des émissions monétaires. Dès la fin du dix-neuvième siècle et surtout au vingtième siècle le classement par séquence chronologique ou par date, mélangeant l'ensemble des acteurs et personnages d'effigie, domine.

Les ateliers

La question des ateliers monétaires n'est pas encore un des axes de recherche de la numismatique romaine. Certes, les premières recherches avaient permis d'établir une typologie et d'attribuer à certaines villes des émissions particulières. Ce fut le cas des premières recherches sur les émissions du début de l'Empire. Cohen ne se la pose que par le biais des émissions monétaires municipales ou locales qui sont clairement indiquées comme produites par une cité. C'est le cas des frappes espagnoles, orientales ou des émissions de Nîmes que Cohen individualise de façon claire.

En réalité, Cohen n'envisage la question des ateliers qu'à travers la question de la relation entre l'autorité émettrice et la frappe. Les frappes qui dépendent d'une autorité qui semble être ou qui est affiché comme municipale relève des frappes locales, classées en tant que telle. A l'inverse, les frappes, mêmes localisées dans diverses villes de l'Empire, qui relèvent en raison de leur typologie de la propagande impériale, ou qui ne présentent pas d'indication explicite de l'autorité municipale ou régionale, sont classées par Cohen parmi les frappes impériales. C'est le cas des émissions orientales des cités grecques en particulier, que Cohen considère, en raison de l'utilisation de caractères non latins, et en raison de l'indication de marques de villes comme étrangères aux frappes impériales. Il cite néanmoins les municipes et les caractéristiques des espèces (grand bronze, moyen bronze, etc.) en fin de chapitre. Le cas le plus explicite reste celui des émissions occidentales. Les frappes de Nîmes, portant la légende NEM COL sont présentées comme "frappées dans les colonies" (p. 179), alors que les frappes de Lyon à légende ROM ET AVG (p. 95) sont classées parmi les monnaies impériales. Cohen justifie son classement en reconnaissant l'origine lyonnaise de ces frappes, mais en se rattachant à l'usage.

Ce principe l'amènera donc à négliger, comme nous l'avons vu, les frappes non officielles. Ces émissions reprenant les types impériaux, il les inventorie parmi les types officiels. Ce postulat posera davantage de problèmes pour les émissions du Bas-Empire. Il n'était pas question à cette époque de distinguer les styles des graveurs, des ateliers et des émissions. Par contre, les marques des ateliers pourtant explicites ne furent pas distinguées et analysées. Pas d'attribution à des ateliers spécifiques, puisque toutes ces monnaies relevaient de la même volonté impériale. Ce concept a certainement été influencé par le système des émissions monétaires françaises du dix-neuvième siècle. Les frappes du second Empire, tout comme les premières émissions de la troisième République, étaient effectuées dans plusieurs ateliers, mais relevaient toutes de la même autorité et de la même typologique. Cohen a donc "relu" les émissions monétaires romaines à la lueur des frappes du dix-neuvième siècle.

La recherche systématique des ateliers fera partie des recherches ultérieures.

Le système monétaire

La question de la reconstitution du système monétaire ancien, c'est à dire celui du Haut - Empire si nous négligeons les questions du Bas - Empire, ne s'était pas encore posée dans les années du second Empire. Ayant nié la pertinence de la métrologie comme facteur discriminent pour constituer des ensembles présentant des caractéristiques physiques similaires, il était impossible à Cohen et aux autres numismates de reconstituer le système monétaire impérial. Ils se contentaient d'un vague classement par module. Il joignit à la fin du troisième volume, puis des tomes suivants l'échelle de Mionnet permettant de calculer les modules des espèces selon un système assez ingénieux.

Les recherches sur les dénominations et le système monétaire ne semblent pas avoir débuté avant l'extrême fin du dix-neuvième siècle, avec la publication en 1898 d'une série de recherches de M. S. Soutzo qui proposa de sérier les frappes monétaires et avança les premiers noms de monnaies, poursuivant ainsi les travaux de Soutzo publiés dès 1898 (Soutzo, M. S., 1898, "Études sur les monnaies impériales romaines", Revue numismatique, p. 231, 478, 681 suivantes. Ces recherches ont été analysées par Le Roy, M., 1994, "Le mythe du sesterce de bronze", Cahiers numismatiques, p. 13-17). Il fallut attendre la "révolution Mattingly des années 20 pour voir une mise en lumière de l'ensemble du système monétaire du Haut-Empire.

Les monnaies particulières

Henry Cohen eut quelques difficultés à interpréter le statut des médaillons, sans doute en raison de son incompréhension du système monétaire. Il n'y vit que des objets distribués lors des festivités, des objets servant à des dons entre protégés ou pouvant servir de décoration particulière.

Il intégra dans sa description des objets que les numismates ont maintenant tendance à ne plus considérer comme des monnaies, il s'agit des tessères, sortes de jetons ainsi que les spintriennes, objets monétaires à décors pornographiques qu'il vit comme des jetons d'accès à des spectacles peu équivoques. Il formula une même interprétation pour les contorniates, sorte de billets d'accès aux jeux du Cirque.

Les contremarques ne retinrent son attention que de façon ponctuelle, tout comme les médailles incuses.

Il semble, à bien le lire, qu'il ait eu de la monnaie une vision très commercialisante. Tout objet rond, présentant l'aspect d'une monnaie, devait s'inscrire dans une relation d'échange, achat (monnaie), ou preuve d'un achat (jeton d'accès aux spectacles des Cirques ou aux lupanars). Cette difficulté à concevoir d'autres fonctions que d'achat (rejet des fonctions de la médaille, de la fonction de la monnaie comme support d'une propagande en dehors du commerce) semble être typique du dix-neuvième siècle, phase de développement et de domination du commerce et de l'idéologie commerciale.

Les points trop traditionnels

Les collections de référence

La notion de corpus implique, à l'heure actuelle, un inventaire le plus détaillé possible des collections monétaires, catalogues de ventes ou publications. Cette situation ne saurait nous faire oublier que la pratique de la recherche était fort différente au siècle dernier, ne serait-ce qu'en raison du rôle mineur des catalogues de vente, peu ou pas illustrés, de l'absence de gros inventaires de collections publiques ou privées, de l'absence de circulation de photographie, etc. La seule façon de travailler sur des monnayages conservés dans des collections éloignées était soit de se rendre sur le lieu de conservation, soit d'obtenir des dessins ou surtout des moulages des monnaies étudiées. L'ampleur du travail de Cohen disqualifiait une telle possibilité. Il lui eut fallu disposer des moulages de la totalité des émissions monétaires romaines des collections européennes ! Compte tenu des problèmes financiers que nous avons évoqués plus haut, la possibilité de se rendre dans les collections étrangères était nulle pour Henry Cohen. Son travail se fonda donc sur la collection du Cabinet des Médailles de Paris, sur les principales collections privées du moment et sur celle de Londres qu'il dut pouvoir consulter (M. R. Bland a bien voulu nous préciser qu'il était impossible de retrouver la trace d'un éventuel passage de Cohen à Londres: les archives ont été détruites pendant la dernière guerre. De même M. F. Campbell n'a pu retrouver de traces de Cohen à New York). Par contre, il sut mettre à profit les publications des collections qu'il trouvait à la Bibliothèque impériale puis nationale. C'est ainsi qu'il put intégrer les collections de Vienne, Copenhague, Turin, entre autres.

Cette limitation fut également contournée par l'importante correspondance qu'il dut recevoir après la sortie de sa première édition. Entre la sortie de la première édition et la seconde, il ajouta près de 5.000 monnaies, soit près de 20 % de plus que le nombre de types contenus dans l'édition première.

L'illustration

La photographie fit son apparition dans la Numismatic Chronicle de Londres en 1873. Elle fut suivie par le Zeitschrift für Numismatik de Berlin dès 1876, puis en 1877 par le Numismatiche Zeitschrift de Vienne. La Revue numismatique avait suspendu sa parution en 1877; elle reparut en 1883, soit quelque temps après la mort de Cohen, mais n'adopta la photographie qu'en 1884, suivie par la Revue Belge de Numismatique en 1885. Le premier tome de la seconde édition de la description eut pu bénéficier de la première vague de développement de la photographie. Le second paru en 1882, de même que le troisième paru en 1883, aurait encore pu bénéficier d'une innovation technique. Par contre, l'absence de l'emploi de la photographie dans les autres volumes témoigne d'un retard technologique. Lors de la publication du dernier fascicule en 1892, la photographie avait remplacé la gravure, sauf dans quelques cas bien précis comme lors de la publication de l'Atlas de monnaies gauloises d'Henri de La Tour publié en 1892 à Paris où l'état médiocre des monnaies de billon ou de bronze rendait sans effet l'amélioration technique liée à l'emploi de la photographie. La seconde raison du retard de l'introduction de la photographie est liée à la qualité du spécialiste de la gravure des planches de monnaies, Léon Dardel qui collabora à la Revue numismatique à partir de 1844 et jusqu'en 1888 et fut l'auteur des planches de l'Atlas de monnaies gauloises d'Henri de La Tour. Pendant cette période, il grava pour illustrer la majeure partie des grands ouvrages de numismatique, outre les livres déjà cités, ceux de Poey d'Avant, Sabatier, de Witte, Hoffmann, Caron, etc. (cette question a été parfaitement étudiée par Hollard, D., 1991, "L'illustration numismatique au XIXe siècle", Revue numismatique, p. 7-42).

La description de Cohen est donc réellement le dernier grand ouvrage illustré par des planches gravées. Ce n'est pas encore l'ouvrage à illustration photographique tel que les grands ouvrages de classification le devinrent au cours du vingtième siècle.

La métrologie et l'étude des flans

Au moment où Cohen s'attacha à la préparation de la seconde édition de la description, la métrologie ou étude des poids des espèces était encore balbutiante. Les travaux de Th. Mommsen qui venaient d'être traduits en français et publiés en 1873 (Th. Mommsen, Histoire de la monnaie romaine, Paris, 1865-1875, traduite par le duc de Blacas et publiée par J. De Witte est cité par Cohen dans le tome 1, p. XVI). Les premières recherches avaient été effectuées sur les frappes d'or et d'argent du début de l'Empire. Il cite en outre une publication de la Nauze (Mémoire de l'académie des inscriptions et Belles-Lettres, tome XXX citée par Cohen tome 1, p. XVII) sur la métrologie des émissions des monnaies d'or. Ces recherches étaient à cette époque davantage des commentaires des informations données par Pline sur les émissions monétaires romaines (Pline l'Ancien, Histoire Naturelle, XXXIII, H. Zehnacker, Paris, 1983). Cohen pesa cependant quelques lots de monnaies, 12 aurei d'Antonin le Pieux, 12 de Marc Aurèle et 33 de Septime Sévère. S'il trouve quelque cohérence au sein des émissions du Haut-Empire, il conclut très rapidement à l'incohérence des poids des troisième et quatrième siècles. Enfin, généralisant le fait que ses quelques poids de monnaies d'or de Néron ne correspondent pas au poids théorique de 45 à la livre donné par Pline, il ne donne pas tort à l'autorité de Pline, mais évoque la qualité de l'échantillon. Enfin, il arrive à rejeter la pertinence de toutes les pesées pour les espèces de l'Empire et donc que toutes les monnaies avaient des poids différents. Un tel raisonnement ne pouvait que surprendre à une époque où le franc de germinal circulait depuis près de 75 années, et où la stabilité monétaire était la règle depuis 1726. Il s'en tira par une pirouette en concluant que le fait de maintenir dans la circulation des espèces lourdes et légères sans refonte spéculative était une preuve supplémentaire de la probité des anciens Romains (Cohen, Tome I, p. XXII ).

Il en est de même avec les études de coins et de métaux qui n'avaient pas fait leur apparition à cette époque, du moins dans leur application aux monnayages anciens. Nous devons cependant pondérer ce point de vue en rappelant que les monnaies conservées dans le Musée monétaire de l'Hôtel de la Monnaie de Paris faisaient souvent l'objet d'analyses de titres. Obligée d'accepter les espèces démonétisées en fonction de leur poids de fin et de les échanger contre des espèces contemporaines, la Monnaie de Paris avait établi toute une longue sorte de catalogue des monnaies donnant poids moyen et titre. C'est ainsi que plusieurs monnaies gauloises firent l'objet d'analyses, comme les autres espèces nationales, les mérovingiennes, ou carolingiennes, etc. (par exemple, les monnaies gauloises du trésor de Goutrens (1867) entrées en 1868 à la Monnaie de Paris, y furent analysées: Richard, J.-C., 1985, "Monnaies de la Gaule et des Celtes", dans Les collections monétaires, I, Monnaies du monde antique, publié sous la direction de G. Depeyrot, par Ch. Augé, G. Depeyrot, J.-Cl. Richard, Paris, p. 44). Si cette étude n'a pas particulièrement intéressé Cohen, c'est principalement parce que le sujet n'avait pas encore retenu l'attention des chercheurs. Au même moment l'ouvrage de synthèse d'E. Gariel, Les monnaies royales de France sous la race carolingienne, Strasbourg, 1883, ne mentionnait que quelques analyses des alois.

En réalité, les travaux de métrologie étaient très marginaux dans la production scientifique du dix-neuvième siècle. La métrologie ne naquit qu'avec la publication du traité de Friedrisch Hultsch, Griechiche und Römische Metrologie, publié en 1878 et surtout réédité en 1882. A cette époque la seconde édition de la description était trop avancée pour être modifiée. On peut donc considérer que la description est donc un des derniers ouvrages d'une période antérieure au développement de la métrologie.

L'esprit de l'œuvre et sa destinée

L'œuvre de Cohen constituait, à sa mort, un ensemble impressionnant. Il avait donné un inventaire des types monétaires romains de la fondation et de Rome et des premières frappes à la fin de l'Empire. Pour mesurer l'importance de cet apport, il convient de se souvenir que les collectionneurs du début du dix-neuvième siècle ne disposaient pour classer leurs collections que d'ouvrages ponctuels, parcellaires. La riche bibliothèque de Chapet, important collectionneur de Troyes (1771-1838), comprenait les travaux de Mionnet (Du prix et de la rareté des médailles romaines, Paris, 1827) et quelques autres travaux du dix-huitième siècle comme ceux de Banduri, Vaillant, Occo et Mezzabarbe, que Cohen utilisa lui-même (Michon, S., Les pratiques des collectionneurs de monnaies antiques dans la première moitié du XIXe siècle, Mémoire EHESS, 1990). La première édition de la description représentait une avancée considérable.

Un tel ensemble était difficilement modifiable, même si le rythme des découvertes de types nouveau allait bon train. Passe encore pour les séries de la fin de l'Empire. Le passage d'une classification par ordre alphabétique des revers à une classification fondée sur les marques des émissions et la chronologie dut attendre la deuxième guerre mondiale. Encore se fit-il par étapes. En 1927, Mattingly et Sydenham, pourtant les initiateurs de la "révolution Mattingly" classaient encore, dans le volume du Roman Imperial Coinage, les frappes de Gallien, par ateliers, mais en confondant les émissions, l'ordre alphabétique dominant toujours. Il en était de même en 1933 avec le volume de la même série consacré à Probus et à ses successeurs. Elmer en étudiant en 1941 les émissions des empereurs gaulois accomplissait le saut décisif, s'affranchissant définitivement du classement alphabétique des revers pour le classement chronologique et par émission. En 1951, le tome IX du Roman Imperial Coinage, publié par Pearce (Valentinien I - Théodose I), conservait encore des archaïsmes en séparant la liste typologique des revers d'un côté et celle des marques d'ateliers de l'autre. Après cette date, le système par émission domina.

Cette évolution n'affecta en rien la description de Cohen. Dans le second tome publié par Rollin et Feuardent en 1883, après la mort de Cohen, les nouveaux éditeurs avaient émis le vœu de publier en fin du dernier volume un additif avec les nouveaux types que les lecteurs auraient pu leur signaler. Cette intention louable ne se concrétisa pas. Sur la dernière page du tome VIII, ils constatèrent qu'ils avaient réuni une documentation "pas suffisante pour former un neuvième volume, et néanmoins trop considérable pour être jointe à ce huitième volume". Ils se proposaient de rassembler pour un travail à venir les nouveautés signalées. Vœux pieux. Cohen disparu, on se soucia plus de carrières et d'ambitions personnelles que de poursuites d'une œuvre scientifique menée par un modeste employé. C'était l'époque de l'abandon des projets collectifs. Babelon écartait tout projet collectif et se lança dans des ouvrages personnels, comme sa description des monnaies de la République romaine, même si l'ouvrage marquait un certain recul par rapport au travail de Mommsen (à ce propos voir Giard, J.-B., 1980, "Critique de la science des monnaies antiques", Journal des Savants, p. 225-245). Le traité était devenu le genre à la mode en France. Il permettait de longs exposés et même les imprécisions, facilitait le travail personnel, voire narcissique et surtout une mise en valeur qui offrait à l'auteur la possibilité d'espérer les plus hautes reconnaissances, en particulier celles de l'Institut. A. Engel et R. Serrure les premiers publièrent le Traité de numismatique du Moyen-âge, en 3 volumes de 1891 à 1905. Ils récidivèrent en 1897-1899 en publiant en 2 volumes un Traité de numismatique moderne et contemporaine. E. Babelon, publia son Traité des monnaies grecques et romaines de 1901 à 1932. A. Blanchet et A. Dieudonné, y allèrent de leur Manuel de numismatique française publié de 1912 à 1936. Les espoirs d'un grand nombre d'entre eux furent comblés.

En tous les cas, nul ne se sentit le courage ou la volonté de poursuivre le travail de fourmi de Cohen. Les notes conservées par Feuardent ne furent pas publiées. Il était cependant possible de continuer à publier de nouvelles versions du Cohen, en y interclassant les nouveaux types, ou même en modifiant complètement l'ordonnancement des chapitres et des ensembles. Nul n'eut cette ambition.

En réalité dès les années 1920 le début de la "révolution Mattingly" modifia sensiblement les axes de la recherche. Arrivés plus tardivement dans la compétition numismatique, les chercheurs anglais surent utiliser les techniques et les concepts les plus modernes en matière de publication et de classement. En 1923 sortaient le premier tome du Roman Imperial Coinage et le premier tome du Coins of the Roman Empire in the British Museum. Cette "révolution" consistait en plusieurs modifications de l'approche scientifique.

* Le système monétaire était perçu comme un ensemble cohérent de monnaies inscrites dans un système composé de diverses espèces en or, argent et bronze (orichalque ou cuivre) liées entre elles par des relations de multiples ou de divisionnaires. Cette lecture remplaçait la subdivision entre grand, moyen et petit bronze.

* Le premier critère de classement des espèces était le lieu d'émission. On vit alors apparaître des notions parfaitement nouvelles de fermeture ou d'ouverture d'atelier, et les débats se portèrent sur les localisations des centres d'émission.

* Le critère de classement n'était plus l'ordre alphabétique des légendes de revers, mais l'ordre chronologique. Cette chronologie restait parfois imprécise pour certaines frappes, mais dans la majorité des cas les monnaies étaient classées à quelques années près, en fonction des divers titres portés par les empereurs.

* Les émissions étaient alors perçues comme des ensembles regroupant les diverses productions faites en un même lieu et à un même moment, sans plus attacher d'importance au personnage d'effigie qu'au revers. Il en était alors fini de la suprématie accordée par Cohen au personnage du droit comme critère principal de classement.

* L'illustration n'était plus un luxe mais la norme. Les inventaires des collections du British Museum étaient illustrés par la reproduction de presque toutes les monnaies, ce qui permettait de diffuser la reproduction urbi et orbi des types, styles et détails des espèces.

* Enfin, les auteurs anglais reprirent des chercheurs allemands du dix-neuvième siècle les notions de corpus. Ils signalèrent ainsi toutes les pièces manquantes aux collections de Londres.

Cette révolution relégua rapidement au second plan les travaux de Cohen. Une seconde phase de la recherche était alors ouverte. Elle ne fit pas disparaître l'intérêt de la description, mais en en faisant évoluer les concepts, elle permettait d'améliorer notre connaissance des frappes antiques.

2 Introduction à cette édition

Il semble intéressant de mettre à profit une nouvelle édition de l'œuvre de Cohen pour tenter de mesurer les progrès effectués par la recherche depuis cette époque. Il n'est pas question de faire le bilan d'un siècle, voire d'un siècle et demi, de recherches numismatiques en un seul chapitre. La seule finalité de ce travail est de permettre à tout collectionneur, étudiant ou amateur de trouver pour un champ d'investigation déterminé, d'une part la problématique la plus évidente (il n'est pas question d'entrer ici dans les détails des recherches particulières) et une indication des principaux ouvrages ou travaux qui semblent s'être imposés. Devant la masse énorme de papier imprimé, j'ai opté pour un choix privilégiant tout d'abord les ouvrages au détriment des articles (sauf dans les cas où ces articles présentent un intérêt majeur), et privilégiant d'autre part les ouvrages exposant des résultats de recherches récentes. Il ne présente aucun intérêt dans les quelques pages qui nous sont offertes de lister tous les travaux consacrés à Auguste, par exemple: cela manque d'intérêt pour la majeure partie des lecteurs. Par contre, il est primordial de donner la liste des ouvrages indispensables et de localiser ou de permettre de localiser les revues ou publications qui permettront aux lecteurs de retrouver les articles et recherches plus précises.

De même, pour éviter des redites, j'ai donc opté pour une double solution consistant à dresser la liste dans cette partie des ouvrages d'intérêt général, ou du moins dont les champs de recherche étaient supérieurs ou incompatibles avec le découpage des divers volumes de la description. Par contre, les ouvrages et travaux dont les périodes de recherche correspondent à celles qui ont été retenues par Cohen sont listés dans des chapitres consacrés aux divers volumes. De façon générale en cas de multiples éditions, seule la dernière en date est mentionnée.

Les outils

Ouvrages de bibliographie

Les travaux numismatiques ont donné lieu à plusieurs ouvrages de bibliographie qui présentent un bon nombre de publications. Il est donc indispensable de s'y référer avant toute recherche détaillée:

Carvalho, G., Kind, J.-Y., 1994, Bibliographie numismatique française, 1970-1994, Loray.

Clain-Stefanelli, E. E., 1985, Select Numismatic bibliography, Munich.

Depeyrot, G., 1991, La monnaie au Bas-Empire (IVe-Ve siècles), Bibliographie thématique en archéologie n° 15, dans Bibliographie thématique en archéologie, Bibliographies sur l'époque romaine n° 9-22, 1991, Montpellier, p 265-323.

Grierson, Ph. 1979 Bibliographie numismatique, Bruxelles.

A côté de ces ouvrages, il existe plusieurs sources d'informations plus détaillées.

Numismatic Literature, vol 1, 1947-1949, recense le plus grand nombre de publications numismatiques à travers le monde. C'est le seul périodique de cette nature. Il paraît actuellement en deux livraisons par an, signalant livres, articles, comptes-rendus, etc.

Dictionary Catalogue of the Library of the American Numismatic Society, et ses supplements reproduit le fichier de la bibliothèque de l'A.N.S. qui comprennent livres, catalogues de ventes, mais aussi les dépouillements des revues.

Enfin à l'occasion des congrès internationaux ont été publiés des synthèses critiques des publications scientifiques. Ces études sont indispensables pour suivre l'évolution de la recherche.

A survey of numismatic research, 1960-1965, Copenhague, 1967.

A survey of numismatic research, 1966-1971, New York, 1973.

A survey of numismatic research, 1972-1977, Berne, 1979.

A survey of numismatic research, 1978-1984, Londres, 1986.

A survey of numismatic research, 1985-1990, Bruxelles, 1991.

A survey of numismatic research, 1990-1995, Berlin, 1997.

Les périodiques et mélanges

Les périodiques sont nombreux, tant en ce qui concerne les publications internationales que les nationales. Ils donnent généralement quelques renvois à des recherches et des publications spécifiques. Je ne donnerai pas de liste ici: on peut consulter les bibliographies générales mentionnées plus haut.

Le terme de mélange peut regrouper tantôt des recueils de publications d'un seul auteur, tant des articles variés dus à plusieurs chercheurs rassemblés dans le seul but de rendre hommage à une personnalité. Généralement, ils donnent la liste des travaux de l'auteur concerné. Signalons:

Babelon, E., Mélanges numismatiques, Paris, 1892-1912, 4 vol. (Recueil d'articles).

Ermanno A. Arslan Studia Dicata, I, II, III, Milan, 1991.

Essays in roman Coinage presented to Harold Mattingly, Londres, 1956.

Essays presented to Humphrey Sutherland, Scripta Nummaria Romana, Londres 1978.

Mélanges de numismatique d'archéologie et d'histoire offerts à Jean Lafaurie, Paris, 1980.

Mélanges de numismatique offerts à Pierre Bastien, Wetteren, 1987.

Mélanges de travaux offerts à Maître Jean Tricou, Lyon, 1972.

Mints, dies and currency, Essays dedicated to the Memory of Albert Baldwin, Londres, 1971.

Studia numismatica Labacensia, Alexandro Jelocnik oblata, Ljubljana, 1988.

Studies in Ancient History and Numismatics presented to Rudi Thomsen, Aarhus, 1981.

Studies in numismatic method presented to Philip Grierson, Cambridge 1983.

Trésors, monnaies et archéologie du nord de la France (mélanges J. Gricourt), Lille, 1978.

Les congrès internationaux

Actes du 8e congrès international de Numismatique, New-York - Washington, septembre 1973, H. A. Cahn, G. Le Rider, Paris, 1976.

Actes du 9e congrès international de Numismatique, Berne, septembre 1979, T. Hackens, R. Weiller, Louvain, 1982.

Actes du 10ème congrès international de numismatique, Londres, septembre 1986, I.A. Carradice, Wetteren, 1989.

Actes du 11ème congrès international de numismatique, Bruxelles, septembre 1991, T. Hackens, G. Moucharte, Wetteren, 1993.

International numismatic symposium, Budapest, 1980.

Les "dévaluations" à Rome, époque républicaine et impériale, Gdansk, 19-21 octobre 1978, Rome, 1980.

Les "dévaluations" à Rome, époque républicaine et impériale, Rome, 13-15 novembre 1975, Rome, 1978.

Studien zur Fundmünzen der Antike, I, Ergebnisse des FMRD-Colloquiums vom 8.-13. Februar 1976 in Frankfurt am Main, Berlin, 1979.

Les études

Je donne ici, par grands thèmes les principales études concernant l'Empire romain pris dans sa globalité. Dès que les ouvrages ont pour champ d'étude une partie de l'Empire, j'ai, autant que possible cherché à les classer dans les introductions aux divers tomes.

Les flux de publication

L'intérêt pour les études numismatiques, les trésors et les trouvailles semble être une démarche très occidentale. La majeure partie des trésors et la presque quasi-totalité des publications concernent des sites situés dans les pays occidentaux: Grande-Bretagne, France, Allemagne, etc. Il est encore stupéfiant que les recherches sur les productions monétaires de l'Empire n'aient pas bénéficié de grandes publications des découvertes de l'Italie ou de la Grèce. Il faut peut-être incriminer ici le poids des régimes nationalistes méditerranéens qui ont, pendant plusieurs années, privilégié les recherches sur les émissions nationales considérées, à tort ou à raison, comme les émissions nationales fondatrices. C'est le cas des émissions ibériques en Espagne, ou les émissions de la République romaine en Italie. Sauf cas particuliers, généralement liés à l'activité de chercheurs plus ouverts sur les courants internationaux, il y a un large déficit en publications dans ces zones géographiques. La situation est tout aussi consternante, sans doute pour les mêmes raisons, dans tous les pays nord-africains qui semblent privilégier les frappes musulmanes. Enfin les anciens pays d'Europe de l'Est ont connu les mêmes problèmes, auxquels se sont ajoutées les difficultés liées à des situations économiques difficiles.

On ne saurait oublier ici l'évolution de la situation en termes de remplacement des générations. La fréquentation des publications numismatiques laisse penser que le nombre des chercheurs a tendance à décroître depuis le début des années 80. C'est là une situation lourde de conséquences qui pose la question de l'évolution des recherches et même de leur abondance. Cette constatation n'est pas sans lien avec les conditions de la production de la recherche numismatique aux temps de Cohen. Il suffit pour s'en convaincre de regarder les chiffres du nombre de membres des sociétés savantes (nous avons repris les chiffres de F. de Callataÿ, 1994, "L'évolution démographique de quelques grandes sociétés de numismatique", Revue belge de numismatique, p. 71-87. Les chiffres exacts de la SFN ne sont pas connus pour certaines dates. Nous avons pris les chiffres les plus proches) (RNS: Royal Numismatic Society, Londres; SBN: Société belge de numismatique; SFN: Société française de numismatique; ANS: American Numismatic Society):

                            1860            1880            1910          1940         1970         1980          1993
RNS                      109              161              316            219           804           988          1067
SBN.                       91              175              177            119           182           209            284
SFN                           ?             ? 97              133            148           448       + 600            513
ANS                          ?                  ?                  ?            443         1746         2065          2282

Entre le milieu du dix-neuvième siècle et la veille de la guerre de 1914-1918, le nombre des adhérents des sociétés numismatiques a connu une longue période de croissance. Entre 1860 et 1910, celui de la royal numismatic Society a triplé et celui de la société belge de numismatique a doublé. Ces cinquante années sont celles de la publication d'un grand nombre d'ouvrages fondateurs, catalogues de collections, corpus, etc. Leur publication supposait l'existence d'un marché pour ces ouvrages. Après 1914, le nombre de membres baissa et les chiffres de 1940 sont, en règle générale inférieurs ou à peine équivalents par rapport à ceux de 1910. Après 30 années de baisse ou de maintien, ces associations connurent 30 autres années de croissance dans les années 60, les effectifs doublant ou quadruplant. Ce fut alors une nouvelle période de publications abondantes et même de création de sociétés secondaires (SENA en France, CEN à Bruxelles, etc.). Cette augmentation se stabilisa dans les années 1980 et les effectifs ne grossirent pas plus après cette date.

Il apparaît donc clairement que l'œuvre de Cohen fut portée par un ample mouvement de développement de la numismatique que nous pouvons situer entre le milieu du dix-neuvième siècle et la guerre de 1914-1918. La récession de l'entre-deux-guerres ne facilita pas la sortie des ouvrages. En d'autres termes, la publication des descriptions de Cohen est représentative des possibilités de recherche de la fin du siècle.

Généralités

Il serait trop fastidieux de recenser les principaux ouvrages ayant trait à l'histoire de l'Empire romain. J'ai cité le travail de Zosso, F., Zingg, Ch., 1994, Les empereurs romains, 27 avant J.-C. - 476 ap. J.-C., Paris dont les principes de notices biographiques s'inspiraient de ceux de Cohen. Les recherches sur l'histoire non numismatique sont particulièrement abondantes. On pourra consulter L'année philologique qui donne le dépouillement de toutes les publications relatives à l'Antiquité et au début du Moyen Age. Les recherches historiques consacrées au territoire métropolitain sont mentionnées dans La bibliographie de la France.

Les éditeurs ont publié divers ouvrages généraux alliant généralement un texte particulièrement indigent à une qualité particulière de l'illustration. Ces travaux ne présentent presque aucun intérêt pour l'amateur de numismatique romaine. De temps en temps, cependant, des chercheurs ont présenté "l'état des questions" en matière de monnayage romain. Les plus utiles sont:

Belloni, G. G., 1993, La monete romana, Rome

Beyer, F. 1995, Geldpolitik in der Römischen Kaiserzeit von der Währungsreform des Augustus bis Septimius Severus, Wiesbaden.

Bolin, St., 1958, State and Currency in the Roman Empire to 300 A.D., Uppsala.

Burnett, A., 1988, La numismatique romaine, De la république au Haut-Empire, Paris, 1988 (traduction G. Depeyrot).

Burnett, A., 1987, Coinage in the Roman World, Londres.

Carson, R. A. G., 1990, Coins of the Roman Empire, Londres.

Duncan-Jones, R., 1990, Structure and Scale in the Roman World, Cambridge.

Duncan-Jones, R., 1994, Money and government in the Roman Empire, Cambridge.

Depeyrot, G., 1987, Le Bas-Empire romain, économie et numismatique (284-491), Paris.

Depeyrot, G., 1991, Crises et inflation entre Antiquité et Moyen-âge, Paris.

Depeyrot, G., 1995, Histoire de la monnaie des origines au 18e siècle, I, Introduction, de l'antiquité au treizième siècle, Wetteren.

Forzoni, A., 1995, La monete nella Storia, I, II, III, Rome.

Grierson, Ph., 1976, Monnaies et monnayages, introduction à la numismatique, Paris.

Rebuffat, F., 1996, La monnaie dans l'Antiquité, Paris.

Reece, R. 1970, Roman Coins, Londres.

Reece, R., 1986, Identifying Roman Coins, A practical guide to the identification of site finds in Britain, Londres.

A côté de ces présentations, existent un certain nombre de publications à destination des collectionneurs qui présentent une liste des types, avec plus ou moins d'illustrations suivant les éditions.

Bandi, A., Simonetii, L., 1972-, Corpus nummorum Romanorum, Florence, 1972-

Seaby, H.A., 1967-, Roman silver coins, Londres.

Sear, D. R., 1988, Roman coins and their values, Londres.

Technique, métrologie, quantitatif

L'étude des techniques de frappe, des alliages et des alois sont des sujets de recherches depuis la dernière guerre. Les travaux ont été marqués par de grandes publications sur les alliages et les méthodes de recherches du nombre de coins dans les années 60-70. Les recherches ont aussi porté sur les questions de modélisation de la durée d'utilisation des monnaies.

Ces recherches, après avoir marqué un pas à la fin des années 70, semblent bénéficier des progrès techniques dus à la micro-informatique. Les analyses théoriques ont ainsi pu laisser le pas à des recherches plus pratiques, consacrées à des aspects ou à des périodes spécifiques. Cette quantitative pratique (par opposition à la seule théorie) s'est surtout engagée dans deux grandes directions.

La première s'est engagée dans les études des lots monétaires et leurs comparaisons, pour mettre en évidence des aspects spécifiques dans les alimentations des diverses zones de l'Empire, en prenant en considération l'ensemble des monnaies de l'Empire. Ce sont les recherches initiées par le travail fondateur de Richard Reece. Outre les travaux du savant britannique, dont les premiers remontent aux années 60, de nombreuses publications inspirées de ces principes ont vu le jour, citons par exemple les résultats des fouilles de Conimbriga, de Belo, etc.

Le second axe de recherche quantitative a tenté de glisser des lots de monnaies constitués dans l'Antiquité (trésors et monnaies de fouilles) aux questions relatives aux émissions et aux choix de politique monétaire. Ces recherches sont d'autant plus faciles à mener que les lots sont abondants, ce qui permet de gommer les aspects locaux par la constitution d'échantillons très importants. C'est la voie choisie par Georges Depeyrot. Ces travaux ont principalement porté sur le Bas-Empire, en raison de la très large diffusion de ces espèces.

Je ne donne ici que quelques travaux généraux. Les autres recherches sont signalées dans le paragraphe consacré aux monnaies de sites.

Caley, E. R., 1954, Orichalcum and related ancient alloys, New York.

Carcassonne, Ch., 1987, Méthodes statistiques en numismatique, Louvain-la-Neuve.

Cole, T. J., 1976, "The Lifetime of Coins in Circulation", Numismatic Chronicle, p. 201-218.

Depeyrot, G., 1982, Le numéraire gaulois du IVe siècle, aspects quantitatifs, Oxford.

Linant de Bellefonds, X., 1980, "Un modèle monétaire pour l'économie de l'Empire romain au IIIe siècle de notre ère", Revue historique de droit français et étranger, 58, p. 561-586.

Moesta, H., Franke, P.R., 1995, Antike Metallurgie und Münzprägung, Ein Beitrag zur Technikgeschichte, Berlin.

Morrisson, C., Brenot, C., Barrandon, J.-N., Callu, J.-P., Poirier J., Halleux, R., 1985, L'or monnayé I, purifications et altérations de Rome à Byzance, Paris.

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Statistique et numismatique, table ronde organisée par le Centre de Mathématique sociale de l'E.H.E.S.S. de Paris et le séminaire de numismatique Marcel Hoc de l'université Catholique de Louvain, Paris, 17-19 septembre 1979, édité par Ch. Carcassonne, et T. Hackens, Pact 5, 1981, Strasbourg, 1981.

Étude de la propagande

Les études de la propagande et de la typologie représentent la poursuite des recherches typologiques de Cohen. Elles ont le plus souvent donné lieu à des publications d'articles. Quelques ouvrages ont été consacrés aux types de revers. Cependant l'œuvre de référence est désormais le travail de P. Bastien sur les bustes. Les études sur les types de revers, en particuliers sur les divinités sont souvent menées par les spécialistes de l'iconographie.

Bastien, P., 1992, Le buste monétaire des empereurs romains, I, Wetteren.

Bastien, P., 1993, Le buste monétaire des empereurs romains, II, Wetteren.

Bastien, P., 1994, Le buste monétaire des empereurs romains, III, Wetteren.

Brown, D. F., 1940, Temples of Rome as coin types, New York.

Hill, P. V., 1989, The monuments of Ancient Rome as Coin types, Londres.

Lichocka, B., 1974, Justitia sur les monnaies impériales romaines, Varsovie.

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Collections

Les recherches initiées par les numismates anglais dans les années 20 du siècle ont facilité le développement des publications d'autres collections monétaires. Nous ne donnons ici que quelques exemples de ces publications. Les plus grandes collections qui ont fait l'objet de nombreux volumes sont ventilées dans les introductions aux divers volumes.

Arroyo Ilera R., 1984, El numario de la Universidad de Valencia, Valence.

Cesano, S. L., 1957, Catalogo della collezione numismatica de Carlo Piancastelli (Città di Forli), II, Monetazione romana imperiale, Forli.

Cocchi Ercolani, E. 1974, Catalogo della collezione numismatica de Carlo Piancastelli (Città di Forli), III, Monetazione romana imperiale 253-305 d. c., Forli.

Depeyrot, G., 1985, Les collections monétaires de l'Administration des Monnaies et Médailles, I, Monnaies du monde antique, Paris.

Depeyrot, G., 1986, Catalogue des monnaies d'or et d'argent du musée de Cognac, Cognac.

Levy, B. E., Bastien, P., 1985, Roman coins in the Princeton University Library, I, Republic to Commodus, Wetteren.

Goldhahn, C., 1994, Die Wernersche Münzsammlung der Bergakademie Freiberg in Scahsen II Münzen der römischen Kaiserzeit, Freigberg.

MacDowall, D. W., Hubrecht, A., De Jong W., 1992, Description of the collections in the Provinciaal Musuem G. M. Kam at Nijmegen, XII, The Roman Coins, Nimègue.

Mazzini, G., 1957-1958, Monete imperiali romani, 5 vol. Milan.

Musée Calvet, Médaillier, I, Monnaies en or de l'Antiquité, byzantines et du Haut Moyen Age, G. Depeyrot, G. de Loÿe, M. Amandry, J.-B. Colbert de Beaulieu, A. Deroc, M. Dhénin, J. Hiernard, G.K. Jenkins, C. Morrisson, J.-C. Richard, Avignon, 1987.

Rémy, B., 1980, Les monnaies romaines du musée de Feurs, Feurs.

Schmidt Dick, F., 1995, Die Römischen Münzen des Medagliere im Castelvecchio zu Verona, Vienne

Voetter, O., 1921, Die Münzen der römischen Kaiser, Kaiserinnen und Caesaren von Diocletianus bis Romulus, 284-476, Katalog der hinterlassenen Sammlung und Aufzeichnungen der Herrn Paul Gerin, Vienne.

Woloch, G.M., 1985, The MacGill University Collection of Greek and Roman Coins, Amsterdam.

A ces publications de collections, il conviendrait d'ajouter les nombreux catalogues de ventes publiées dès la fin du dix-neuvième siècle avec une illustration de plus en plus abondante. C'est actuellement dans ces catalogues que l'on trouve la plus importante documentation numismatique, dépassant, et de loin, les collections publiques. Le développement et la popularisation de la collection de monnaies, l'augmentation de nombre de marchands, ainsi que celui des découvertes ont favorisé l'augmentation du nombre de publications commerciales. Elles ont bénéficié des révolutions technologiques de l'imprimerie. Illustrées de dessins au trait à la fin du dix-neuvième siècle, puis de planches de très bonnes qualités et de plus en plus nombreuses après la première guerre mondiale, le développement de l'offset permit l'illustration à l'infini des catalogues. Nous ne donnons pas ici la liste des catalogues. Ce serait là une opération de très longue haleine. Les chercheurs intéressés peuvent se reporter aux fichiers de principales bibliothèques mondiales.

Au début du siècle, plusieurs instituts tentèrent de dresser inventaire des monnaies passées dans les ventes publiques. Des fichiers des photographies furent créés. Au moins quatre institutions conservent de tels instruments: Vienne en possède un à l'institut de numismatique et un autre au Cabinet des Médailles qui semble n'avoir plus été alimenté depuis les années 50. Un fichier existerait à Francfort. Celui de New York est de loin le plus important et le seul qui bénéficie de mises à jour suivies.

Tessères, médaillons, contorniates

Alföldi, A., 1943, Die Kontorniaten: Ein verkanntes Propagnadamittel der stadtrömischen heidnischen Aristokratie in ihrem Kampfe gegen das christliche Kaisertum, Budapest, Leipzig.

Alföldi, A., Alföldi, E., Clay, C. L., 1976, Die Kontorniat-Medallions, Berlin.

Dressel, H., 1964, Die römischen Medaillone des Münzkabinetts derstaatlischen Museen zu Berlin, Berlin.

Froehner, W., 1878, Les médaillons de l'Empire romain depuis le règne d'Auguste jusqu'à Priscus Attalus, Paris.

Gnecchi, F., 1912, I medaglioni romani, Milan.

Grueber, M., 1874, Roman medallions in the British Museum, Londres.

Kapossy, B., 1971-1972, "Römische Medaillone und Kontorniaten", Jahrbuch des Bernischen Historichen Museums, 51-52, p. 127-150.

Metcalf, W. E., 1979, Roman Medallions, New York.

Michelini Tocci, L., 1965, I medaglioni romani e i contorniati del Medagliere Vaticano, Vatican.

Mlasowsky, A., 1991, Die antiken Tesseren im Kestner-Museum Hannover, Hannovre.

Pink, K., 1963, Roman Medallions: a catalogue, Boston.

Rostovtsev, M. I., 1903, Tesserarum urbis Romae et suburbi plumbearum sylloge, Saint Petersbourg.

Toynbee, J.M.C., 1944, Roman Medallions, New-York.

Zadoks-Josephus Jitta, A. N., 1951, "The contorniates in the Royal Cabinet at the Hague", Mnemosyne, 4/1, p. 81-92.

Les trouvailles

Les études et publications de sites et de trésors contribuent au régulier renouvellement de nos connaissances en numismatique. C'est là un champ d'investigation nouveau pour les chercheurs. Elles donnent lieu à plusieurs sortes d'études, en fonction des recherches. Tantôt il ne s'agit que d'une simple étude des lots de monnaies, tantôt l'étude porte sur les divers aspects de la circulation monétaire.

Il est difficile de distinguer les grandes évolutions techniques et scientifiques, au-delà de ce que nous avons pu dire dans le paragraphe consacré à la technique et aux recherches quantitatives.

Les trésors

Les trésors ont tout d'abord attiré l'attention des chercheurs. Les publications des inventaires des trésors commencèrent dès le début du siècle. C'est l'époque des recherches de Blanchet. Plusieurs séries d'ouvrages se consacrèrent à de tels inventaires.

Blanchet, A., 1900 Les trésors de monnaies romaines et les invasions germaniques en Gaule, Paris.

Callu, J.-P., 1981, Inventaire des trésors de bronze constantiniens (313-348), Wetteren.

Mirnik, I. A., 1981, Coin hoards in Yugoslavia, Oxford.

Thirion, M., 1967, Les trésors monétaires gaulois et romains trouvés en Belgique, Bruxelles.

Van Es, W. A., 1960, De romeinse muntvondsten uit de drie noordelijke provincies. Een periodisering der relaties, Groningue.

Plusieurs publications périodiques signalent régulièrement les découvertes ou les publient. Il s'agit de

Trésors monétaires, Paris, vol. 1, 1979.

Corpus des trésors monétaires antiques de la France, Paris, 1982-

Coin Hoards, Londres, vol. 1, 1975.

Coin hoards from roman Britain, British Museum Occasional Paper, Londres, publication sans périodicité.

A ces publications s'ajoutèrent rapidement des publications de sites archéologiques que nous avons listées plus bas. Enfin, dans les années 60, les chercheurs ont entrepris d'étudier non seulement les trésors mais les monnaies des fouilles qui furent publiées dans des ouvrages communs.

Nous donnons ici la liste des principales publications de sites archéologiques. Les trésors ont été ventilés autant que faire se pouvait dans les introductions des divers tomes.

Études de sites

Les études de circulation monétaire font généralement partie de la publication du site archéologique ou du trésor. Signalons cependant quelques travaux portant sur l'ensemble de l'Empire:

Depeyrot, G., "Vie et survie des monnaies du Bas-Empire", Colloque vie et survie des monnaies antiques, Centre universitaire européen pour les biens culturels, 11-16 octobre 1990, 26 pages imprimées.

Depeyrot, G., "Fréquentation des sites et perte des monnaies", American Journal of Numismatic, 7 pages dactylographiées, 1 graphique (1993).

Brenot, Cl., Loriot, X., 1992, L'or monnayé, Trouvailles de monnaies d'or dans l'Occident romain, Juan les Pins.

Callu, J.-P., Loriot, X., 1990, L'or monnayé, II, La dispersion des aurei en Gaule romaine sous l'Empire, Juan les Pins.

Brenot, C., Loriot, X., 1992, L'or monnayé, III, Trouvailles de monnaies d'or dans l'Occident romain, Juan les Pins.

King, C. E., Wigg, D. G., 1995, Coin finds and Coin use in the Roman World, 13th Oxford Symposium of Coinage and Monetary History, Berlin

Reece, R., 1967, "Roman Coinage in Southern France", Numismatic Chronicle, p. 91-105 (musées et collection de fouilles).

Reece, R., 1972, "Roman Coins in Northern France and the Rhine Valley", Numismatic Chronicle, p. 159-165 (musées et collections de fouilles).

Reece, R., 1973, "Roman Coinage in the Western Empire", Britannia, IV, p. 227-251.

Reece, R., 1974, "Clustering of Coin Finds in Britain, France and Italy", Coins and the Archaeologist, J. Casey and R. Reece, Oxford, p. 64-77.

Quelques publications collectives ou congrès ont été consacrés à ces questions d'analyse des découvertes monétaires, citons:

Coins and the archaeologist, J. Casey, R. Reece, Oxford 1974.

Symposium Numismatico de Barcelona, Societat Catalana d'Estudis Numismatics, Barcelone, I, II, 1979.

II Symposi Numismatic de Barcelona, Societat Catalana d'Estudis Numismatics, Barcelone, 1980.

Études nationales ou locales de sites

Sont regroupées ici des publications locales ou à caractère national. Sur les synthèses plus vastes, il convient de reprendre les titres mentionnés plus haut. Dans quelques rares cas, certains sites n'ont présenté que des monnaies d'une seule période. C'est le cas des découvertes des gués ou des trouvailles effectuées dans les temples. Dans ce cas, la référence est donnée dans l'introduction au volume concerné.

Grande-Bretagne

Boon, G. C., 1964-1966, "Reports on the roman coins", dans Apsimon, A. M., 1964-1966, "The roman temple on Brean Down (Somerset)", University of Bristol, proceeding of the spelaeological society, 3, 10.

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Reece, R., 1972, "A Short Survey of the Roman Coins Found on Fourteen Sites in Britain", Britannia, III, p. 269-276.

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II/2, Provincia di Treviso, 1992;
IV/1, Provincia di Vicenza, 1995
VI/2, Provincia di Venezia, Venezia, Altino II, 1994;
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Bolletino di numismatica, plusieurs fascicules.

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Tome 1: les douze Césars

Les sources

Le premier volume de la description était certainement un des plus simples et des plus délicats de la collection. Le plus simple parce que les auteurs anciens, depuis la Renaissance, s'étaient principalement concentrés sur les questions relatives aux fondateurs de l'Empire et avaient ainsi réuni un matériel particulièrement important, mais aussi le plus délicat dans la mesure où le sujet avait été tellement débattu qu'il avait donné naissance à de nombreuses hypothèses erronées et avait facilité la production de monnaies contrefaites.

Cet intérêt pour les grands fondateurs (toujours actuel à en juger par la production cinématographique) avait entraîné la multiplication des collections publiques ou privées à travers l'Europe, tous endroits susceptibles de conserver des exemplaires rares, voire encore inconnus de Cohen. Enfin, cet intérêt fut ravivé par les découvertes archéologiques de Pompei et d'Herculanum qui livraient très régulièrement des ensembles monétaires parmi les plus riches de l'Empire. Cette multiplication des collections souligne les limites des possibilités de déplacement offertes à Cohen. Nous avons déjà relevé le peu de mobilité de Cohen qui ne semble avoir visité que le Cabinet de Londres.

Les évolutions politiques du dix-neuvième siècle ont sans doute contribué à restreindre les possibilités de travail de Cohen. La stabilité des frontières françaises, et à plus forte raison celles de la Grande-Bretagne ou de l'Espagne, ne doivent pas faire oublier que durant cette période émergèrent de nouvelles structures étatiques. La Belgique tout d'abord en 1830, mais ce furent surtout les unifications allemandes et italiennes qui modifièrent le paysage politique européen. Ces turbulences qui découlèrent des mouvements révolutionnaires de 1848 entraînèrent la création de l'Allemagne marquée par la guerre austro-prussienne de 1866 et la guerre franco-allemande de 1870. En Italie l'expédition des Mille conduite par Garibaldi en 1860, en écho à la guerre franco-piémontaise contre l'Autriche de 1859, fut la cause de la chute des Bourbons de Naples en 1861. Ce contexte explique les limites des investigations de Cohen. Outre les questions de financement, ni les pays du Centre de l'Europe, ni ceux de l'Italie, en proie à des bouleversements n'étaient d'une visite facile. D'autre part, l'installation des collections monétaires ne faisait jamais partie des préoccupations immédiates des nouvelles autorités politiques.

Ces modifications eurent au moins une conséquence: les collections des Bourbons de Naples furent invisibles à Cohen. Expulsés de Naples, ils trouvèrent refuge à Madrid chez les Bourbons d'Espagne, transférant ainsi leurs collections et surtout les découvertes effectuées lors des premières fouilles de Pompéi à Madrid. Étaient-elles visibles dans les années 1870 ? Étaient-elles déposées dans le Cabinet de Madrid ? En tous cas, Cohen n'a pas eu connaissance de cette immense masse de monnaies des Julio-Claudiens et des premiers Flaviens et des fleurons madrilènes. Par exemple, le multiple d'or de 4 aurei représentant d'un côté Auguste et de l'autre un hippopotame (RIC 546) ne figure pas dans la description. Cette lacune nous laisse penser que les collections des Bourbons n'étaient pas encore dans un circuit scientifique.

Au-delà des collections visitées (Paris et Londres), Cohen a donc rassemblé une vaste documentation qui permet de mieux cerner l'étendue de ses relations. Plusieurs musées ont dû entamer une correspondance après la publication de la première édition. On peut remarquer des pièces conservées à Berlin (p. 41; 58, 89, 286), Bordeaux (p. 391), Copenhague (p. 89, 108, 166, 207, 208), Florence (p. 369), La Haye (p. 166), Leyde (p. 373), Madrid (p. 422), Munich (p. 505). Des collectionneurs ont signalé leurs particularités. Rollin a dû lui ouvrir ses plateaux (p. 226, 233, 289, 290, 290, 302, 322, 327, 334). S'il n'a pas connaissance des collections des Bourbons, il mentionne le multiple de 4 aurei de Naples découvert à Pompei (p. 88, n° 177). Enfin, il signale des monnaies ayant appartenu à un mystérieux feu M. Nomophile (p. 239) dont je pensais dans la première édition qu'il devait certainement dissimuler un autre collectionneur, ou lui-même... En réalité, c'était Nomophile Dunouy, collectionneur, mort en 1866 (Annuaire de la Société Française de Numismatique, 1866, p. 362). Les publications scientifiques ont été dépouillées (Numismatic Chronicle, p. 90; Revue numismatique, p. 92). Parmi les ouvrages scientifiques qu'il reprend figure celui de Heiss pour les séries ibériques (Heiss, A., 1870, Description générale des monnaies antiques d'Espagne, Paris). Il fait plusieurs fois référence à la publication de Chedeau et de Sarcus, 1865, Mémoire sur les découvertes archéologiques de la Mayenne au gué de Saint-Léonard, Mayenne (p. 258, 290, 291, 295, 298, 299, 301). En page XXVIII, il ajoute quelques nouveautés au catalogue, des monnaies uniques découvertes en 1878 à Caiazzo, près de Naples et acquises par le Cabinet parisien (ces deux aurei sont inventoriées par Crawford, M., 1974, Roman Republican Coinage, Cambridge, 1974, 494/10 et 494/11. Ils ont été frappés en 42 avant J.-C. Sur la trouvaille, Crawford, M., 1969, Roman Republican Coin Hoards, p. 122, n° 423). Il prit en compte les découvertes du trésor du lycée Henri IV (p. 370, 373).

Le classement

Je ne reviendrai pas sur les questions relatives aux principes généraux du classement dans l'œuvre de Cohen.

Dans ce volume, il avance quelques rétractations concernant ses propres travaux. Certaines des monnaies qu'il avait publiées en 1858 (Revue numismatique) s'étant avérées être des faux, il les signale (p. 13, n° 29). Il signale des faux modernes par rapport à sa première édition (p. 69, note, 195, note) et attire le plus souvent l'attention sur les productions de Becker. Dans certains cas, il signale que des types monétaires ont été repris par des imitateurs antiques. C'est le cas des deniers d'Auguste aux Césars (p. 69, n° 42), des bronzes de Claude à la Minerve (p. 257, note).

Les ateliers sont mentionnés lorsqu'ils sont explicitement marqués. C'est ainsi que les émissions espagnoles au revers DIVVS IVLIVS commémorant le passage de la comète sont attribuées à Rome, faute de mention (p. 78 et 79). Cependant les monnaies portant le nom de la ville espagnole d'Emerita sont mélangées avec les frappes romaines, même si l'origine provinciale est soulignée. Les émissions lyonnaises (p. 95) sont mélangées avec les séries romaines, même si leur origine est mentionnée. Toutefois, Cohen mentionne que certaines frappes ont été effectuées à l'extérieur de Rome (p. 66, n° 29). Sur certaines monnaies de Gaule (actuellement attribuées à Orange), le second buste (à côté de celui d'Octave-Auguste) est identifié comme celui de Caius et non d'Agrippa (p. 182).

Chaque classement se termine par les monnaies espagnoles et les séries grecques ou à légende grecque. Les frappes ibériques faisaient l'objet de nombreuses recherches depuis l'ouvrage d'A. Augustin, Dialogo de medallas, inscripciones y otras antigüedades, publié en 1587 à Tarragone. Cohen dut ainsi utiliser les travaux de G. D. de Lorichs, Recherches numismatiques concernant principalement les médailles celtibériennes, Paris, 1852, ceux de J. Gaillard, Descriptions des monnaies espagnoles..., Madrid, 1852 pour ses premiers travaux. Pour la seconde édition, il s'inspira principalement de l'ouvrage de A. Heiss, Description générale des monnaies antiques de l'Espagne, Paris, 1870, qui venait de sortir. Il en reprit la liste des espèces latines (sur l'histoire de la numismatique ibérique, L. Villaronga, "Numismatica antigua prelatina", Numisma, 1977, p. 9-33). Les monnaies à légende non latine ne font pas partie de son sujet. Il s'autorise cependant quelques écarts par rapport à ce principe en intégrant des monnaies à légende punique ou dite telle (p. 174) ou des monnaies à légende grecque (p. 186, 262, 268, 270, 314, 315, 539).

Par série, Cohen précise les monnaies restituées par les princes ultérieurs. Il en est de même avec les monnaies des princes divinisés (voir par exemple les DIVVS AVGVSTVS PATER classées dans les Auguste, p. 94). Les émissions anonymes émises durant la guerre civile de 68 sont regroupées après Galba (p. 342). Il avait prévu de donner une étude des spintriennes correctement attribuées au règne de Tibère à la fin du dernier volume (p. 189). Cette étude ne sera jamais publiée.

Les réformes monétaires

A l'époque de Cohen, on ignorait tout du système monétaire de l'Empire romain. Comme nous l'avons vu, ce système ne sera explicité que par les chercheurs anglais dans les années 20.

Durant la guerre civile, César et les autres militaires avaient monnayé leur butin, en particulier en émettant de vastes séries de monnaies d'or. Octave, puis Antoine avaient frappé de grandes séries de deniers destinés à financer les guerres. Le stock des espèces de bronze avait perdu son homogénéité depuis l'arrêt des émissions de Rome. Plusieurs villes avaient continué à frapper faute de système et de mesures coercitives. Il importait à l'État de se doter d'un système monétaire uniforme. Dès 27-28 avant J.-C. certaines villes d'Orient avaient commencé à émettre des "bronzes" d'orichalque ou de cuivre. Un peu plus tard, dès 18 avant J.-C., l'atelier de Rome reprit ses émissions de bronze, suspendues de 82 avant J.-C. Auguste restaura les collèges monétaires, les triumviri monetales, placés sous la surveillance du Sénat. Les émissions de bronze relevaient désormais au pouvoir sénatorial qui y imprimait à nouveau sa marque (S C). Cela ne l'empêcha guère d'ordonner la frappe, à l'extérieur de Rome, de très abondantes émissions monétaires, à Nîmes (type du crocodile nîmois), à Lyon (type de l'autel de Lyon). Le nouveau système comprenait des monnaies d'or, d'argent, de laiton et de cuivre.

L'aureus était la plus importante monnaie du système: elle pesait environ 7,97 g. Le métal de ces monnaies était presque pur. Les poids restèrent à peu près stables jusqu'à Néron. Avec la réforme de Néron, le poids de la monnaie d'or tomba du 41e de la livre au 45e de la livre soit d'un poids théorique de 7,97 g environ à 7,26 g. Sous les Flaviens, les modifications du système monétaire furent ponctuelles et très limitées. Ainsi, le poids de l'aureus eut tendance à fluctuer, avec un retour à l'aureus lourd pré-néronien lors des premières émissions de Vespasien, puis lors des dernières frappes de Domitien.

Empereur                               Nbre d'ex.                                       Poids moyen

Auguste                                          118                                                 7,85
Tibère                                              29                                                 7,72
Claude                                           104                                                 7,63
Néron                                              40                        7,64 (avant réforme)
Vespasien                                         86                                                 7,27
Titus                                                 25                                                 7,25
Domitien (81/2)                                  3                                                 7,25
Domitien (82-96)                              40                                                 7,58

Le denier restait la pièce-pivot du système monétaire. On en taillait 84 dans une livre de métal, ce qui donnait un poids théorique de 3,89 g. Comme pour les monnaies d'or, les poids des deniers eurent tendance à chuter. Les émissions d'argent, elles aussi, ne furent presque pas modifiées, sauf quelques variations dans les titres et les poids dans les dernières années du règne de Domitien en particulier.

Empereur                                     Nbre d'ex.                                               Poids moyen

Auguste                                             288                                                              3,79
Tibère                                                 16                                                              3,76
Claude                                                29                                                              3,75
Néron                                                 13                                      3,60 (avant réforme)
Vespasien                                          191                                                              3,23
Titus                                                  102                                                              3,23
Domitien (81/2)                                   29                                                              3,18
Domitien (82-96)                               144                                                              3,32

Alors que les titres des monnaies d'or étaient restés pratiquement stables, ceux des monnaies d'argent diminuèrent très légèrement, après quelques hésitations ou différences dues aux divers ateliers augustéens, ils restèrent toutefois compris entre 97 et 98,20 % d'argent pur par pièce.

Les réformes monétaires d'Auguste avaient tout particulièrement touché les monnaies de bronze. L'empereur créa un nouveau système composé de monnaies de poids et de métaux différents. Les deux monnaies les plus lourdes, le sesterce et le dupondius étaient émises en orichalque, mélange de zinc et de cuivre. Elles avaient le pouvoir d'achat le plus élevé. Le sesterce était taillé à raison de 12 à la livre, soit environ 27,25 g, le dupondius pesait environ 13 à 14 g. Les autres monnaies de "bronze" étaient en cuivre (quelques-unes ont parfois été émises en orichalque). L'as était taillé à raison de 30 à la livre, soit 10,90 g, le semis à environ 60 à la livre (5,45 g), le quadrans à environ 112 à la livre (2,91 g). Les poids de ces monnaies n'évoluèrent pratiquement pas au cours des frappes.

Empereur        Sesterce                          nbre                       Dupondius                      Nbre

Auguste               25,02 g                             51                             12,48 g                          42
Tibère                    27,04                             46                                14,51                          35
Caligula                  27,63                             38                                15,87                          14
Claude                   28,67                             39                                16,19                          10
Néron                    26,97                           125                                14,55                          32
Vespasien               25,84                           105                                12,86                          35
Titus                       25,54                             54                                13,46                          26
Domitien                 25,62                             99                                13,27                          49

Les diverses monnaies étaient reliées entre elles par des relations stables:

Aureus                         1
Quinaire or                   2               1
Denier                        25          12,5             1
Quinaire ag                50             25             2          1
Sesterce                   100             50             4          2               1
Dupondius               200           100             8          4               2               1
As                           400           200           16          8               4               2               1
Semis                       800           400           32        16               8               4               2               1
Quadrans              1.600           800           64        32             16               8               4               2

Il convient donc de rétablir la terminologie moderne à la place des anciennes dénominations en matière de bronzes.

Les ateliers

Depuis la publication de la description et surtout depuis les grands travaux de l'entre-deux-guerres les recherches ont évolué en plusieurs directions. Il s'agit tout d'abord de perfectionner également l'étude de la production des ateliers officiels. Les travaux de Sutherland sur le début de l'Empire et ceux de Carradice sur Domitien permettent de mieux cerner l'évolution du nombre de coins et donc la politique impériale. C'est là une recherche qui s'inscrit tout à fait dans la suite des investigations de Cohen.

La principale question concernant les émissions romaines reste en effet celle des ateliers. Dans la majorité des cas, il n'y a plus de débats concernant les questions relatives aux grands ateliers. Certes, tout le monde connaît les ateliers majeurs, bien localisés tels que Rome, Lyon, etc., cependant, à côté de ces grands centres existaient des centres de frappe qui découlaient directement des habitudes militaires du premier siècle avant J.-C. Pendant les guerres civiles, les généraux avaient pris l'habitude de frapper le numéraire nécessaire directement dans des ateliers qui suivaient les armées. Le butin pouvait être immédiatement refondu et émis. Dans un tel système, la localisation de l'atelier ne présentait pas de grand intérêt, eu égard aux besoins militaires.

Cependant, il apparaît de plus en plus que ces attributions à de grands ateliers (Rome, Lyon, Nîmes, etc.) pourraient dissimuler encore des ateliers secondaires. Ainsi, les émissions lyonnaises ont été subdivisées entre un atelier principal (Lyon) et un atelier secondaire augustéen en Gaule par Giard dans son catalogue de Paris. Les émissions nîmoises présentent trop de variations et des volumes d'émissions trop importants pour que ces pièces n'aient pas été produites par plusieurs centres en Gaule (Depeyrot, à propos des découvertes de Midi-Pyrénées). Les frappes de Rome, devraient encore donner lieu à de nombreuses découvertes quant à la localisation de centre de frappes secondaires, comme ce fut le cas au deuxième siècle.

Les émissions de l'atelier de Lyon se firent par étapes successives. D'abord des frappes de L. Munatius Plancus en 43 avant J.-C., puis des émissions de Marc Antoine vers 43-42 avant J.-C., suivies par des émissions coloniales d'Octaves. Enfin suivies par des émissions impériales d'Auguste. Ce sont ces dernières qui donnèrent à l'atelier lyonnais son importance. Dès 15 avant J.-C., Lyon entama d'importantes émissions monétaires en or, argent et bronze, puisqu'il avait été chargé de procéder à toutes les émissions en métal précieux de l'Empire. Cet atelier est maintenant bien connu depuis les recherches de Giard.

De Tibère à Néron, le nombre des ateliers semble avoir diminué. Mis à part les officines de Césarée de Cappadoce, de Thrace, de Commagène, de Pergame et d'Ephèse, les seuls ateliers occidentaux étaient ceux de Rome et de Lyon pour lequel Giard n'admet même plus l'idée d'atelier secondaire. Les découvertes de coins monétaires laisseraient plutôt penser que des ateliers auxiliaires aient pu fonctionner sous Tibère, à moins qu'il ne s'agisse, en réalité, d'ateliers de faux monnayeurs.

Les émissions lyonnaises, comme les frappes de Rome, se caractérisaient par une longue utilisation de types immobilisés, comme les ROM ET AVG, PROVIDENT S C (divin Auguste). La diversité monétaire ne réapparut pas avant le règne de Néron. Les émissions lyonnaises de Néron se distinguent par le petit globe situé en bas du buste qui fait alors office de marque d'atelier.

Les ateliers officiels locaux ont bénéficié de la publication du Roman Provincial Coinage. Cependant les émissions locales restent encore dans l'ombre. Il s'agit là des émissions effectuées par des cités ou des peuples ou des autorités locales, avec des types différents des types classiques romains, mais dont la période de frappe suppose un contrôle ou un accord des autorités romaines. On manque d'un vaste travail sur les frappes de la fin de la période d'indépendance (en Occident). Ces monnayages constituent un maillon indispensable entre les séries monétaires indépendantes et les séries romaines à proprement parler. Sont concernées par ces recherches les zones comme la péninsule ibérique, surtout après le Corpus de Villaronga sur les monnaies antérieures à Auguste et la Gaule, en liaison avec les recherches des celtisants et spécialistes des dernières émissions gauloises.

Les émissions monétaires effectuées au début de l'Empire par les diverses cités étaient essentiellement des frappes de bronze. Des émissions d'argent continuaient cependant dans les villes orientales, mais ces frappes avaient principalement une finalité locale. On en remarque dans pratiquement toutes les régions de l'Empire, tant en Occident (Péninsule Ibérique, Gaule, Italie, Sicile, Afrique) qu'en Orient (Cyrénaïque, Crète, etc.). Elles semblent principalement se caractériser par des productions faibles (en Occident) et s'inscrivent dans le droit fil des émissions anciennes (Espagne), voire même antérieures à la domination romaine (Gaule).

La situation est différente pour les frappes de monnaies de bronze. Les émissions étaient hiérarchisées, en fonction de l'importance des ateliers monétaires. Les émissions de Nîmes, par exemple, ne peuvent passer pour avoir été motivées par de simples considérations locales. Ce fut plutôt l'inverse, Auguste mettant à profit un monnayage urbain au service d'un projet de grande envergure. Par leur importance, ces frappes étaient équivalentes à celles de Rome.

A côté de ces ateliers majeurs, existaient des frappes plus réduites de bronzes effectuées par des villes occidentales. Ce fut le cas en Espagne où les villes maintenaient les traditions locales. C'était aussi le cas dans les cités de Crète ou en général des villes de l'Orient. Ces frappes de moindre importance étaient davantage motivées par des besoins ou des événements locaux que par des nécessités majeures, telles que les déplacements ou les activités militaires.

Ces émissions monétaires locales, ou régionales, ne dépassèrent pas ou peu le règne de Claude. L'inventaire du nombre de cités ayant émis souligne cette brutale diminution du nombre des villes frappant des bronzes au cours du premier siècle. Cette chute fut aussi brutale que limitée à la zone occidentale.

                                    Auguste                   Tibère            Caligula                       Claude
Espagne                                29-30                    25                      8                               1
Italie                                       1 ?                        1
Sicile                                       7                           1-2
Afrique                                 15                           8
Maurétanie                              5                           2

Cette lente mais irréversible diminution du nombre de villes frappant des monnaies est la marque d'une politique de diminution et non pas d'une décision brutale. Il est possible que les confiscations des ressources des villes espagnoles par Tibère aient plus fait pour la diminution des frappes que toutes les autres décisions politiques comme pour la démonétisation des bronzes de Caligula (Dion 60 22 3). Cependant cette explication est très largement pondérée par le développement des frappes des imitations qui marquent le besoin criant de petites monnaies et surtout le maintien en activité (licite ou non) d'ateliers monétaires. Ces divers facteurs ont cependant dû se conjuguer pour faire disparaître non pas les émissions, mais les marques des villes sur ces émissions de bronzes. Ces frappes de bronze se caractérisaient par des rythmes d'émissions très irréguliers. En fait, la finalité de ces frappes n'apparaît pas de façon très claire.

Ces émissions monétaires urbaines finissaient par se mélanger dans la circulation. Toutes n'avaient pas les caractéristiques métrologiques des nouvelles frappes d'Auguste, mais les normes pondérales retenues par le fondateur de l'Empire finirent pas s'imposer. Les frappes de la période de la fin de la République qui s'étaient caractérisées par des différences dans les modules et les poids furent lentement remplacées par les nouvelles émissions. On peut être persuadé que les remarques de Mécène (Dion, 52 30 9) qui traduisaient une volonté pour que les émissions urbaines soient compatibles avec les frappes impériales ont dû, à la longue, porter leurs fruits. Ce souhait à certainement été d'autant plus facilement exaucé que l'utilisation des valeurs monétaires augustéennes se répandait, en particulier pour l'évaluation et le paiement des impôts et taxes. Je n'insisterai pas davantage sur les types monétaires des émissions urbaines: on y retrouve la même palette des thèmes classiques, divins, locaux, familiaux, etc., que celle utilisée par les graveurs des ateliers centraux.

La question des monnayages imitatifs reste également entière. Les études des sites ont permis de voir que la production des as était largement le fait d'ateliers non officiels. Cette production de bronze concerna toute la Gaule et la péninsule ibérique. Il semblerait que l'atelier de Rome ait conservé la frappe des monnaies d'orichalque (sesterces et dupondii) et ait confié à des centres locaux la production des divisionnaires de cuivre (trésor de la Pobla de Mafumet). Cette période de production peut être cernée entre le règne d'Auguste et celui de Néron (recherches de Giard et publications des sites archéologiques).

Les émissions de la guerre civile ont bénéficié de nombreuses recherches. Il en est de même avec les Flaviens (Giard sur Lyon, Carradice). Une synthèse sur les émissions serait toutefois la bienvenue, compte tenu du matériel accumulé.

La circulation monétaire

Reste également la question de la circulation monétaire avec les questions de la fusion des divers monnayages en un stock plus ou moins homogène entre le règne d'Auguste et celui de Néron en gros. A travers cette question se posent tous les problèmes de diffusion des espèces et de leur pénétration dans les échanges à partir des zones urbaines nouvelles (Gaule) ou anciennes (Espagne, Italie, etc.), ou à partir des nouvelles zones fortifiées sur le Rhin.

En Gaule, on pouvait rencontrer en même temps les émissions traditionnelles effectuées par les Gaulois avant la guerre, celles émises juste après la guerre et même des frappes locales émises au nom de roitelets gaulois qui avaient été émis sous le contrôle des Romains. Les deux tomes du Traité de numismatique celtique, montrent l'importance du nombre des ateliers locaux contribuant à la constitution du stock monétaire primitif.

Les divers auteurs ont souligné l'importance de la réforme de Néron et son impact sur la circulation monétaire. La différence pondérale entre les monnaies d'or anciennes et les monnaies récentes a favorisé le retrait très rapide de ces monnaies et leur refonte. Tous les trésors postérieurs à Néron mettent en évidence le rôle de cette refonte comme point de départ des émissions dans les trouvailles. Il y aurait là des recherches précises et fastidieuses à mener sur la question de l'impact de la refonte, du nombre de coins utilisés pour envisager de cerner l'importance des émissions monétaires pendant et après cette date.

Les contremarques, liaison et coins

Cohen, comme la majorité des auteurs du dix-neuvième siècle n'a pas accordé une grande place aux contremarques. Ces marques étaient imprimées sur les bronzes longtemps après leur mise en circulation. Généralement, les contremarques avaient pour finalité de prolonger la vie des espèces, c'est à dire d'autoriser l'utilisation d'un numéraire alors que les autorités en auraient ordonné le décri. Il est tout aussi possible que ces contremarques aient eu pour objet de confirmer la valeur de monnaies dans des régions où elles n'avaient pas l'habitude de circuler. Certaines espèces étaient déjà usées au moment de la contremarque. Beaucoup de ces espèces contremarquées circulaient en Germanie. Il est donc possible que ces marques aient été apposées pour permettre aux soldats de vérifier que ces pièces avaient réellement un pouvoir libératoire reconnu par l'État.

Dans les ateliers, les espèces d'or et celles d'argent étaient frappées avec les mêmes coins. De même, les deniers fourrés présentent des liaisons de coins avec des espèces en métal pur. Les spécialistes divergent sur l'interprétation à donner à ces phénomènes. Pour Crawford, ces liaisons résultent du surmoulage des monnaies officielles qui servent à confectionner des coins de faussaires: il s'agirait principalement d'illusions d'optique. A l'inverse, pour Giard, les deniers fourrés et les deniers purs étaient bien frappés avec les mêmes coins, mais dans un cadre illégal pour les monnaies fourrées. Les coins étaient clandestinement sortis des ateliers officiels et utilisés dans des officines prohibées. Cependant, tous deux s'accordent sur le caractère frauduleux de la frappe des monnaies fourrées. Le grand nombre des ateliers gaulois et espagnols au début de l'Empire explique très largement la fréquence des émissions frauduleuses au type des émissions occidentales.

Abréviations

Cohen utilise pour décrire les monnaies un certain nombre d'abréviations qui ne sont plus en usage actuellement. J'ai tenté d'en donner l'équivalent avec les termes actuels:

OR                                                          aureus
AR                   argent                              denier d'argent
BIL                  billon                               mélange d'argent et de cuivre (antoninien, deniers)
BR                                                          bronze
B                                                             bronze (le plus souvent antoninien dévalué)
BQ                                                          bronze (le plus souvent antoninien dévalué)
POT                                                        potin (mélange cuivre et plomb)
GB                   grand bronze                   sesterce
MB                  moyen bronze                  dupondius ou as
PB                   petit bronze                     semis, quadrans
PB                                                          semis, quadrans (le plus souvent antoninien dévalué)
Q                     quinaire                           quinaire d'argent (si Q AR), d'aureus (si Q OR)
M                                                            médaillon (d'argent si ARM; de bronze si BR M)
Méd                                                        médaillon (d'argent si AR M; de bronze si BR M)
B                                                          Department of coins, British museum, Londres
F                                             
Cabinet des Médailles, Bibliothèque nationale, Paris
V
                                                          Cabinet des médailles, Vienne.

Les émissions orientales s'intègrent difficilement dans ce cadre. Les AR M correspondent aux cistophores. Les GB, MB, PB aux diverses espèces de frappe locale.

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Tome 2: de Nerva à Antonin

Les questions abordées dans les autres introductions (en particulier dans celles du tome 1) ne sont pas reprises ici.

Le tome second de la description fut publié par Rollin et Feuardent en 1882, deux années après la mort de Cohen. Les éditeurs joignirent au tome l'Allocution prononcée sur la tombe de M. Henry Cohen par M. Chabouillet et une note dans laquelle ils émirent quelques souhaits concernant la suite de la publication. En 1882, la description était prévue en 6 volumes (il y en eut 8 !) et une table chronologique des émissions était prévue en fin du dernier tome.

Les sources

Les sources accumulées pour la rédaction du second volume ne déféraient pas fondamentalement des sources utilisées dans le volume précédent. Nous renvoyons les lecteurs au paragraphe concerné.

Dans ce tome, nous retrouvons les références aux nombreuses collections publiques et privées d'Europe parmi lesquelles je relève le Danemark (p. 240), Munich (p. 202), Naples (p. 316) et Turin p. 303, 311). Les collections privées furent tout aussi sollicitées: celle de Heiss (p. 251), celle du fameux M. Nomophile (p. 324. Sur Nomophile Dunouy, voir l'introduction générale). On remarque une monnaie de la collection Trau à Vienne qui ne figure plus dans le catalogue de la vente (Sammlung Franz Trau, vente du 22 mai 1935). Les marchands contribuèrent aux recherches de Cohen, en particulier Hoffmann (p. 84, 210, 251, 304), Rollin (p. 9, 45, 181, 217, 229, 285, 336, 339, 343, 344, etc.). Les publications scientifiques sont mentionnées Mémoire de l'académie des inscriptions et belles lettres, (p. 246), Revue numismatique de Vienne (p. 258), Chedeau et de Sarcus, 1865, Mémoire sur les découvertes archéologiques de la Mayenne au gué de Saint-Léonard, Mayenne (p. 313). Il fait appel au trésor du lycée Henri IV (p. 25, 43, 44, 114, 148, 209, 215, 277, 284, 329, 332, 338, 341, 342, etc.). Les références aux monnaies grecques sont toujours présentes en opposition aux principes généraux de la description, mais de façon plus ponctuelle (p. 268). Enfin, quelques faux sont signalés (p. 234, 235, 397), un padouan (p. 234).

A priori, on ne remarque aucune différence entre le second volume et le précédent. En réalité, ce tome était déjà entièrement rédigé, lorsque Cohen décéda. Les compléments de Rollin furent donc marginaux.

Le classement

L'introduction de Rollin et Feuardent fut l'occasion de marquer une certaine distance vis-à-vis de l'œuvre de Cohen, lui reprochant d'avoir ainsi préféré le classement alphabétique à la place du classement chronologique. Sans doute l'idée était très novatrice, mais elle ne fut réalisée qu'en 1923 par Mattingly. A cette époque, les classements chronologiques et les attributions aux ateliers n'étaient pas assez avancés pour permettre une édition totale sur la base des dates.

Effectivement dès le début du règne de Trajan, nous voyons apparaître de très nombreuses dates dès que les monnaies présentent la moindre indication chronologique.

De même, conformément aux remarques de Rollin et Feuardent, un effet fut fait en direction des monnaies au nom d'un empereur, émises après sa mort. C'était le cas des émissions des monnaies restituées que Cohen avait classées au nom du premier émetteur: par exemple les émissions d'Auguste restituées par Trajan étaient toutes classées à Auguste. Dès ce volume les renvois et les références furent alors améliorés. On peut le constater en particulier en page 88 lorsque les éditeurs améliorèrent les renvois aux séries plus anciennes.

Les autres principaux choix de Cohen furent respectés.

Le système monétaire

Le système monétaire du premier siècle continua sans changement au cours du deuxième siècle. Le système monétaire romain en vigueur demeura celui d'Auguste. Tout au plus fut-il amélioré: Trajan mit à profit l'incendie du vieil hôtel monétaire et regroupa la frappe des trois métaux dans l'atelier ouvert par Domitien sur les pentes du Coelius.

Aureus                1
Quinaire or          2                1
Denier               25           12,5             1
Quinaire ag       50              25             2             1
Sesterce          100              50             4             2               1
Dupondius      200            100             8             4               2             1
As                  400            200           16             8               4             2             1
Semis              800            400           32           16               8             4             2                1
Quadrans     1.600            800           64           32             16             8             4                2

Les poids et les titres des diverses espèces ne furent pratiquement pas modifiés par rapport aux émissions des douze Césars. Le poids des monnaies d'or resta sensiblement le même.

Empereur                    Nbre d'ex.                     Poids moyen

Nerva                                         13                                   7,56
Trajan                                      138                                   7,23
Hadrien                                    179                                   7,25
Antonin                                    248                                   7,21

Le poids des monnaies d'argent resta sensiblement le même.

Empereur                    Nbre d'ex.                     Poids moyen

Nerva                                         53                                   3,29
Trajan                                      487                                   3,21
Hadrien                                    756                                   3,21
Antonin                                    783                                   3,23

Le sesterce était taillé à raison de 12 à la livre, soit environ 27,25 g, le dupondius pesait environ 13 à 14 g, compatible avec une taille à 24 à la livre de 327 grammes. Les autres monnaies de "bronze" étaient en cuivre (quelques unes ont parfois été émises en orichalque). L'as était taillé à raison de 30 à la livre, soit 10,90 g, le semis à environ 60 à la livre (5,45 g), le quadrans à environ 112 à la livre (2,91 g). Les poids de ces monnaies n'évoluèrent pratiquement pas au cours des frappes.

Empereur          Sesterce                    Nbre                 Dupondius                          Nbre

Nerva                      25,67                         34                          13,69                                 9
Trajan                      25,85                       252                          13,19                             111
Hadrien                    25,78                       458                          13,21                             163
Antonin                    25,57                       597                          12,82                             156

Il est vrai que l'atelier de Rome avait à faire face à une demande de plus en plus importante. L'Empire s'était augmenté de nombreuses nouvelles provinces et les besoins internes de la population romaine avaient crû. L'approvisionnement était facilité par les vastes séries de grands travaux entrepris dans toutes les parties de l'Empire: routes, cirques, temples, etc. Enfin la conquête de la Dacie avait permis à Trajan de mettre la main sur des tonnes d'or et d'argent conservées dans le trésor de Décébale et sur les mines. Trajan en profita pour augmenter les productions monétaires et décida en 107 la refonte des monnaies anciennes. L'activité minière fut souvent marquée par la frappe de petits bronzes (quadrantes) aux noms des sites miniers: Metall(i) Ulpiani, etc. Durant le règne d'Auguste, comme nous l'avons vu, les efforts des empereurs s'étaient portés vers la frappe de très vastes quantités de monnaies d'or, d'argent et de bronze destinées à constituer le stock monétaire de base. Chaque nouvel empereur mettait à profit son arrivée au pouvoir pour émettre une nouvelle série de pièces destinées à populariser son image. Enfin, la frappe des monnaies de cuivre non allié, n'était pas aussi réglementée que celle des autres espèces. Des espèces de cuivre avaient été émises par toutes les cités d'Occident. Enfin, la réforme de Néron avait déclenché de vastes retraits de monnaies d'or et d'argent, de poids, date, module différents.

La refonte décidée en 107 eut pour finalité d'homogénéiser le stock monétaire qui fut très largement purgé des émissions légères ou frauduleuses. La refrappe fut facilitée par la maîtrise des stocks d'or et d'argent de Dacie.

Trajan ordonna la refrappe de types monétaires recopiés des émissions anciennes pour éviter que les refontes des monnaies anciennes ne contribuent à estomper le souvenir des émissions des empereurs précédents. Ainsi furent émises des pièces copiées directement des monnaies républicaines ou des empereurs anciens. Cette refonte fut un succès et on constate dans les trésors et sur les sites archéologiques que les monnaies anciennes se raréfient brusquement, preuve de l'application universelle de la décision de Trajan. Ces mêmes trésors et lots antiques nous montrent que l'or et le bronze furent touchés par la refonte.

Rome alimenta l'ensemble de l'Empire, ou du moins la zone latine. Seules quelques cités grecques continuaient à émettre des émissions traditionnelles. Hadrien continua à émettre quelques cistophores, grosses monnaies d'argent.

Les ateliers

Après la période de grands bouleversements du premier siècle et la contraction du nombre des centres de frappe, le second siècle apparaît comme étonnant de simplicité, du moins à en juger par les attributions traditionnelles des ateliers. Mis à part quelques frappes en Asie, les chercheurs considéraient que les frappes occidentales avaient toutes été émises à Rome. Cependant, le début du deuxième siècle est depuis plusieurs années le parent pauvre de la recherche numismatique. Les travaux de Strack, puis ceux des numismates anglais ont présenté avant la seconde guerre mondiale une masse d'informations et des propositions de classement que les recherches plus récentes ont en partie mis en doute, sans que les travaux nouveaux puissent donner lieu à une vaste publication de synthèse.

Le point le plus important reste donc celui des ateliers et des lieux d'émissions. Jusqu'à présent, les émissions d'or d'argent et de bronze étaient toutes attribuées à l'atelier de Rome, malgré les problèmes techniques: il faut envisager une frappe de quelque 90 à 100 tonnes de sesterces par an ! L'étude des monnaies découvertes à Bath (Walker) a permis de constater que les sesterces frappés au type de la BRITANNIA en 119, s'ils étaient émis avec des coins gravés à Rome étaient distribués à partir de la Grande-Bretagne. On les y trouve en plus grand nombre et les lots sont davantage liés par les coins que les monnaies des autres types. La répétition de cette constatation pour d'autres séries plus récentes à la BRITANNIA prouve que, soit les espèces étaient frappées dans l'atelier de Rome et expédiées en lots vers divers points de l'Empire où ils étaient distribués, soit que des coins étaient gravés à Rome et étaient utilisés pour la frappe dans les diverses régions de l'Empire par des ouvriers spécialisés. Il est fort plausible que ces coins gravés par les ouvriers de Rome aient été utilisés dans les diverses régions que l'empereur visitait, à moins qu'il ait intégré une partie des employés de la Monnaie à son escorte.

Comme nous le voyons cette découverte fait voler en éclats la notion d'atelier monétaire unique et de lieu de dispersion des espèces romaines à partir de la capitale de l'Empire. Elle implique de mener une même sorte de vérifications pour toutes les séries présentant une légende régionale ou mentionnant le passage de l'empereur (Hadrien voyagea beaucoup) pour tenter d'établir l'étendue de la constatation faite lors de l'étude des découvertes de Bath. Si les frappes étaient commandées par les provinciaux à l'atelier de Rome ou distribuées à l'occasion du passage de l'empereur ou d'un des souverains romains, ce serait toute notre conception de la circulation et de la diffusion monétaire qui serait à revoir.

La chronologie

Le deuxième siècle est certainement la période où le système chronologique s'épanouit le plus. Nous avons vu que les émissions monétaires du début du premier siècle étaient principalement immobilisées, c'est à dire que les frappes du début de l'Empire avaient une fois pour plusieurs années adopté un type que les graveurs se contentaient de reprendre.

Une première évolution était apparue avec les Flaviens qui attachèrent une importance accrue aux détails sur les dates et les titres impériaux. La légende impériale se composait de plusieurs éléments:

- le nom de l'empereur.

- le titre d'imperator. Ce titre pouvait être renouvelé et les monnaies consignaient ce genre d'évolution (IMP, IMP II, IMP III, etc.).

- le titre d'augustus. Il était généralement accordé à la prise de pouvoir.

- le titre de Pontifex maximus. Il était généralement au début du règne, sinon à la prise de pouvoir.

- les puissances tribuniciennes (tribunicia potestate) étaient renouvelées à chaque anniversaire de l'accession au pouvoir (TR P I, TR P II, TR P III, etc.). Lorsqu'elles sont signalées sur les monnaies elles permettent de dater la frappe à l'année près.

- les consulats (COS I, COS II, COS III, etc.) qu'avaient assumé l'empereur sont une bonne référence chronologique. Les Flaviens avaient endossé l'habit consulaire très régulièrement, les Antonins, de façon plus lâche.

- les autres titres liés à des fonctions administratives telles que la censure (Censor), le titre de Père de la Patrie (Pater patriae, ou P P, etc.).

- les divers titres d'honneur liés aux victoires militaires (Germanicus, Dacicus, etc.).

La combinaison de ces divers titres et leur inscription sur les monnaies permet de mieux cerner les dates d'émission.

Par un curieux paradoxe, le deuxième siècle fut celui où à la fois certaines datations sont les plus faciles et à la fois, la période où certaines séries sont les plus difficiles à dater. Il n'y a guère de problèmes pour les émissions de Nerva, compte tenu de la brièveté du règne. Par contre les règnes de ses successeurs sont nettement plus complexes.

Trajan, en 103 assuma son 5e consulat et reçut du Sénat romain le titre de Meilleur des Princes (optimus princeps) qu'il fit figurer au revers de très nombreuses séries monétaires sous la forme S P Q R OPTIMO PRINCIPI. Cette formule remplaça les indications chronologiques habituelles. Elle fut utilisée durant la majeure partie du règne, même après la démonétisation de 107. Un premier classement de ces émissions non datées a été tenté par Hill, mais de nombreux points restent à éclaircir.

Le problème se pose en des termes similaires pour Hadrien. Après avoir revêtu les habits consulaires en 117, 118 et 119, il n'assuma plus la charge. Ses monnaies portèrent donc uniquement la référence à ce troisième consulat (COS III), avec parfois la mention du titre de Père de la Patrie qu'il reçut en 128. Là encore nous nous trouvons devant une masse considérable d'émissions dont le classement devrait être repris.

La question semble avoir été moins importante avec les premières émissions d'Antonin.

La circulation monétaire

L'abondance des trésors a donné lieu à de très nombreuses publications d'ensembles. Il en est de même avec les monnaies découvertes dans les nombreux sites archéologiques. C'est donc paradoxalement au moment où le matériel devient plus abondant que les travaux de synthèse deviennent les plus rares. Ces recherches sur la circulation monétaire mettent en évidence la domination des espèces de bronze au cours du deuxième siècle. La diminution de nombre des imitations et le développement du rôle des émissions d'alliage (orichalque), c'est à dire le sesterce et le dupondius montrent l'impact des reformes de 107. La fréquence des trésors de monnaies de bronze, en particulier les plus lourdes a longtemps laissé penser à une certaine diminution du rôle des petites pièces (as, semis, quadrans). L'étude des sites archéologiques, en particulier ceux qui ont été fouillés selon les méthodes stratigraphiques, met en évidence l'importance de la circulation résiduelle des moyens et petits bronzes jusqu'au troisième siècle. Nous pouvons donc considérer comme relativement bien connus la durée d'utilisation de ces espèces.

Par contre, la répartition géographique de ces bronzes, tout comme celle des monnaies d'or et d'argent reste encore très floue. Il manque de synthèse permettant de mieux cerner l'évolution de la répartition géographique des espèces. Où étaient-elles les plus abondantes ? Les publications des inventaires de monnaies isolées permettent de montrer que les espèces du deuxième siècle étaient plus présentes dans les zones rurales que ne l'avaient été les émissions du premier siècle.

Les titres et les poids des émissions d'or, d'argent et de bronze sont relativement bien cernés depuis une dizaine d'années.

La refonte de 107 a marqué un profond renouvellement du stock monétaire. Les recherches à mener devront dans les prochaines décennies montrer l'évolution du stock monétaire après cette refonte. Les grandes émissions de Trajan ont été remplacées par des émissions plus réduites au fur et à mesure que le siècle s'écoulait. On peut donc concevoir que les recherches sur les productions permettront de cerner l'évolution des quantités en circulation et de mieux comprendre l'évolution monétaire qui permit le développement de la crise de la fin du siècle.

Abréviations

Cohen utilise pour décrire les monnaies un certain nombre d'abréviations qui ne sont plus en usage actuellement. J'ai tenté d'en donner l'équivalent avec les termes actuels:

OR                                        aureus
AR           argent                   denier d'argent
BIL           billon                     mélange d'argent et de cuivre (antoninien, deniers)
BR                                        bronze
B                                           bronze (le plus souvent antoninien dévalué)
BQ                                        bronze (le plus souvent antoninien dévalué)
POT                                      potin (mélange cuivre et plomb)
GB           grand bronze         sesterce
MB           moyen bronze       dupondius ou as
PB            petit bronze           semis, quadrans
PB                                        semis, quadrans (le plus souvent antoninien dévalué)
Q              quinaire                 quinaire d'argent (si Q AR), d'aureus (si Q OR)
M                                          médaillon (d'argent si ARM; de bronze si BR M)
Méd                                      médaillon (d'argent si AR M; de bronze si BR M)
B                                        Department of coins, British museum, Londres
F                               
Cabinet des Médailles, Bibliothèque nationale, Paris
V
                                        Cabinet des médailles, Vienne.

Les émissions orientales s'intègrent difficilement dans ce cadre. Les AR M correspondent aux cistophores. Les GB, MB, PB aux diverses espèces de frappe locale.

Bibliographie

Ouvrages de classement

Hill, P. V., 1970, The dating and arrangement of the Undated coins of Rome, A.D. 98-148, Londres.

Mattingly, H., Syndenham, E. A., 1926, The Roman Imperial Coinage, II/ Vespasian to Hadrian, Londres.

Mattingly, H., Syndenham, E. A., 1930, The Roman Imperial Coinage, III/ Antoninus Pius to Commodus, Londres.

Metcalf, W. E., 1980, The Cistophori of Hadrian, New York.

Seaby, H.A., 1979, Roman silver coins, II, De Tibère à Commode, Londres.

Strack, P. L., 1931, Untersuchungen zur römischen Reichsprägung der Zweiten Jahrhunderts, I/ Die Reichprägung zur Zeit des Traian, Stuttgart, 1931.

Strack, P. L., 1933, Untersuchungen zur römischen Reichsprägung der Zweiten Jahrhunderts, I/ Die Reichprägung zur Zeit des Hadrian, Stuttgart.

Strack, P. L., 1937, Untersuchungen zur römischen Reichsprägung der Zweiten Jahrhunderts, I/ Die Reichprägung zur Zeit des Antoninus Pius, Stuttgart.

Études

Cizeck, E., 1983, L'époque de Trajan, circonstances politiques et problèmes idéologiques, Bucarest, Paris.

Fittschen K., 1982, Die Bildistypen der Faustina Minor und die Fecunditas Augustae, Göttingen.

Howgego, C. J., 1985, Greek Imperial Countermarks. Studies in the provincial coinage of the Roman Empire, Londres.

Levi, M. A., 1993, Adriano Augusto, Roma.

Magnaguti, A., 1935, Hadrianus in nummis, Londres.

Metcalf, W. E., 1996, The Silver Coinage of Cappadocia Vespasian - Commodus, New York

Walker, D. R., 1977, The Metrology of the roman silver Coinage, part II, from Nerva to Commodus, Oxford.

Collections

Belloni, G. G., 1973, Le monete di Traiano, catalogo del civico gabinetto numismatico, museo archeologico di Milano, Milan.

Bourgey, S., Desnier, J.-L., 1994, L'empire romain, Tome 2 (96-235 après J.-C.), Paris.

Mattingly, H., 1966, Coins of the Roman Empire in the British Museum, III/ Nerva to Hadrian, Londres.

Mattingly, H., 1968, Coins of the Roman Empire in the British Museum, IV/ Antoninus Pius to Commodus, Londres.

Robertson, A. S., 1971, Roman Imperial Coins in the Hunter Coin Cabinet, Univ. of Glasgow, II/ Trajan to Commodus, Oxford, 1971.

Sukiennik, G., 1991, Catalogue of Ancient Coins in the Ossolinski National Institute Library, part 3, Coins of the Roman Empire, Nerva-Hadrien, Cracovie.

Catalogo delle raccolte numismatiche, Comune di Milano, I, Le monete dell'impero da Augusto a Traiano, Milan, 1938.

Catalogo delle raccolte numismatiche, Comune di Milano, II, Le monete dell'impero da Adriano ad Elio Cesare, Milan, 1940

Trésors et trouvailles

De très nombreuses trouvailles monétaires de bronzes du deuxième siècle appartiennent aux périodes ultérieures. Des trésors ont été constitués en grand nombre au milieu du troisième siècle, lors des grands troubles monétaires. J'invite le lecteur à se reporter aux chapitres suivants.

Audra, A., 1982, "Le trésor de Seyssel (Haute-Savoie)", Bulletin de la Société Française de Numismatique, 37, 1982, p. 217-218.

Bompaire, M., 1987, "Le trésor monétaire de Woignarue (Somme)", Revue archéologique de Picardie, 3-4, 1987, p. 67-81.

Etienne, R., Rachet, M., 1984, Le trésor de Garonne, essai sur la circulation monétaire en Aquitaine à la fin du règne d'Antonin-le-Pieux (159-161), Bordeaux.

 


 

Tome 3: Marc Aurèle à Albin

Les questions abordées dans les autres introductions (en particulier dans celles du tome 1) ne sont pas reprises ici. On peut également consulter le préliminaire au tome 2.

Les sources et le classement

Le troisième tome de la seconde édition marque le terme du Haut Empire (pris dans sa définition réduite). Avec ce volume, Cohen pensait être arrivé au terme de la première moitié de son travail (prévu en 6 tomes selon les indications publiées dans le tome 2).

La proportion importante des espèces des premier et deuxième siècles dans le projet initial marque l'intérêt des chercheurs du dix-neuvième siècle pour ces émissions. Les deux premiers siècles auraient dû représenter selon le plan initial de la seconde édition la moitié de 6 tomes initialement prévus. Logiquement, la part des émissions plus tardives aurait dû constituer une masse nettement plus importante.

Effectuons quelques triviales comparaisons avec l'importance du Haut-Empire dans le Roman Imperial Coinage. Le projet de la seconde édition de Cohen envisageait de laisser au Haut-Empire 50 % des tomes. Dans l'édition telle qu'elle fut imprimée le Haut-Empire ne représentait que 37 % du nombre de volumes. Le projet du Roman Imperial Coinage envisageait de laisser au Haut-Empire 30 % des tomes (3 sur 10). Dans l'édition telle qu'elle fut imprimée le Haut-Empire ne représentait que 23 % du nombre de volumes, en comptant des volumes divisés en plusieurs tomes. Ce regard quantitatif de béotien ne fait que mettre en évidence l'importance prise par la typologique pour les émissions du Bas-Empire. Nos calculs seraient encore plus criants s'ils n'avaient porté que sur les troisième et quatrième siècles.

Les sources de ce troisième volume ne diffèrent guère de celles des deux premiers fascicules. Il est donc inutile de les rappeler.

Le classement n'a pas été modifié dans sa structure, mis à part les modifications introduites par Rollin consistant à rajouter aussi souvent que possible les précisions sur les dates.

Le système monétaire

Le système monétaire continua sans changement. Trajan, Hadrien, puis Antonin avaient laissé un stock monétaire important et homogène. Le système monétaire demeura toujours celui d'Auguste.

Aureus                1
Quinaire or          2                1
Denier               25           12,5             1
Quinaire ag       50              25             2             1
Sesterce          100              50             4             2               1
Dupondius      200            100             8             4               2             1
As                  400            200           16             8               4             2             1
Semis              800            400           32           16               8             4             2                1
Quadrans     1.600            800           64           32             16             8             4                2

Les poids et les titres des diverses espèces ne furent pas modifiées par rapport aux émissions des douze Césars, du moins de façon brutale et visible. Cependant, durant toute la seconde moitié du deuxième siècle, les titres et les poids des monnaies tant d'argent que de bronze commencèrent à amorcer un lent mais irréversible déclin qui aboutit aux premiers grands troubles de l'extrême fin du siècle. Cette érosion du denier et du sesterce dès Marc Aurèle était due à la situation de plus en plus difficile de l'Empire. La situation était délicate aux frontières, les bandes de déserteurs et de révoltés dévastaient les provinces et quelques catastrophes naturelles ou épidémies fragilisaient les revenus de l'État. Le titre tomba lentement de quelque 90-93 % au début du deuxième siècle à environ 75 % à la mort de Commode. Un phénomène similaire a touché les émissions de bronze allié (sesterce et dupondii). La part du zinc diminua durant tout le siècle, rapprochant la composition des monnaies lourdes de celle des monnaies de cuivre.

Empereur                    Nbre d'ex.                     Poids moyen

Marc Aurèle                             137                                   7,25
Commode                                  48                                   7,22
Pertinax                                      19                                   7,25
Dide Julien                                  11                                   6,81

Le poids des monnaies d'argent resta sensiblement le même.

Empereur                    Nbre d'ex.                     Poids moyen

Marc Aurèle                             639                                   3,21
Commode                                290                                   2,93
Pertinax                                      27                                   3,21
Dide Julien                                  12                                   2,94

L'as était taillé à raison de 30 à la livre, soit 10,90 g, le semis à environ 60 à la livre (5,45 g), le quadrans à environ 112 à la livre (2,91 g). Les poids de ces monnaies n'évoluèrent pratiquement pas au cours des frappes.

Empereur                       Sesterce                                  Nbre          Dupondius      Nbre

Marc Aurèle                          25,16                                    558          12,56   148
Commode                             24,49                                    252          12,71   33
Pertinax                                 25,72                                      23          11,99   7
Dide Julien                             21,19                                      24          10,88   8

Cependant, les émissions monétaires du deuxième siècle étaient largement dominées par le sesterce, la plus grosse des pièces de bronze qui semble symboliser aux yeux des collectionneurs et des historiens la monnaie symbole de cette période. Sa surface, le fait que les graveurs pouvaient y présenter toutes les facettes de leur art, les influences grecques, l'abondance des types les font souvent préférer aux deniers. Nous avons longuement insisté sur la refonte de 107 dont nous avons dit qu'elle concernait aussi les espèces de bronze. Malgré tout, les bronzes émis sous les Flaviens continuaient à circuler en abondance, comme le prouvent les très nombreux sites archéologiques et trésors. On en trouve même dans les trésors du milieu du troisième siècle !

Le sesterce fut-il si abondant que les numismates le laissent parfois penser ? Les auteurs de la publication du trésor de Garonne estiment à quelque 3,5 millions de sesterces la production annuelle de l'atelier romain. Mais, en tenant compte d'une durée de circulation de l'ordre du siècle, le stock accumulé devait parfaitement suffire aux besoins monétaires des populations de la seconde moitié du deuxième siècle. Le simple fait que les sommes courantes soient alors évaluées en sesterce montre l'importance prise par ce numéraire. D'autres recherches menées lors de l'étude des découvertes de Bath publiées par D. R. Walker laissent penser que le stock de bronze circulant en Grande-Bretagne à la fin du règne de Commode aurait été d'environ 14 millions de sesterces. Poursuivant son raisonnement, Walker fut amené à considérer que chaque habitant devait posséder entre 2 et 3 sesterces sous Antonin. En tenant compte des disparités géographiques au sein de l'Empire, un stock de 2 à 3 sesterces en Grande-Bretagne pouvait correspondre à un chiffre nettement supérieur dans les zones méditerranéennes. Chaque famille pouvait peut-être posséder plus d'une vingtaine de sesterces.

Quoi qu'il en soit, c'est le sesterce qui est, dans l'Empire, l'objet de toutes les thésaurisations. Cette abondance des sesterces ne saurait faire oublier le rôle des plus petites monnaies de bronze. Que ce sesterce, monnaie de grande valeur, ait fait l'objet d'une sélection préférentielle ne semble pas être incompatible avec l'idée d'une circulation maintenue des plus petites monnaies sont les fouilles archéologiques nous montrent la présence dans les couches du milieu du troisième siècle.

Dominance du sesterce, lente chute du denier, tout laisse penser que la réduction des titres était peu perceptible durant cette période, mais l'orage était de plus en plus proche.

Les ateliers

Avec cette période commence celle où les études récentes ou en cours modifient les perceptions des émissions monétaires.

L'état de la typologie et du classement est encore assez proche de celui de l'avant-guerre, mis à part les publications des chercheurs viennois. La place reste donc entière pour une typologie plus poussée et plus avancée, permettant de mieux classer les émissions.

En règle générale, les émissions des derniers Antonins ne posent pas de problèmes quant à leur datation. Cependant, plusieurs frappes eurent lieu aux noms des impératrices, en particulier aux noms de Faustine I et de Faustine II, émissions qui sont généralement mal datées.

Ces recherches chronologiques ne sauraient faire oublier l'importance des questions relatives aux ateliers monétaires. Les productions sont largement attribuées à l'atelier de Rome, mais les recherches menées sur les découvertes de Bath laissent de plus en plus penser que des envois de numéraire étaient faits à destination des diverses zones de l'Empire, comme nous l'avons vu plus haut. Dans ces conditions, il est clair que les notions d'atelier central et de circulations doivent être complètement revues. Les questions liées à la multiplication des ateliers après la mort de Commode seront évoquées plus loin.

Les nombreuses analyses des alliages ont permis depuis les années 60, de mieux suivre les diverses périodes de réduction pondérale et de l'évolution des frappes. Nous les avons déjà évoquées plus haut.

La circulation

Les questions de circulation monétaires sont exactement les mêmes que celles évoquées dans le volume précédent, c'est-à-dire les rapports entre les zones géographiques et l'abondance monétaire.

Une question semble être typique des zones extérieures à l'Empire, c'est celle de la propagation des masses de métaux précieux (argent essentiellement) vers les zones nordiques. Cette exportation cesse avec les réductions des alois. Les recherches actuelles menées par A. Bursche en Pologne mettent en évidence le rôle non plus du commerce mais des dons entre chefs militaires romains et barbares.

Abréviations

Cohen utilise pour décrire les monnaies un certain nombre d'abréviations qui ne sont plus en usage actuellement. J'ai tenté d'en donner l'équivalent avec les termes actuels

OR                                        aureus
AR           argent                   denier d'argent
BIL           billon                     mélange d'argent et de cuivre (antoninien, deniers)
BR                                        bronze
B                                           bronze (le plus souvent antoninien dévalué)
BQ                                        bronze (le plus souvent antoninien dévalué)
POT                                      potin (mélange cuivre et plomb)
GB           grand bronze         sesterce
MB           moyen bronze       dupondius ou as
PB            petit bronze           semis, quadrans
PB                                        semis, quadrans (le plus souvent antoninien dévalué)
Q              quinaire                 quinaire d'argent (si Q AR), d'aureus (si Q OR)
M                                          médaillon (d'argent si ARM; de bronze si BR M)
Méd                                      médaillon (d'argent si AR M; de bronze si BR M)
B                                        Department of coins, British museum, Londres
F                               
Cabinet des Médailles, Bibliothèque nationale, Paris
V
                                        Cabinet des médailles, Vienne.

Les émissions orientales s'intègrent difficilement dans ce cadre. Les AR M correspondent aux cistophores. Les GB, MB, PB aux diverses espèces de frappe locale.

Bibliographie

Ouvrages de classement

Kaiser-Reiss, M. R., 1980, Die stadtrömische Münzprägung während der Alleinherrschaft des Commodus. Untersuchungen zur Seldsdarstellung eines römischen Kaisers, Francfort.

Mattingly, H., Sydenham, E. A., 1930, The Roman Imperial Coinage, III/ Antoninus Pius to Commodus, Londres.

Mattingly, H., Sydenham, E. A., 1962, The Roman Imperial Coinage, IV-1/ Pertinax to Geta, Londres, 1962.

Seaby, H.A., 1979, Roman silver coins, II, De Tibère à Commode, Londres.

Seaby, H.A., 1979, Roman silver coins, III, De Pertinax à Balbin et Pupien, Londres.

Szaivert, W., 1986, Die Münzprägung der Kaiser Marcus Aurelius, Lucius Verus und Commodus (161-192), Vienne.

Études

Guey, J., 1962, "L'aloi du denier romain de 177 à 211 après J.-C.", Revue numismatique, p. 73-140

Walker, D. R., 1977, The Metrology of the Roman silver Coinage, part II, from Nerva to Commodus, Oxford.

Walker, D.R., 1978, The Metrology of the Roman Silver Coinage, part III, from Pertinax to Uranius Antoninus, Oxford.

Zedelius, V., 1976, Untersuchungen zur Münzprägung von Pertinax bis Clodius Albinus, Münster.

Collections

Bourgey, S., Desnier, J.-L., 1994, L'empire romain, Tome 2 (96-235 après J.-C.), Paris.

Mattingly, H., 1950, Coins of the Roman Empire in the British Museum, V/ Pertinax to Elagabalus, Londres.

Doyen, J. M., 1985, Catalogue des monnaies antiques. De Pertinax à la réforme de Dioclétien (193-294), Musée de Charleville-Mézières, 1985.

Metcalf, W. E., 1996, The Silver Coinage of Cappadocia Vespasian - Commodus, New York

Robertson, A. S., 1971, Roman Imperial Coins in the Hunter Coin Cabinet, Univ. of Glasgow, II/ Trajan to Commodus, Oxford, 1971.

Robertson, A. S., 1977, Roman Imperial Coins in the Hunter Coin Cabinet, Univ. of Glasgow, III/ Pertinax to Aemilian, Oxford.

Trésors et trouvailles

De très nombreuses trouvailles monétaires de bronzes du deuxième siècle appartiennent aux périodes ultérieures. Des trésors ont été constitués en grand nombre au milieu du troisième siècle, lors des grands troubles monétaires.

Mitkowa-Szubert, 1989, The Nietulisko Male, hoards of Roman Denarii, Varsovie.

Thirion, M., 1972, Le trésor de Liberchies, Bruxelles.


 

Tome 4: Septime Sévère à Maximin

Les questions abordées dans les autres introductions (en particulier dans celles du tome 1) ne sont pas reprises ici.

Le quatrième volume fut le dernier sur lequel Cohen ait eu à travailler. Il semble que la mort l'a frappé au moment où il préparait les deniers compléments de ce tome. Comme pour les autres, nous devons à Rollin et Feuardent la finition et la relecture des manuscrits et leur publication.

Avec Septime Sévère nous entrons dans des zones chronologiques qui intéressaient moins Cohen. Ainsi, dès la page 2, se contentait-il de noter que les médailles communes de Septime Sévère n'étaient guère estimées au-dessus de 1 franc, soit guère plus que la valeur du métal. Il prévenait également ses lecteurs que les pièces des époques ultérieures valaient encore moins.

Le système monétaire

La période fut marquée par plusieurs grandes séries de troubles tant politiques que militaires. Nous avons peu évoqué l'importance de la crise de la fin du deuxième siècle dans le volume précédent. La mort de Commode avait ouvert une nouvelle période de crise interne, caractérisée par la multiplication des compétiteurs et le retour des guerres civiles. Les uns ne régnèrent pas très longtemps, d'autres eurent le temps de s'illusionner sur leur destin, avant que Septime Sévère et ses armées d'Orient ne mirent un terme à leurs ambitions. A Rome, Pertinax prit un moment le pouvoir (janvier-mars 193), avant de s'effacer devant Dide Julien (mars-juin 193). Un autre révolté Pescennius Niger régna d'avril 193 à novembre 194. Les problèmes posés par les premiers une fois réglés, Septime dut partager pendant quelque temps son pouvoir avec Clodius Albinus qui régna principalement en Occident de la fin 195 à sa défaite à Lyon le 19 février 197. Cette période de luttes internes, aussi graves et importantes que celles que la République agonisante avait connues eurent les mêmes conséquences que les guerres civiles du premier siècle avant J.-C.: une augmentation considérable des dépenses militaires et une multiplication des centres de frappe.

L'unicité du lieu de frappe, répondait à l'unicité du centre de pouvoir. Même en admettant une multiplicité des lieux de frappe (en cas d'envoi des coins) ou des lieux d'émission (en cas d'envoi des espèces), tout découlait de Rome où étaient préparés les coins, les schémas des frappes, l'iconographie, et où étaient déterminées les quantités à émettre. Entre 193 et 197, ce centre de pouvoir éclata entre Rome (Pertinax, Dide Julien), l'Occident (Clodius Albinus), l'Orient (Niger) et le Centre (Septime). Chaque prétendant sécrétait son administration, sa cour, son armée, etc., et surtout son atelier monétaire. Dans le cas de Rome, il n'y avait pas de problème. Dans le cas des Orientaux, il n'y en avait guère non plus: les villes qui bénéficiaient du droit de frappe étaient nombreuses et on pouvait y trouver le personnel adéquat. La guerre eut principalement pour conséquence la multiplication des centres de frappe. Clodius Albinus dut recréer un atelier à Lyon, tandis qu'en Orient Septime Sévère dut favoriser le développement des frappes d'ateliers mineurs.

Cette importance des guerres eut également pour conséquence la croissance des émissions monétaires et le gonflement des coûts des armées à qui Septime devait ses victoires. Les luttes nombreuses qu'il fut amené à conduire à travers tout l'Empire et surtout les importantes augmentations des soldes débouchèrent sur de graves problèmes financiers et budgétaires.

Les poids et surtout les titres des monnaies d'argent commencèrent à chuter de façon assez importante. Les collectionneurs connaissent parfaitement ces deniers plus légers, mais dont la couleur commence à traduire l'addition de métaux moins nobles que l'argent. Après la mort de Septime en 211, la crise se fit plus grave et vers 215, Caracalla fut amené à introduire une nouvelle espèce, un double denier pesant environ le poids d'un denier et demi, et dont l'aloi n'était que de 50 %.

Ainsi se mettaient en place de façon lente et insidieuse les conditions qui allaient permettre à la crise du troisième siècle de se développer: la décentralisation de certaines frappes et la baisse des titres, deux éléments qui n'allaient être en aucun cas maîtrisés par les empereurs de plus en plus éphémères du troisième siècle.

Le système monétaire, en tant que tel, ne connut pas de grosses modifications par rapport à celui légué par les derniers Antonins.

Aureus                         1
Quinaire or                   2               1
Denier                        25          12,5             1
Quinaire ag                50             25             2          1
Sesterce                   100             50             4          2               1
Dupondius               200           100             8          4               2               1
As                           400           200           16          8               4               2               1
Semis                       800           400           32        16               8               4               2               1
Quadrans              1.600           800           64        32             16               8               4               2

L'introduction de l'antoninien en 215 modifia l'ensemble des rapports entre les diverses espèces. Les recherches de D. Hollard (fonds Bourgey) ont permis de présenter un tableau clair et complet de ces frappes. Le double aureus binio pesait vers 13,10 g, l'aureus quelque 6,55 g; l'antoninien (5,12 g) et le denier (3,41 g) avaient des alois de 50 % environ.

Binio d'or                     1
Aureus                         2               1
Antoninien                  50          12,5             1
Denier                      100             50           25          1
Sesterce                   400           200         100          4               1
Dupondius               800           400         200          8               2               1
As                        1.600           800         400        16               2               2

Les poids ne furent pas sensiblement modifiés par les troubles politiques du début de la période. Par contre, vers la fin du règne de Caracalla, les allégements pondéraux se firent plus nettement sentir tant en ce qui concerne les frappes d'or que celles d'argent (la perte pondérale se doublait d'une chute des alois).

Empereur                          Nbre d'ex.                                         Poids moyen

Septime Sévère - Caracalla               81                                                       7,25
Caracalla (début)                              12                                                       7,19
Caracalla (fin)                                   14                                                       6,55
Macrin (début)                                   4                                                       6,34
Macrin (fin)                                        8                                                       7,08
Élagabale                                            6                                                       6,36
Sévère Alexandre                             58                                                       6,39
Maximin                                             9                                                       6,13

Le poids des monnaies d'argent resta sensiblement le même.

Empereur                             Nbre d'ex.                                      Poids moyen

Septime Sévère - Caracalla                458                                                    3,24
Caracalla - Géta                                  23                                                    3,03
Caracalla                                           112                                                    3,10
Macrin (début)                                    16                                                    3,05
Macrin (fin)                                         44                                                    3,13
Élagabale                                           174                                                    2,98
Sévère Alexandre                              365                                                    2,98
Maximin                                              61                                                    3,01

Les poids des monnaies de bronze chutèrent régulièrement au cours de la période.

Empereur             Sesterce                 Nbre           Dupondius                             Nbre

Septime Sévère - Caracalla 25,72               23                    12,24                                    7
Caracalla - Géta          24,74                      19                    13,08                                    2
Caracalla                    24,56                      48                    12,03                                  16
Macrin (début)            23,63                        7                    12,56                                    2
Macrin (fin)                 23,82                      23                    10,41                                    2
Élagabale                    22,16                      71                      8,50                                    3
Sévère Alexandre        21,70                    263                    11,18                                  50
Maximin                      21,00                      82                    10,90                                  21

Les ateliers

Cette période n'a pas bénéficié de découvertes nombreuses et importantes de trésors de monnaies comme pour les périodes suivantes. Les trésors occidentaux sont rares. Il semble, d'autre part, que les envois de numéraire se soient concentrés vers les zones africaines ou vers l'Europe centrale. Les pays du barbaricum ne reçoivent plus de monnaies d'argent. Cette dispersion des espèces explique la pénurie des trésors et la rareté des publications.

Les recherches de Hill ont permis de préciser la chronologie des émissions. Cependant la majeure partie de la typologie semble pouvoir être reprise et améliorée en tenant compte des volumes des émissions et des recherches sur les divers ateliers.

Abréviations

Cohen utilise pour décrire les monnaies un certain nombre d'abréviations qui ne sont plus en usage actuellement. J'ai tenté d'en donner l'équivalent avec les termes actuels

OR                                                          aureus
AR                   argent                              denier d'argent
BIL                  billon                               mélange d'argent et de cuivre (antoninien, deniers)
BR                                                          bronze
B                                                             bronze (le plus souvent antoninien dévalué)
BQ                                                          bronze (le plus souvent antoninien dévalué)
POT                                                        potin (mélange cuivre et plomb)
GB                   grand bronze                   sesterce
MB                  moyen bronze                  dupondius ou as
PB                   petit bronze                     semis, quadrans
PB                                                          semis, quadrans (le plus souvent antoninien dévalué)
Q                     quinaire                           quinaire d'argent (si Q AR), d'aureus (si Q OR)
M                                                            médaillon (d'argent si ARM; de bronze si BR M)
Méd                                                        médaillon (d'argent si AR M; de bronze si BR M)
B                                                          Department of coins, British museum, Londres
F                                             
Cabinet des Médailles, Bibliothèque nationale, Paris
V
                                                          Cabinet des médailles, Vienne.

Les émissions orientales s'intègrent difficilement dans ce cadre. Les AR M correspondent aux cistophores. Les GB, MB, PB aux diverses espèces de frappe locale.

Bibliographie

Ouvrages de classement

Alram, M., 1989, Die Münzprägung des Kaisers Maximinus I Thrax (235-238), Vienne.

Baldus, H. R., 1971, Uranius Antoninus, Münzprägung und Geschichte, Bonn.

Hill, P. V., 1964, The coinage of Septimius Severus and his family of the Mint of Rome, AD 193-217, Londres, 1964.

Thirion, M., 1968, Le monnayage d'Élagabale (218-222), Bruxelles.

Mattingly, H., Sydenham, E.A., Sutherland, C.H.V., 1938, Roman Imperial Coinage, IV/2, Macrinus to Pupienus, Londres.

Seaby, H.A., 1979, Roman silver coins, III, De Pertinax à Balbin et Pupien, Londres.

Mattingly, H., Sydenham, E.A., 1936, Roman Imperial Coinage, IV/1, Pertinax to Geta, Londres, 1936.

Études

Bellinger, A. R., 1940, The Syrian Tetradrachms of Caracalla and Macrinus, New-York.

Bickford-Smith, R. A., 1995, "The Imperial Mints in the East for Septimius Severus: it is time to begin a thorough reconsideration", Rivista italiana di numismatica, 96, p. 53-72.

Guey, J., 1962, "L'aloi du denier romain de 177 à 211 après J.-C.", Revue numismatique, p. 73-140

Howgego, C. J., 1985, Greek Imperial Countermarks. Studies in the provincial coinage of the Roman Empire, Londres.

Kunisz, A., 1971, Obieg monetarny w Cesarstwie rzymskim w latach 214/215- 238 n.e., Od reform Karakalli do przywrocenia emisji antoniniana, Katowice.

Crawford, M. H., 1975, "Finance, coinage and money from the Severans to Constantine", Aufstieg und Niedergans der römischen Welt, II, p. 561-593.

Walker, D. R., 1978, The Metrology of the roman silver Coinage, part III, from Pertinax to Uranius Antoninus, Oxford.

Collections

Bourgey, S., Desnier, J.-L., 1994, L'empire romain, Tome 2 (96-235 après J.-C.), Paris.

Carson, R. A. G., 1962,: Coins of the Roman Empire in the British Museum, VI/ Severus Alexander to Balbinus and Pupienus, Londres.

Doyen, J. M., 1985, Catalogue des monnaies antiques. De Pertinax à la réforme de Dioclétien (193-294), Charleville-Mézières.

Robertson, A. S., 1977, Roman Imperial Coins in the Hunter Coin Cabinet, Univ. of Glasgow, III/ Pertinax to Aemilian, Oxford, 1977.

Trésors et trouvailles

Les trésors du règne des Sévères sont moins fréquents que ceux des périodes suivantes. La majeure partie de nos connaissances découle directement de l'étude des trésors postérieurs. Nous invitons les lecteurs à consulter la liste des trésors donnée dans le chapitre suivant.


 

Tome 5: Gordien I à Gallien

Les questions abordées dans les autres introductions (en particulier dans celles du tome 1) ne sont pas reprises ici. On peut également consulter le préliminaire aux tomes 4 et 6.

Le système monétaire

La période de l'anarchie militaire, pour reprendre une terminologie traditionnelle, avait reçu des Sévères un système monétaire qui, bien qu'il ait été affecté par les troubles du début du troisième siècle présentait encore une certaine cohérence.

Binio d'or                     1
Aureus                         2               1
Antoninien                  50          12,5             1
Denier                      100             50           25          1
Sesterce                   400           200         100          4               1
Dupondius               800           400         200          8               2               1
As                        1.600           800         400        16               2               2

Entre les années 235 et 274, date de la réforme d'Aurélien, l'Empire traversa une série de troubles politiques, économiques, militaires qui ne sont pas sans rappeler les difficultés de la fin du deuxième siècle, si ce n'est que leur gravité et leurs conséquences furent sans commune mesure.

Les rivalités politiques entre les divers chefs militaires ne purent se régler que par des luttes fratricides. Les armées engagées dans ces guerres étaient le plus souvent ôtées des frontières qu'elles laissaient à la merci des envahisseurs potentiels. Ainsi, à l'augmentation des budgets et des effectifs militaires, se rajoutaient les pertes et les coûts liés aux invasions barbares. Les besoins urgents conduisirent les empereurs d'une part à augmenter les volumes des émissions des antoniniens et d'autre part à réduire de façon plus ou moins régulière les alois des espèces d'argent. Ainsi, le poids de la crise se porta principalement sur les espèces d'argent et sur une espèce l'antoninien, alors que les autres monnaies n'étaient que plus modérément affectées par ces troubles. Par voie de conséquence, les perturbations induites par ces modifications entraînèrent le découplage des autres espèces, puis affectèrent l'ensemble du système, les conséquences se propageant à tout le système fiscal et à tout le système d'évaluation des richesses (pour l'étude de ces phénomènes, nous renvoyons aux diverses recherches de D. Hollard et de D. Gricourt que le premier a synthétisées dans la publication du fonds Bourgey). Ainsi, les anciennes monnaies de bronze qui avaient été émises au cours du deuxième siècle et au début du troisième siècle furent à leur tour affectées par les troubles monétaires. Dans un premier temps, les frappes des espèces d'orichalque (qui avaient perdu presque tout leur zinc) furent suspendues ou quasiment. Dans un second temps, ce numéraire fut retiré pour être refondu et servir à la frappe des antoniniens. Ce retrait ne fut pas brutal et autoritaire comme les retraits et les décris du quatrième siècle, mais résultait du choix des autorités de retirer les espèces les plus lourdes.

Cette dégradation fut cependant marquée par plusieurs tentatives de restauration de la qualité de la monnaie. Ce fut le cas sous le règne de Gallien qui essaya de revenir à des frappes d'antoniniens plus lourds et de meilleure qualité intrinsèque. Mais ces efforts furent balayés par la nouvelle crise sous Claude II. Aurélien fut alors contraint de démonétiser l'ensemble des antoniniens et de créer une nouvelle espèce.

Il en fut de même avec les émissions des bronzes dont nous avons vu la refonte après le milieu du troisième siècle. La déstructuration du système monétaire fit en sorte que les frappes de ces sesterces furent effectuées en concurrence avec une nouvelle espèce qui fut émise dès le règne de Trajan Dèce, en 249-251, le double sesterce. Comme pour l'argent le double sesterce portait la couronne radiée, marque du multiple de 2. Il pesait approximativement le double du sesterce. Cette tentative se solda par un échec. Quelques années plus tard, Postume, vers 260 fut à nouveau séduit par une telle tentative et reprit la frappe des doubles sesterces, qui d'ailleurs ne pesaient plus que 8 à 10 % de plus que les sesterces traditionnels. Cette nouvelle réforme, trop tardive, était vouée à l'échec et dès 262 les émissions de doubles sesterces furent suspendues. On peut considérer que la circulation des bronzes ne dépassa pas le règne de Victorin (269-271).

Les émissions d'or

                              Empereur                                   Poids moyen

                                  Gordien                                           6,35
                        Balbien-Pupien                                           5,75
                              Gordien III                                           4,77
                                   Philippe                                           4,21
                       Trébonien Galle                                           3,58
                                  Valérien                                           3,10 à 2,30
                                    Gallien                                           2,60 à 1,60
                                Claude II                                           4,90
                                  Aurélien                                           4,50
                                  Postume                                           5,85
                                   Victorin                                           5,03
                                   Tétricus                                           4,18

Les deniers d'argent.

                              Empereur                                   Poids moyen

                                  Gordien                                           3,16
                        Balbien-Pupien                                           3,09

Les antoniniens

                              Empereur                                   Poids moyen

                                Caracalla                                           5,07
                    Sévère Alexandre                                           6,32
                              Gordien III                                           4,77
                                   Philippe                                           4,08
  Trajan Dèce-Trébonien Galle                                           3,58
                                    Gallien                                           2,60 à 2,85
                                Claude II                                           2,83 à 2,79
                                  Aurélien                                           4,50
                                  Postume                                           3,22 à 2,95
                                   Victorin                                           3,00 à 2,43
                                   Tétricus                                           2,67 à 2,34

 

Pendant longtemps, la crise du troisième siècle a été interprétée comme une crise de pure inflation, c'est-à-dire une crise liée à la conjugaison de la seule augmentation des productions monétaires et d'un stock de métaux précieux limité. Une telle vision a été renouvelée par les travaux de G. Depeyrot et D. Hollard qui ont modifié complètement l'explication de la crise. Il convenait de prendre en considération plusieurs phénomènes, tels que l'augmentation des frappes, mais également la diminution des poids des espèces, tout comme la diminution des alois des antoniniens. La combinaison de ces trois éléments permet de restituer la crise dans son contexte et d'en redécouvrir le dynamisme. Au début de la période, les émissions étaient certes importantes, mais moindres que celles de la fin du siècle, les espèces étaient bien plus lourdes que les derniers antoniniens et les alois gravitaient autour de 50 %, alors qu'ils n'étaient que de quelques pour-cent à la fin des dernières émissions. En conjuguant l'ensemble des données nous pouvons suivre les évolutions des quantités d'argent pur utilisé pour les émissions entre 238 et 282. Nous présentons ici les résultats calculés en indices:

                                 238-244                                         100
                                 244-249                                           68
                                 249-253                                           51
                                 253-256                                           75
                                 256-260                                           54
                                 260-263                                           65
                                 263-266                                           44
                                 266-268                                           53
                                 268-270                                           26
                                 270-274                                           25
                                 274-276                                           13
                                 276-282                                             8

Les ateliers

Nous avons longuement insisté sur les modifications qui avaient résulté des troubles politiques et militaires du début et de la fin du règne des Sévères. Les ateliers monétaires étaient confrontés à une double obligation: d'une part celle d'accroître les quantités émises en fonction de la croissance des besoins militaires (et donc de se rapprocher des lieux d'utilisation des monnaies), et d'autre part celle d'assurer leur sécurité en s'éloignant des lieux trop exposés aux conflits et aux invasions.

Nous assistons donc au cours du troisième siècle à une multiplication du nombre des ateliers mais aussi à des transferts de sites en fonction de la situation militaire locale (dans ce chapitre nous suivons l'excellente mise au point de D. Hollard, fonds Bourgey). Par exemple l'atelier d'Antioche créé en 238 suspendit ses frappes après la prise et le sac de la ville par Sapor en 240-241. Il fut réactivé lors de l'expédition persique de Gordien III en 242, et la production ne chuta qu'en 244 lorsque Philippe accepta la paix. Il fut secondé par l'atelier de Samosate qui émit de 255 à 259. Les armées postées sur le Danube furent payées en numéraire émis dans l'atelier impérial nouvellement créé à Viminacium, sans doute sous le règne de Philippe (244-249). Il ferma lors de la dissolution du commandement des armées du Danube. Les légions postées sur le Rhin bénéficièrent alors des productions de l'atelier qui venait d'être créé à Trèves. D'autres petits ateliers au service d'éphémères usurpateurs furent ponctuellement ouverts.

L'usurpation de Postume, la mise en place de structures impériales en Gaule modifièrent considérablement la répartition de la production monétaire.

En Gaule, Postume (260-269) utilisa les productions trévires, qu'il fit seconder par une installation d'un atelier secondaire (issu de Trèves) à Cologne. En 273, toutes les productions furent concentrées à Cologne, mais dès 274 Tétricus pressé par Aurélien concentra ses frappes dans la ville de Lyon.

En Italie, les invasions et la pression barbares conduisirent l'empereur à créer un atelier à Milan pour la solde des légions installées dans la vallée du Pô. En 274, Aurélien le transféra à Pavie. Cet atelier servit de complément à l'atelier romain jusqu'à sa fermeture dans le cadre des troubles monétaires sous Aurélien.

Sur le Danube, un atelier fut ouvert à Siscia par Gallien, mais il fut secondé très rapidement par un autre créé par Aurélien à Serdica, plus en retrait et plus protégé des envahisseurs barbares.

En Orient, de nombreux ateliers furent créés en fonction des besoins militaires: Byzance en 272-273; Cyzique, atelier local devenu impérial sous Claude II; Smyrne ouvert par Gallien en 267-268 pour financer un projet de campagne. Durant toute la période, Antioche resta le grand centre des émissions orientales.

Comme nous l'avons vu dans l'introduction générale, à l'époque de Cohen le système des marques d'atelier n'était pas ou était peu explicité. Cohen rassembla donc les espèces par légende de revers sans s'attacher aux marques d'émission, d'officine ou de ville. Les marques des ateliers commençaient à se généraliser, principalement avec le règne de Gallien (259-268). Le système des identifications des villes émettrices ne fut réellement organisé de façon explicite que sous Dioclétien (voir les tomes suivants). Cependant quelques lettres situées en champ ou en exergue permettent d'attribuer certaines productions à diverses villes de l'Empire. Le système des marques comprend généralement:

- la marque d'officine: une lettre latine (P, S, T, Q, etc.), une lettre grecque (A, B, G, D, E, etc.) ou un chiffre (I, II, III, etc.), voire des points.

- la marque de l'atelier, lettre ou suite de lettre désignant la ville.

- la marque d'émission: certains cas une disposition particulière combinant la marque d'émission et le type monétaire (marque d'officine et figure assise, marque d'officine et animaux du bestiaire sous Gallien par exemple), ou un système déterminé de marque (lettre, chiffre, etc.).

Je donnerai ici quelques indications sur les marques d'ateliers monétaires, sous réserve de particularités:

Rome               pas de marque de ville, le plus souvent uniquement la marque d'officine, marque R parfois sous Aurélien et suivants.

Milan                M

Siscia               pas de marque de ville, le plus souvent uniquement la marque d'officine.

Ticinum            pas de marque de ville, le plus souvent uniquement la marque d'officine, T

Lyon                pas de marque de ville, le plus souvent uniquement la marque d'officine.

Serdica             pas de marque de ville, le plus souvent uniquement la marque d'officine.

Cyzique            pas de marque de ville, le plus souvent uniquement la marque d'officine.

Ce manque de précision dans les marques des villes explique les difficultés du classement des émissions monétaires. Encore actuellement certaines séries sont attribuées à des ateliers différents selon les auteurs. Le travail d'arrangement doit donc tenir compte des émissions, des styles, des marques et des représentations des bustes ou des revers.

Abréviations

Cohen utilise pour décrire les monnaies un certain nombre d'abréviations qui ne sont plus en usage actuellement. J'ai tenté d'en donner l'équivalent avec les termes actuels

OR                                                          aureus
AR                   argent                              denier d'argent
BIL                  billon                               mélange d'argent et de cuivre (antoninien, deniers)
BR                                                          bronze
B                                                             bronze (le plus souvent antoninien dévalué)
BQ                                                          bronze (le plus souvent antoninien dévalué)
POT                                                        potin (mélange cuivre et plomb)
GB                   grand bronze                   sesterce
MB                  moyen bronze                  dupondius ou as
PB                   petit bronze                     semis, quadrans
PB                                                          semis, quadrans (le plus souvent antoninien dévalué)
Q                     quinaire                           quinaire d'argent (si Q AR), d'aureus (si Q OR)
M                                                            médaillon (d'argent si ARM; de bronze si BR M)
Méd                                                        médaillon (d'argent si AR M; de bronze si BR M)
B                                                          Department of coins, British museum, Londres
F                                             
Cabinet des Médailles, Bibliothèque nationale, Paris
V
                                                          Cabinet des médailles, Vienne.

Les émissions orientales s'intègrent difficilement dans ce cadre. Les AR M correspondent aux cistophores. Les GB, MB, PB aux diverses espèces de frappe locale.

Bibliographie

Ouvrages de classement

Cavada, M., 1994, La crisis economico-monetaria del s. III dun mito historico ?, Saint-Jacques-de-Compostelle

Göbl, R., 1951, "Der Aufbau der römischen Münzprägung in der Kaiserzeit, Part V/1, Valerianus und Gallienus (253-260)", Numismatische Zeitschrift, 74, p. 8-45

Göbl, R., 1970, Regalianus und Dryantilla, Dokumentation, Münzen, Texte, Epigraphisches, Vienne.

Mattingly, H., Sydenham, E.A., Sutherland, C.H.V., 1938, Roman Imperial Coinage, IV/2, Macrinus to Pupienus, Londres.

Pink, K., 1949, "Der Aufbau der römischen Münzprägung in der Kaiserzeit, Part VI/1, Valerianus und Gallienus (253-260)", Numismatische Zeitschrift, 73, p. 13-74.

Pink, K., 1961, "Der Aufbau der römischen Münzprägung in der Kaiserzeit, Part VI/1, Magnia Urbica", Numismatische Zeitschrift, 79, p. 5-9.

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Études

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Callu, J.-P., 1969, La politique monétaire des empereurs romains de 238 à 311, Paris.

Crawford, M. H., 1975, "Finance, coinage and money from the Severans to Constantine", Aufstieg und Niedergans der römischen Welt, II, p. 561-593

Kunisz, A., 1971, Obieg monetarny w Cesarstwie rzymskim w latach 214/215- 238 n.e., Od reform Karakalli do przywrocenia emisji antoniniana, Katowice.

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Walker, D. R., 1978, The Metrology of the roman silver Coinage, part III, from Pertinax to Uranius Antoninus, Oxford.

Collections

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Carson, R. A. G., 1962,: Coins of the Roman Empire in the British Museum, VI/ Severus Alexander to Balbinus and Pupienus, Londres.

Doyen, J. M., 1985, Catalogue des monnaies antiques. De Pertinax à la réforme de Dioclétien (193-294), Charleville-Mézières.

Robertson, A. S., 1977, Roman Imperial Coins in the Hunter Coin Cabinet, Univ. of Glasgow, III/ Pertinax to Aemilian, Oxford, 1977.

Trésors et trouvailles

Nous avons intégré dans ce chapitre l'ensemble des trouvailles monétaires contenant les grands bronzes. Les trouvailles d'antoniniens sont nombreuses. Par souci de cohérence, nous les avons toutes regroupées dans le commentaire du tome suivant.

Buttrey, T. V., 1972, "A hoard of sestercii from Bordeaux and the problem of bronze circulation in the third century", American Numismatic Sty, Munseum Notes, 18, p. 33-58.

De Turckheim-Pey, S., 1981, "La trouvaille d'Arnouville-lès-Gonesse (68-238 après J.-C.)", Trésors monétaires, 3, p. 17-26.

Desnier, J.-L., 1985, "Le trésor du Puy-Dieu", Trésors monétaires, 7, p. 33-104

Giard, J.-B., 1995, Ripostiglio della Venèra, nuovo catalogo illustrato, vol. I, Gordien III-Quintille, Rome.

Loriot, X., 1974, "Trésor de monnaies de Gordien III découverts sur le territoire de l'ancienne Gaule", Bulletin de la société française de numismatique, p. 682-687.

Thirion, M., 1960, "Les trésors de sesterces d'Elverdinge et de Werken; les imitations des bronzes de Postume et la circulation du bronze au IIIe siècle", Revue belge de numismatique, p. 81-198.

Thirion, M., 1961, "Trésor de sesterces à Pétigny: Domitien-Postume", Revue belge de numismatique, p. 214-227.

Thirion, M., 1962, "Trésor de Meux: bronzes de Vespasien à Commode", Revue belge de numismatique, p. 235-271.

Turcan, R., 1963, Le trésor de Guelma, étude historique et monétaire,Paris.


 

Tome 6: Postume à Dioclétien - Maximien

Les questions abordées dans les autres introductions (en particulier dans celles du tome 1) ne sont pas reprises ici. On peut également consulter le préliminaire aux tomes 5 et 7.

Le système monétaire

Il ne saurait être question d'exposer ici tous les problèmes des dernières décennies de l'antoninien. Nous les avons vus dans le commentaire du tome précédent. Il convient de centrer nos analyses et commentaires sur les dernières années du troisième siècle, principalement les frappes qui allaient de la réforme d'Aurélien à celle de Dioclétien, c'est-à-dire durant les 20 ans qui séparèrent la réforme du printemps 274 à celle de novembre 294.

Cette période a bénéficié de tout un courant de recherches et la simple lecture des dernières grandes publications permet de mesurer l'importance des avancées qui ont été accomplies ces dernières années. Il suffit de comparer les travaux des années 60 consacrés à la politique monétaire des empereurs romains avec les ouvrages consacrés à Lyon par Pierre Bastien et les articles de synthèse des spécialistes de la question que sont D. Hollard et D. Gricourt pour mesurer à quel point la problématique a évolué.

La première constatation à propos de cette réforme réside dans son caractère brutal et dans le fait qu'elle s'inscrit dans une certaine pérennité. Tous les ateliers de l'Empire appliquèrent en même temps les nouvelles normes métrologiques, mais aussi la nouvelle typologie et les nouveaux revers. Cette simultanéité est une preuve du renforcement de l'autorité impériale sous Aurélien: qu'on se souvienne des malheureuses et mesquines tentatives de Gallien pour tenter d'enrayer les chutes des poids et des alois de l'antoninien !

Les émissions d'or

                        Empereur                       Poids moyen

                        Gallien                             2,60 à 1,60
                        Claude II                         4,90
                        Postume                          5,85
                        Victorin                           5,03
                        Tétricus                           4,18
                        Aurélien                           4,50

Le poids des antoniniens

                        Empereur                       Poids moyen

                        Gallien                             2,60 à 2,85
                        Claude II                         2,83 à 2,79
                        Postume                          3,22 à 2,95
                        Victorin                           3,00 à 2,43
                        Tétricus                           2,67 à 2,34
                        Aurélien                           4,50

Le point le plus important réside dans le changement de politique monétaire sous Aurélien. Jusqu'à Claude II, les espèces étaient liées à des valeurs fixes (un antoninien valait 2 deniers). A partir d'Aurélien, les cours des espèces devinrent flottants, l'État garantissant non plus la valeur en terme d'unités de compte, mais garantissait le poids de la pièce, son titre et donc son poids de métal fin (Depeyrot, Crises). Avec cette modification particulièrement importante, l'État s'assurait de la stabilité de ses revenus, et surtout de la constance du rendement des taxes et impôts payés en espèces.

Désormais l'empereur faisait figurer sur les espèces des indications qui comprenaient le lieu de frappe (de façon plus ou moins symbolique), la marque d'émission et l'indication de l'alliage. L'aureus portait une marque de poids IL (un cinquantième de la livre). Les pièces de billon portaient au revers la marque XI (1/10e), XXI (1/20e) et VSV (usualis). Le système monétaire se composait ainsi

Aureus                            1/50e de la livre d'or (6,55 g)                 IL
Double aurelianus            1/84e de la livre (3,90 g)                        XI 1/10e d'argent
Aurelianus                       1/84e de la livre (3,90 g)                        XXI          1/20e d'argent
Denier                             1/132e de la livre (2,48 g)                      VSV         0 %

Les ateliers

De façon générale, les ateliers créés ou ouverts pendant la phase antérieure continuèrent à émettre. Pendant cette période, l'usurpation de Carausius entraîna la création de plusieurs petits ateliers en Bretagne comme en Gaule. En 293, Dioclétien ouvrit un atelier temporaire à Meaux. Les ateliers danubiens continuèrent à frapper, mais Serdica ferma dès 280.

Cohen signale l'importance de la production des fausses monnaies antiques (p. 91). Les trésors nous ont maintenant permis de mieux cerner ces frappes d'espèces qui copiaient les productions monétaires contemporaines. Ces frappes étaient sans doute permises par les autorités, ou du moins tolérées, faute de pouvoir les interdire.

Les recherches actuelles portent sur la classification des émissions monétaires. Si, dans de nombreux cas, la chronologie et l'attribution aux divers ateliers semblent plutôt établies, il n'en est pas de même dans le détail des émissions. De nombreuses études sont en cours sur les émissions des ateliers italiens.

Dans ce tome, certaines descriptions mentionnent les marques d'ateliers. Il est hors de question de lister l'ensemble des marques qui permettaient d'identifier les ateliers monétaires, mais de préciser quelques points de lecture qui permettent sans grande difficulté de comprendre le jeu des marques, surtout pour les émissions postérieures à la réforme de Dioclétien (pour les marques antérieures, voir le tome précédent). La marque se compose de plusieurs éléments qui peuvent être.

- la marque d'émission: une lettre ou un symbole (point, couronne, palme, etc.) placés dans le champ ou en exergue.

- la marque d'officine: une lettre latine (P, S, T, Q, etc.) ou une lettre grecque (A, B, G, D, E, etc.).

- la marque de l'atelier, lettre ou suite de lettres désignant la ville.

Cette marque d'atelier est généralement explicite. J'en donnerai quelques-unes:

Amiens                               AMB

Meaux                                IAN

Londres                              LON

Trèves                                TR, TR, SMTR

Lyon                                  L, LG, LVG

Arles                                  A, ARL, CONST

Rome                                 R, ROM, SMR, VRB ROM

Ostie                                  OST

Ticinum                              T

Milan                                  MED, MD

Aquilée                               AQ

Ravenne                             RV

Carthage                            PK

Siscia                                 SIS

Sirmium                              SIR

Serdica                               SMSD, SD

Thessalonique                     SMT, TS

Héraclée                             H, HERAC

Constantinople                    CON

Nicomédie                          SMN

Cyzique                              K

Antioche                             ANT, SMAN

Alexandrie                          ALE

Le classement

Avec les empereurs et les usurpateurs du troisième siècle, on entre dans des zones de flous que la recherche historiographique de l'époque n'avait pu éclaircir.

L'incertitude principale réside non seulement dans la chronologie des empereurs mais aussi dans la liste des divers empereurs plus ou moins légaux ou éphémères. Cette difficulté est compliquée par les diverses versions des manuscrits des quelques historiens antiques permettant plusieurs lectures, mais également par le négligé des gravures des monnaies qui permettent plusieurs interprétations. Enfin les imitations qu'il était encore difficile de séparer des espèces officielles ont donné naissance à plusieurs noms de souverains temporaires.

Pour le volume qui nous intéresse, relevons les noms de Lollien (lecture fautive de Lélien), Auréole, Censorin, Odénat, Hérodes, Athénodore, Herennien, Timolaüs, Méonius, Firmus, Firmius, Eutropie, Amand, Elien, etc., qui relèvent de lectures fautives de monnaies anciennes ou de la production de faussaires soucieux de proposer à la vente des portraits de tyrans plus ou moins imaginaires.

La sortie de l'ouvrage de De Witte avait en partie éclairci les frappes des empereurs gaulois. Feuardent ne s'en servit pas beaucoup, mais en profita pour diminuer le nombre des illustrations.

Abréviations

Cohen utilise pour décrire les monnaies un certain nombre d'abréviations qui ne sont plus en usage actuellement. J'ai tenté d'en donner l'équivalent avec les termes actuels

OR                                                          aureus
AR                   argent                              denier d'argent
BIL                  billon                               mélange d'argent et de cuivre (antoninien, deniers)
BR                                                          bronze
B                                                             bronze (le plus souvent antoninien dévalué)
BQ                                                          bronze (le plus souvent antoninien dévalué)
POT                                                        potin (mélange cuivre et plomb)
GB                   grand bronze                   sesterce
MB                  moyen bronze                  dupondius ou as
PB                   petit bronze                     semis, quadrans
PB                                                          semis, quadrans (le plus souvent antoninien dévalué)
Q                     quinaire                           quinaire d'argent (si Q AR), d'aureus (si Q OR)
M                                                            médaillon (d'argent si ARM; de bronze si BR M)
Méd                                                        médaillon (d'argent si AR M; de bronze si BR M)
B                                                          Department of coins, British museum, Londres
F                                             
Cabinet des Médailles, Bibliothèque nationale, Paris
V
                                                          Cabinet des médailles, Vienne.

Les émissions orientales s'intègrent difficilement dans ce cadre. Les AR M correspondent aux cistophores. Les GB, MB, PB aux diverses espèces de frappe locale.

Après Claude II, Cohen eut quelques difficultés à décrire les monnaies en fonction des abréviations (GB, MB, PB). Les petits médaillons de Claude et de ses successeurs ne dépassaient pas en module les dimensions des moyens bronzes (p. 130).

Cohen n'utilisa pas les dénominations de solidus, semis, tremis, qui lui parurent confuses et peu conformes aux habitudes (p. 287). Le semis ne pouvait être, pour lui une monnaie d'or, mais était une moitié d'as de bronze. Il conserva donc ses habitudes dans la typologie.

Bibliographie

Les ouvrages et les études sont nettement plus nombreuses pour ces périodes que pour les périodes antérieures. Cela tient d'une part à la complexité des émissions monétaires qui nécessitent des études nombreuses et détaillées, souvent ponctuelles. Dans d'autre cas, on peut désormais envisager d'écrire les premières synthèses économiques sur les évolutions de la situation monétaire, dans la mesure où les classifications apparaissent atteindre une phase de stabilité et dans la mesure où les très nombreuses découvertes permettent de calculer les quantités émises.

Les trésors et les monnaies de sites sont également particulièrement nombreux. Ces très nombreuses découvertes ont donné lieu à une pléiade de recherches et de publications qui ont maintenant tendance à occulter les recherches du début du siècle.

Ouvrages de classement

Bastien, P., 1967, Le monnayage de bronze de Postume, Wetteren.

Bastien, P., 1972, Le monnayage de l'atelier de Lyon, Dioclétien et ses corrégents avant la réforme monétaire (285-294), Wetteren.

Bastien, P.,1980, Le monnayage de l'atelier de Lyon, De la réforme monétaire de Dioclétien à la fermeture temporaire de l'atelier en 316 (294-316), Wetteren.

Depeyrot, G., 1995, Les monnaies d'or de Dioclétien à Constantin (284-337), Wetteren.

Elmer, G., 1941, "Die Münzprägung der Gallischen Kaiser in Köln, Trier und Mailand", Bonner Jahrbücher, 1941, 1, p. 1-106.

Gilljam, H. H., 1982, Antoniniani und aurei des Ulpius Cornelius Laelianus, Gegen kaiser des Pastumus, Cologne.

Göbl, R., 1995, Die Münzprägung des Kaisers Aurelianus (270-274), Vienne.

Lukanc, I., 1991, Diocletianus der römische Kaiser aus Dalmatien, Wetteren.

Pink, K. 1949, "Der Aufbau der römischen Münzprägung in der Kaiserzeit, VI/1: Probus", Numismatische Zeitschrift, p. 13-74.

Pink, K. 1963, "Der Aufbau der römischen Münzprägung in der Kaiserzeit, VI/2: Carus und Söhne", Numismatische Zeitschrift, p. 13-74.

Schulte, B., 1983, Die Goldprägung der gallischen Kaiser von Postumus bis Tetricus, Francfort.

Schulten, P. N., 1974, Die römische Münzstätte Trier von der Wiederaufnahme ihrer Tätgkeit unter Diocletian bis zum Ende der Follesprägung, Francfort.

Seaby, H.A., 1979, Roman silver coins, IV, De Gordien III à Postume, Londres.

Seaby, H.A., 1987, Roman silver coins, V, De Carausius à Romulus Augustule, Londres.

Sutherland, C. H. V., Carson, R.A.G., Roman Imperial Coinage, VI, From Diocletian's reform (AD 294) to the death of Maximinus (AD 313), Londres, 1967.

Webb, P.H., Roman Imperial Coinage, V/2, Probus to Amandus, Londres, 1933.

Études

Bastien, P., 1972, "Les multiples d'or de l'avènement de Dioclétien à la mort de Constantin", Revue Numismatique, 14, p. 49-82.

Callu, J.-P., 1969, La politique monétaire des empereurs romains de 238 à 311, Paris.

Crawford, M. H., 1975, "Finance, coinage and money from the Severans to Constantine", Aufstieg und Niedergans der römischen Welt, II, p. 561-593

Depeyrot, G., "Vie et survie des monnaies du Bas-Empire", Colloque vie et survie des monnaies antiques, Centre universitaire européen pour les biens culturels, 11-16 octobre 1990, sous presse.

Depeyrot, G., 1982, Le numéraire gaulois du IVe siècle, aspects quantitatifs, BAR IS 127 (i) et (ii), Oxford.

Depeyrot, G., 1991, Crises et inflation entre Antiquité et Moyen-Age, Paris, 1991 (1996, Crisis e inflación entre la antigüedad y la edad media, Barcelone, 1996).

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Giacchero, M, 1974, "Il valore delle monete dioclezianee dopo la riforma del 301 e i prezzi dell'oro e dell'argento nei nuovi frammenti di Aezani dell'edictum de pretiis", Rivista italiana di numismatica e scienze affini, 76, p. 145-154.

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Gricourt, D., 1995, "L'adventus de Carin dans Ticinum et son mariage avec Magna Urbica", RN, p. 95-112.

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Lafaurie, J., 1975, "L'Empire gaulois, apport de la numismatique", Aufstieg und Niedergang der römischen Welt, II, p. 853-1012.

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Collections

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Doyen, J.-M., 1986, Catalogue des monnaies antiques. De la réforme monétaire de Dioclétien à la chute de l'Empire (294-476), Charleville-Mézières.

Robertson, A. S., 1982, , Roman Imperial Coins in the Hunter Coin Cabinet, Univ. of Glasgow, V. Diocletian (reform) to Zeno, Oxford.

Trésors et trouvailles

Bastien, P., 1981, Le trésor monétaire de Fresnoy-lès-Roye II (261-309), Wetteren.

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Besley, E., Bland, R., 1983, The Cunetio Treasure, Roman Coinage of the Third Century A.D., Londres.

Bland, R., 1982, The Blackmoor Hoard, Coins Hoards from Roman Britain, Londres.

Bland, R. (ed.), 1992, The Chalfont Hoard and other Roman hoards, Londres

Bland, R., Burnett, A., 1988, The Normandy Hoard and other Roman Coin Hoads, Londres.

Dick, F., 1976, Der Schatzfund von Baldersdorf, Klagenfurt.

Eddy, S. K., 1967, The minting of antoniniani A.D. 238-249 and the Smyrna Hoard, New York.

Estiot, S., 1983, "Le trésor de Maravielle (Var)", Trésors monétaires, 5, p. 9-115.

Estiot, S., 1987, Ripostiglio della Venèra, Nuovo Catalogo Illustrato, Tacito e Floriano, volume II/2, Vérone.

Estiot, S., 1995, Ripostiglio della Venèra, Nuovo Catalogo Illustrato, Aureliano, volume II/1, Vérone.

Estiot, S., Amandry, M., Bompaire, M., 1986, "Le trésor d'Allonnes II", Trésors monétaires, 8, p. 51-110.

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Giard, J.-B., 1962, "Le trésor d'Allonnes (Sarthe)", Revue numismatique, p. 217-225

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Göbl, R., 1954, Der römische Münzschatzfund von Apetlon, Vienne.

Gricourt, D., Hollard, D., 1992, "Le trésor de bronzes romains de Méricourt l'Abbé, recherches sur les monnayages d'imitation tardifs de Postume", Trésors monétaires, 13, p. 15-44.

Gricourt, J., 1958, "Le trésor de Bavai", Trésors monétaires et plaques-boucles de la Gaule romaine, 12e supplément à Gallia, p. 3-119.

Hollard, D., 1987, "Le trésor de Rouilly-Sacey (Aube) ", Trésors monétaires, 9, p. 53-91 (avec une étude et une bibliographie des trésors enfouis aux alentours de la réforme d'Aurélien).

Hollard, D., 1992, "Le trésor de bronzes romains de Landévennec (Finistère)", Trésors monétaires, 13, p. 11-14

Hollard, D., 1992, "Monnaies et dépôts monétaires de la pièce de la Carrière à Luzarches (val d'Oise)", Trésors monétaires, 13, p. 45-58

Hollard, D., Gendre P., 1986, "Le trésor de Rocquencourt et la transformation du monnayage d'imitation sous le règne de Postume", Trésors monétaires, 8, p. 9-45.

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Lallemand, J., Thirion, M., 1970, Le trésor de Saint-Mard I, étude sur le monnayage de Victorien et des Tétricus, Wetteren.

Le Gentilhomme, P., 1942, "La trouvaille de la Vineuse et la circulation monétaire en Gaule Romaine après les réformes d'Aurélien ", Revue numismatique, p. 23-102

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Pflaum, H. G., Bastien, P., 1969, La trouvaille de Canakkale (Turquie). Deniers et antoniniani émis de 261 à 284, Wetteren.

Pilon, F., 1992, "Un dépôt monétaire du IIIe siècle au sanctuaire de sources de Châteaubleau (Seine-et-Marne), nouvelles analyses physico-chimiques de bronzes de Postume", Trésors monétaires, 13, p. 59-72.

On consultera aussi Trésors monétaires XII, 1992, Recherches sur le monnayage de Postume et XIII, 1993, Sainte-Pallye et autres trésors de Bourgogne.

 


 

Tome 7: Carausius et Constance I à Constance II

Les questions abordées dans les autres introductions (en particulier dans celles du tome 1) ne sont pas reprises ici. On peut également consulter le préliminaire au tome 6.

L'avant dernier tome de la description de Cohen concerne la période qui va de la Tétrarchie à la mort de Constance II. Comme pour le tome précédent, ce n'était pas une période qui intéressait particulièrement Cohen. Les émissions étaient monotones, et l'incapacité dans laquelle on était de procéder à des classements chronologiques des émissions d'après les marques rendaient ces frappes peu captivantes. Leur fréquence les faisait dédaigner des collectionneurs et la piètre qualité de la gravure ne savait pas attirer les amateurs de beaux objets.

Cohen se sentait obligé de commenter les scènes des diverses monnaies à l'aune des critères dits chrétiens (p. 407).

Le système monétaire

Le système monétaire de la première moitié du quatrième siècle est relativement bien connu (Depeyrot, "Le système monétaire..."). Les réformes de Dioclétien s'inscrivaient directement dans le cadre des projets d'Aurélien. La monnaie d'or avait été réformée par Dioclétien dès le 1er avril 286, lorsque la taille passa au 1/60e de la livre (5,45 g). Cette taille resta celle des monnaies d'or jusqu'à la réduction de la taille et la création du solidus. Dioclétien frappa aussi des espèces taillées au 1/50e de la livre pour les occasions exceptionnelles, comme les donativa. Un système comprenant une telle double échelle de valeur ne pouvait fonctionner qu'au poids, c'est à dire après vérification ou pesée de chaque exemplaire. A côté de l'espèce principale, des médaillons d'or, pièces plus lourdes que l'unité, assez rares avant Dioclétien se multiplièrent sous les Tétrarques et leurs successeurs.

Dioclétien compléta le système monétaire en réintroduisant l'argent. La frappe de deniers d'argent pur, de très bon titre (plus de 90 %), s'effectuait à raison de 96 à la livre, soit 3,41 g, poids du denier de Néron. Il portait le nom de denarius argenteus. Le poids ne fut pas affecté par les baisses des émissions monétaires qui furent en effet assez importantes au début et durant la Tétrarchie, puis déclinèrent rapidement. Il n'y eut plus d'émission de monnaies d'argent après 309. Le système monétaire comprenait aussi quelques divisionnaires d'argent, quinaires d'environ 1,70 g, dont les frappes complétaient celles des autres monnaies d'argent.

Les valeurs des diverses monnaies du système de Dioclétien

Livre d'or                     1
Grand follis                 6               1
Aureus                      60             10             1
Petit follis                 600           100           10          1
Argenteus            1.500           250           25       2,5               1
Nummus              6.000        1.000         100        10               4               1
Denier                 75.000      12.500      1.250      125             50          12,5               1

La pièce la plus spectaculaire de cet ensemble était le bronze lourd, le nummus, taillé au 1/32e de la livre, soit 10,21 g environ. Le poids de cette espèce resta relativement stable jusqu'aux grandes réductions pondérales. Avec la fin de la troisième Tétrarchie, vers mars-avril 307, s'ouvrait une période de troubles monétaires. En mai 307, la taille de ces pièces chuta de 32 à la livre à 40 à la livre, soit de 10,21 g à 8,18 g environ, sans modifier le titre des monnaies. En novembre de cette même année 307, la taille fut à nouveau réduite, passant de 40 à 48 à la livre, soit de 8.18 g à 6.80 g. Enfin, à la fin 309, le poids fut à nouveau réduit, passant de 48 à 72 à la livre, soit de 6.80 g à 4.55 g. A côté du nummus, Dioclétien fit frapper deux monnaies divisionnaires, dont le rôle semble avoir été plus réduit. L'une des deux était un bronze, sans argent ou presque, émise principalement en Orient, puisque les anciennes émissions d'antoniniens et d'aurelianiani suffisaient à subvenir à la demande occidentale. Enfin une piécette de bronze complétait l'ensemble. Elle portait un buste lauré et était taillée à raison de 256 à la livre environ, soit 1,27 g. Sa teneur en argent semble avoir été nulle.

Dioclétien prit l'initiative de créer des "multiples de compte", transformant ainsi le système d'Aurélien. L'instauration d'un gros et d'un petit follis faisant référence au denier de compte donnait naissance à un véritable système monétaire de compte, parallèle à un système monétaire physique. L'inflation eut rapidement raison de la valeur en unités de compte du follis. L'avantage de ce système était donc d'indexer la valeur du follis sur celle de la monnaie d'or. Par contre elle mit en évidence une autre qualité du système de Dioclétien, la relation entre la monnaie de compte (follis) et l'unité d'or. On pouvait donc espérer que les sommes estimées en folles conserveraient leur pouvoir d'achat. Le grand follis n'a pas survécu aux troubles de l'année 301. Le follis divisionnaire de la monnaie d'or pouvait tout à fait traverser les troubles économiques du moment, dans la mesure où il s'indexait naturellement sur la valeur de la monnaie d'or.

Constantin réduisit le poids de l'unité principale, en créant le solidus taillé au 72e de la livre (4,54 g). Les frappes des aurei au 1/60e de la livre continuèrent, de façon exceptionnelle, en particulier pour les donativa. L'introduction du solidus est antérieure au 25 juillet 310, date des quinquennalia de Constantin pour lesquels furent frappées des pièces commémoratives. Comme antérieurement, des multiples étaient frappés.

Après 320, et les premiers échecs de la réforme de 318, et surtout après 324, la frappe de l'argent reprit de façon plus systématique dans les divers ateliers romains. La monnaie principale était le denier de Dioclétien (3,40 g) dont Constantin reprenait la frappe. L'empereur y ajouta deux monnaies plus lourdes taillées au 1/72e (4.54 g) et au 1/60e (5.45 g) et les médaillons.

La situation est plus complexe pour le bronze. Au début de 313, les empereurs procédèrent à une nouvelle réduction monétaire qui fit passer la taille de la monnaie de bronze du 72e au 96e de la livre. En 318, Constantin procéda à une nouvelle refonte des émissions de bronze. Le titre des monnaies de la réforme fut fortement augmenté. Les pièces des années 318 et suivantes contenaient environ 4,7 % d'argent. Quelques monnaies divisionnaires ont été émises, en particulier en 318, lors de la réforme du monnayage. En Orient, Licinius introduisit en 321 une nouvelle monnaie caractérisée par deux bustes (2.5 % d'argent) et une autre sans argent ou presque, portant la valeur 12.5 deniers. En 330, Constantin réduisit à nouveau le poids des monnaies de bronze. Il semble possible de fixer la taille de ces monnaies à 132 à la livre, soit environ 2,47 g. Enfin, en 336, l'empereur réduisit une dernière fois la taille des monnaies de bronze qui passèrent au 1/192e de la livre environ, soit 1.70 g. Ainsi, pendant quelques années après 318, le monnayage de bronze comprenait plusieurs monnaies:

Type                                        Zone d'émission                      Titre                                     Valeur
Bronze argenté                                    Occident                      5 %                                     100 d.
Demi-bronze (div.)                              Occident                    5 % ?                                       50 d.
Bronze 2 bustes                                      Orient                   2,5 %                                       50 d.
Ancien bronze                                        Empire                   1,5 %                                       25 d.
Bronze xiµ                                               Orient                        0 ?                                    12.5 d.

Sous les fils de Constantin et sous Constance les ateliers continuèrent à émettre des monnaies d'or, comme autrefois. La pénurie de métal en Occident obligea Magnence à réduire la taille des sous, tombant de 4.,54 g à 3,89 g.

Les émissions d'argent occidentales furent essentiellement le fait des ateliers du nord de la Gaule. Par la suite, les grandes quantités furent principalement émises à Arles. Le système monétaire de Constantin avait réussi à survivre pendant plusieurs années. Au début de 358, le poids du denier taillé au 1/96e de la livre (3,40 g) fut réduit. La nouvelle monnaie était très vraisemblablement taillée à raison de 156 monnaies par livre (2,10 g). Nous la désignons désormais sous le nom de silique.

Le système monétaire en bronze fut réformé à plusieurs reprises entre 348 et les dernières années de 353. Cette période est confuse et délicate. Les émissions des années postérieures à la réforme de 348 se caractérisaient par la frappe simultanée de trois pièces de monnaie de module et de poids différents. La réforme du monnayage a dû avoir lieu le 21 avril 348, pour la célébration du 1.100e anniversaire de la fondation de Rome. Dans ces frappes, la pièce centrale était caractérisée par un buste à gauche, pour éviter toute confusion avec la pièce de module voisin. En 353, le système monétaire occidental fut remanié par Magnence. Le bronze fut alourdi, le type du revers modifié. Le cavalier fut alors remplacé par un chrisme. Ce fut l'une des rares tentatives pour élever le poids des monnaies. Magnence ne put maintenir le poids particulièrement lourd, et fut amené à le réduire à plusieurs reprises. Constance II, après la mort de Magnence et la réunification de l'Empire, réforma les monnaies d'argent et de bronze. La nouvelle monnaie au cavalier tombant fut émise de 353 à 358, pesant 2,50 g environ au début, puis chutant à 2,26 g lors de l'introduction d'une marque de valeur M au droit ou dans le champ du revers. La loi du Code Théodosien IX 23.1 du 8 mars 354, promulguée à Arles, confirmait la démonétisation des espèces "qui sont connues pour être interdites" et interdit le commerce et la refonte spéculative de ces monnaies qui devaient être apportées au fisc. Cette interdiction concernait d'une part les grandes pièces lourdes de bronze appelées "majorinae" qui ne pouvait être que le grand bronze des années 348-349, caractérisé par un titre d'environ 3 %. En 358, le poids de la monnaie de bronze fut à nouveau réduit aux alentours de 2 grammes environ.

La réforme de janvier 362 marquait un retour aux principes monétaires qui avaient inspiré les réformes de 348 et qui avaient abouti à la création d'un monnayage de bronze basé sur la frappe simultanée des trois espèces de poids et de module différents. La réforme de 362 aboutit à recréer un système similaire. Elle se basait sur la frappe d'un grand bronze, type aes 1, au revers de la securitas reipub représentant un taureau à droite. En 363, Jovien suspendit la frappe du grand bronze au taureau. La monnaie type "aes 3" devient l'unique monnaie de bronze émise dans l'atelier. Ne jouant plus aucun rôle de divisionnaire, son buste s'orienta alors vers la droite.

A partir du milieu du IVe siècle les prix exprimés en folles correspondaient à des sommes bien plus petites qu'antérieurement. Il faut donc supposer une modification des rapports entre les monnaies circulantes et les unités de compte, et, en particulier le follis. Les sommes relevées confirment la valeur de cette unité de compte qui était alors accrochée à la monnaie d'argent. En 353, Constance créa donc une nouvelle monnaie de compte, le petit follis valant le douzième de la silique. Le gros follis de compte valant 1/10e de la monnaie d'or, lui-même ayant survécu au follis de 10 monnaies d'or, a été abandonné à ce moment.

Sou                                              1
Silique                                        40                         1
Follis                                        480                       12                               1
Bronze 1/120e                   c. 2.880                    c 72                            c 6
Bronze 1/156e                    c 3.840                    c 96                            c 8

Les ateliers

La mort des usurpateurs anglais fut sans conséquence. Les ateliers illicites furent remplacés par l'atelier de Londres. En 312, Constantin déplaça l'atelier d'Ostie à Arles. Les ateliers du Danube ouvrirent de façon intermittente. Sirmium frappa de 320 à 326. Il en fut de même avec Serdica de 303 à 308, puis avec Licinius vers 313-314. Les autres ateliers de Siscia, par exemple, continuèrent à émettre de façon régulière. Thessalonique ouvert vers 298-299, fermé en 303, fut remis en activité en 310. Héraclée frappa par intermittence de 294 à 298, puis après 305. Enfin, Nicomédie, résidence impériale fut dotée dès 294 d'un atelier monétaire. Constantinople créé en 330, l'empereur y développa des frappes. Les ateliers africains connurent des périodes d'activités brèves.

Ces brèves périodes d'activité étaient liées aux faits militaires et aux déplacements des empereurs le long des frontières. Elles ne sauraient pas faire oublier que la frappe monétaire impériale s'organisait autour de plusieurs ateliers stables, tels que Trèves, Lyon, Rome, Ticinum, Aquilée, Siscia, Antioche, etc., qui produisaient la quasi-totalité des monnaies d'or et de bronze.

Les ateliers secondaires que nous avons listés en premiers n'étaient dans la plupart des cas que des frappes décentralisées liées aux armées et présentaient davantage de commodités dans le cadre des déplacements des troupes.

Cohen ignora les questions des localisations des ateliers gaulois. Dans le prolongement de la première édition, il attribua aux ateliers anglais la totalité des émissions de Carausius et d'Allectus. Par la suite, selon Feuardent, il attribua aux ateliers gaulois les émissions barbares (p. 1).

Dans ce tome, certaines descriptions mentionnent les marques d'ateliers. Il est hors de question de lister l'ensemble des marques qui permettaient d'identifier les ateliers monétaires, mais de préciser quelques points de lecture qui permettent sans grande difficulté de comprendre le jeu des marques. La marque se compose de plusieurs éléments qui peuvent être

- la marque d'émission: un lettre ou un symbole (point, couronne, palme, etc.) placés dans le champ ou en exergue.

- la marque d'officine: une lettre latine (P, S, T, Q, etc.) ou une lettre grecque (A, B, G, D, E, etc.).

- la marque de l'atelier, lettre ou suite de lettres désignant la ville.

Cette marque d'atelier est généralement explicite. J'en donnerai quelques-unes:

Amiens                          AMB

Meaux                           IAN

Londres                         LON

Trèves                           TR, TR, SMTR

Lyon                              L, LG, LVG

Arles                              A, ARL, CONST

Rome                             R, ROM, SMR, VRB ROM

Ostie                              OST

Ticinum                          T

Milan                             MED, MD

Aquilée                          AQ

Ravenne                         RV

Carthage                        PK

Siscia                             SIS

Sirmium                         SIR

Serdica                          SMSD, SD

Thessalonique                SMT, TS

Héraclée                        H, HERAC

Constantinople               CON

Nicomédie                     SMN

Cyzique                         K

Antioche                        ANT, SMAN

Alexandrie                     ALE

Abréviations

Cohen utilise pour décrire les monnaies un certain nombre d'abréviations qui ne sont plus en usage actuellement. J'ai tenté d'en donner l'équivalent avec les termes actuels

OR                                                          aureus
AR                   argent                              denier d'argent
BIL                  billon                               mélange d'argent et de cuivre (antoninien, deniers)
BR                                                          bronze
B                                                             bronze (le plus souvent antoninien dévalué)
BQ                                                          bronze (le plus souvent antoninien dévalué)
POT                                                        potin (mélange cuivre et plomb)
GB                   grand bronze                   sesterce
MB                  moyen bronze                  dupondius ou as
PB                   petit bronze                     semis, quadrans
PB                                                          semis, quadrans (le plus souvent antoninien dévalué)
Q                     quinaire                           quinaire d'argent (si Q AR), d'aureus (si Q OR)
M                                                            médaillon (d'argent si ARM; de bronze si BR M)
Méd                                                        médaillon (d'argent si AR M; de bronze si BR M)
B                                                          Department of coins, British museum, Londres
F                                             
Cabinet des Médailles, Bibliothèque nationale, Paris
V
                                                          Cabinet des médailles, Vienne.

Les émissions orientales s'intègrent difficilement dans ce cadre. Les AR M correspondent aux cistophores. Les GB, MB, PB aux diverses espèces de frappe locale.

Comme il l'avait fait dans le volume précédent, Cohen avoua quelques difficultés avec son système de détermination des modules (GB, MB, PB). Pour le classement des frappes de Constantin, il dut reconnaître une valeur à la régulière diminution des modules, les pièces les plus larges étant les frappes du module voisin de Dioclétien. Par la suite, ce module diminua jusqu'à ce qu'il appelait le PB Q (quinaire de petit bronze) qui correspondait aux frappes des GLORIA EXERCITVS. Il fut donc obligé d'introduire le MBU et le PBU qui correspondaient à des espèces de module inférieur au MB et au PB, sans toutefois relever du PB Q (p. 227). Le même problème se posa avec les émissions de Constance II, Julien et Théodose pour lesquelles il fut obligé de jongler avec les poids des émissions et des frappes (par exemple p. 439).

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Tome 8: Magnence à Romulus Augustule, tessères, contorniates

Les questions abordées dans les autres introductions (en particulier dans celles du tome 1) ne sont pas reprises ici. On peut également consulter le préliminaire au tome 7.

Le système monétaire

De 364 à 367 le rythme des émissions des sous fit plus que doubler par rapport à celui de l'année 363, ou, pour prendre une année où le poids de la guerre ne se fit pas sentir, fit plus que quadrupler par rapport à la production des années 362-363. On peut estimer que les quantités de monnaies en circulation passèrent de 25 millions en 362 à 38 en 364, puis 44 en 366, enfin à 50 en 368. En 368, les empereurs introduisirent la marque OB au revers des monnaies, soit OBryziacus, marque de "l'or purifié". Les émissions monétaires furent géographiquement concentrées dans quelques grands ateliers, Trèves, Constantinople par exemple, alors que celles des années précédentes l'avaient été dans les ateliers orientaux, celui d'Antioche, en particulier. La réforme de mars 368 marqua un tournant dans l'évolution des frappes et du stock monétaire d'or. Alors que ce stock avait augmenté régulièrement de 294 à 367, il commença à décroître dès 367 environ et jusqu'à la fin de notre période. Les émissions des monnaies d'or des années 383 à 395 ne connurent guère de modification importante. Les poids et les titres des alliages ne furent pas changés. Le système comprenait toujours les multiples du sou et quelques divisionnaires. Le seul événement important fut la réduction du poids du plus petit divisionnaire du sou. Il fut baissé de 1,5 scrupule (1,70 g, soit 1/192e de la livre) au tiers du sou, soit 1,51 g, c'est à dire une taille de 216 à la livre. Les premières frappes apparurent en 384 à Trèves et se répandirent dans les ateliers sous le contrôle de Maxime, comme à Milan en 387-388.

Après la mort d'Honorius, les émissions d'or se concentrèrent dans les ateliers italiens. Elles furent importantes, en raison des invasions. Quelques émissions importantes eurent cependant lieu, en particulier sous Avitus et Majorien, lorsque l'atelier d'Arles prit le relais de celui de Rome détruit par l'invasion Vandale. De même, il y eut de très grandes émissions monétaires à Rome. Elles étaient très certainement destinées à financer les guerres de Léon contre les Vandales et furent sans doute facilitées par l'envoi d'or à Rome.

Les frappes orientales du début du Ve siècle, contrairement aux émissions occidentales, furent assez réduites, sans doute en raison de la relative paix que connut cette partie de l'Empire. Elles augmentèrent brusquement après 420, lorsque Théodose II dut s'opposer aux vagues des envahisseurs ou payer des tributs aux Barbares. La hausse des frappes orientales correspondait, en fait, à la baisse des émissions occidentales. Après 455, les émissions orientales commencèrent à baisser, mais cette réduction fut moins importante qu'en Occident.

Les importantes émissions de monnaies d'argent de la fin du IVe siècle, puis celles de Maxime, avaient contribué à banaliser le numéraire d'argent. Sous Constantin III, le poids de la silique fut peut-être à nouveau modifié. Après la fermeture de l'atelier de Milan en 423, Ravenne continua à émettre de petites pièces pesant environ 1 gramme, ce qui semblerait compatible avec une taille au 1/288e de la livre. Il semble en avoir été de même pour les frappes de Valentinien III à Rome. Dans le courant du Ve siècle, l'atelier impérial de Trèves fut rouvert et émit quelques monnaies légères aux noms de Théodose II et de Valentinien III.

Alors que les monnaies blanches disparaissaient assez rapidement en Occident, les ateliers d'Orient continuaient à frapper les espèces d'argent en assez grand nombre. Il reste très difficile de cerner l'importance réelle de ces frappes: les trésors sont rarissimes et ces pièces sont aussi très rares dans les sites archéologiques. En réalité, nous avons toutes les raisons de penser que la quasi-disparition des monnaies d'argent que nous avons pu noter en Occident se produisit aussi en Orient.

Lors de leur arrivée au pouvoir, Valentinien I et Valens, héritèrent d'une tradition d'importantes émissions monétaires en argent. Les frappes comprenaient essentiellement des médaillons, des miliarensia et des siliques et des demi-siliques. Dans tous les ateliers, des émissions d'argent accompagnèrent celles d'or. Les siliques devinrent plus courantes et se mélangèrent aux espèces de bronze dans les trésors. Si cette monnaie d'argent se banalisa, cette évolution fut davantage le fruit des émissions occidentales qu'orientales. En effet, après la mort de Valentinien, les ateliers de Valens réduisirent considérablement leurs quantités émises, alors que les frappes occidentales continuèrent sur le même rythme. Alors que les années précédentes avaient été dominées par les frappes de monnaies d'argent, il semble que le métal ait commencé à manquer en Occident. La taille de la silique fixée au 1/156e de la livre depuis 358 (2,096 g) fut-elle aussi réduite sous le règne de Maxime ? La baisse amena la taille sans doute au 1/216e de la livre, soit 1,51 g. Ainsi, pendant quelques années, les siliques et les tremisses étaient taillés sur le même pied. Après la mort de Maxime, la suite reste confuse.

Les Valentiniens poursuivirent les émissions de bronze. Les monnaies lourdes se firent cependant de plus en plus rares, devenant même exceptionnelles. Quelques très rares frappes eurent lieu, au 1/36e de la livre (9,03 g). Trèves émit après l'élévation de Gratien au césarat, une unique et courte série taillée au 1/72e (4,54 g). Procope émit quelques bronzes au 1/96e (3,40 g). La monnaie la plus courante était un aes 3 d'un poids d'environ 2,49 g, c'est à dire pesant nettement moins que l'aes 3 de Julien et Jovien.

Sans doute à la mi-381 l'aes 3 traditionnel laissa la place à deux nouvelles monnaies: un grand bronze taillé au 1/60e de la livre (5,45 g) et un petit bronze sans doute taillé au 1/192e de la livre (1,70 g). Avec l'usurpation de Maxime, s'ouvrit une grande période de troubles qui mit fin à l'unité des systèmes monétaires que les réformes d'Aurélien, puis de Dioclétien avaient imposés à l'ensemble de l'Empire. Des différences commencèrent à apparaître non seulement entre les ateliers monétaires, mais encore entre les divers blocs de l'Empire. Plusieurs groupes de monnaies étaient frappés. L'interprétation de ces frappes reste assez simple. Le grand bronze au 1/60e était une monnaie importante à l'échelle de l'Empire, et commune aux divers blocs. En Orient les empereurs poursuivaient les frappes votives au 1/192e. Avec la mort de Maxime, les ateliers orientaux continuèrent à émettre des grands bronzes au 1/60e de la livre. Cette espèce ne dépassa pas le mois d'avril 395, date de la loi du CTh IX 23.2 qui supprima les monnaies lourdes de la circulation. Les ateliers orientaux et l'atelier de Rome émirent des petits bronzes au 1/132e environ. Les monnaies les plus courantes étaient incontestablement les petits bronzes taillés au 1/252e de la livre (1.30 g) qui étaient émis dans tous les ateliers de l'Empire.

Le 12 avril 395, l'édit d'Arcadius et d'Honorius (CTh IX 23.2) décria les monnaies lourdes (1/60e, 5.45 g) dont les frappes furent suspendues. Il ne restait que les monnaies les plus légères, aes 3 et aes 4. Alors que les ateliers d'Occident poursuivaient les frappes des aes 4, les ateliers orientaux continuaient à émettre les aes 3 et 4. Encore faut-il remarquer que cette classification ne semble guère correspondre aux frappes de bronze.

Les ateliers

Il n'y a que peu de modifications de l'implantation des ateliers romains. Par contre, la pression des Barbares, surtout à la fin du quatrième siècle, poussa à un repli des villes et des ateliers exposés vers les cités plus protégées. Par exemple au début du cinquième siècle, vraisemblablement sous le règne de Constantin III, l'administration romaine quitta Trèves pour se replier sur Arles.

L'installation des Barbares dans les frontières de l'Empire se traduisit par la création de centres d'émissions d'abord parfaitement illicites, puis tolérés par les Romains, avant de faire partie de l'organisation des proto-états barbares.

Dans ce tome, certaines descriptions mentionnent les marques d'ateliers. Il est hors de question de lister l'ensemble des marques qui permettaient d'identifier les ateliers monétaires, mais de préciser quelques points de lecture qui permettent sans grande difficulté de comprendre le jeu des marques. La marque se compose de plusieurs éléments qui peuvent être

- la marque d'émission: un lettre ou un symbole (point, couronne, palme, etc.) placés dans le champ ou en exergue.

- la marque d'officine: une lettre latine (P, S, T, Q, etc.) ou une lettre grecque (A, B, G, D, E, etc.).

- la marque de l'atelier, lettre ou suite de lettres désignant la ville.

Cette marque d'atelier est généralement explicite. J'en donnerai quelques-unes:

Amiens                   AMB

Meaux                    IAN

Londres                  LON

Trèves                    TR, TR, SMTR

Lyon                      L, LG, LVG

Arles                      A, ARL, CONST

Rome                     R, ROM, SMR, VRB ROM

Ostie                      OST

Ticinum                  T

Milan                      MED, MD

Aquilée                   AQ

Ravenne                 RV

Carthage                PK

Siscia                     SIS

Sirmium                  SIR

Serdica                   SMSD, SD

Thessalonique         SMT, TS

Héraclée                 H, HERAC

Constantinople        CON

Nicomédie              SMN

Cyzique                  K

Antioche                 ANT, SMAN

Alexandrie              ALE

Le classement

Comme dans les volumes antérieurs, Cohen eut quelques difficultés avec des émissions de monnaies aux noms des empereurs inconnus ou dont le nom était sujet à débats. Cela ne l'empêcha pas de signaler un Nonius qu'il signale comme inconnu dans l'histoire, et un Désidérius.

A deux reprises, pour Théodose I (p. 150) et après Théodose (p. 175), Cohen fut amené à clarifier sa position sur les classements des diverses émissions lorsque des confusions pouvaient surgir entre plusieurs empereurs portant le même nom à peu de chose près (par exemple Théodose I et Théodose II). Les remarques de Cohen sont, généralement, pleines de bon sens.

Par contre, Cohen se garde de décrire les espèces de la partie orientale de l'Empire. La sortie de l'ouvrage de J. Sabatier (Description générale des monnaies byzantines, Paris, 1862) peu après la publication de la première édition du Cohen rendait inutile la reprise de la typologie.

Abréviations

Cohen utilise pour décrire les monnaies un certain nombre d'abréviations qui ne sont plus en usage actuellement. J'ai tenté d'en donner l'équivalent avec les termes actuels

OR                                                          aureus
AR                   argent                              denier d'argent
BIL&nbs