Georges Depeyrot, Henry Cohen et un siècle de recherches numismatiques

 

En octobre 1995 paraissait une réédition des 8 volumes de l'ouvrage d'Henry Cohen, Description des monnaies frappées sous l'Empire romain communément appelées médailles impériales par les soins de la Maison Florange. Elle fut rapidement épuisée et en courant 1998, nous avons envisagé de procéder à un nouveau tirage.

L'édition de 1995 avait été précédée d'une courte introduction. En toute logique, ce texte de présentation fut complété en vue de cette nouvelle impression, qui, malheureusement, ne vit jamais le jour.

C'est donc ce document que nous présentons.

Georges Depeyrot, avril 2007

 

Préface à la seconde réédition Florange

En octobre 1995, soit il y a à peu près 2 ans paraissait la première réédition de l'ouvrage d'Henry Cohen, Description des monnaies frappées sous l'Empire romain communément appelées médailles impériales par les soins de la Maison Florange, avec une introduction complémentaire.

Nous avions décidé, d'un commun accord, de tout faire pour que le prix d'un tel livre soit abordable pour chacun: absence de droit d'auteur, marge très faible, bonne gestion des stocks, tout devait permettre une bonne diffusion de cet ouvrage indispensable. Le succès de cette impression fut inattendu. En deux ans, plusieurs centaines de séries furent vendues, sans compter les volumes vendus à l'unité, puisque la possibilité était offerte pour la première fois d'acquérir les tomes à l'unité. L'absence d'ouvrage tant soit peu synthétique sur le marché français explique en grande partie ce succès. Les collections nationales françaises ne sont pas assez souvent publiées et ne sont pas près de l'être, même si plusieurs collections ont fait l'objet d'études.

La forte demande continue nous a invité à modifier les quelques pages d'introduction. Nous voulions d'une part tenir compte de la publication de plusieurs ouvrages depuis octobre 1995, mais aussi tenir compte des nouvelles orientations de la recherche telles que nous avons pu les examiner dans le dernier congrès international de Berlin (septembre 1997) pour compléter la présente introduction.

Les recherches publiées en langue française sont encore trop rares, du moins si on effectue une comparaison avec les publications anglo-saxonnes. Trop de musées délaissent la publication des collections nationales au profit de travaux personnels à l'issue aléatoire. Nous pouvons donc penser que pendant des années, les rééditions complétées seront les livres de départ de toute nouvelle recherche. Certes, il est souhaitable que ces anciennes et indispensables publications soient remplacées par des ouvrages de synthèse, mais, en attendant, le maintien de la disponibilité des grands classiques est une nécessité publique: c'est dans cet esprit que nous avons publié avec complément les œuvres de Cohen, Poey d'Avant, Belfort, Prou.

Depuis la dernière édition du Cohen complété, plusieurs ouvrages sont disponibles. Nous avons ventilé ces nouvelles recherches dans les divers chapitres. Notons cependant que les recherches actuelles semblent s'orienter vers des travaux mineurs et ponctuels au détriment des synthèses qui sont susceptibles de faire avancer les connaissances. On ne peut qu'être surpris de certaines des communications du congrès international de Berlin dominées par un goût du détail, traduction d'une mauvaise compréhension de la globalité des systèmes monétaires, voire même une absence de maîtrise des notions fondamentales de la numismatique telle que la métrologie ou la cartographie. Ce courant de micro-numismatique semble correspondre au courant de la micro-histoire ou à la "crise de l'histoire" selon le terme médiatique.

Les travaux sur la circulation monétaire manquent, malgré la publication récente des derniers volumes du FMRD et de ses avatars. On reste en attente de publications capables de fournir des précieuses informations sur les découvertes archéologiques dans la partie orientale de l'Empire. Les trouvailles effectuées sur les sites grecs, moyen-orientaux, égyptiens ne sont pas encore publiées (pour le Maroc nous publions sous peu un énorme site archéologique). On ne saurait non plus exonérer les numismates de "l'intérieur" de l'Empire. La France, par exemple, manque de très grandes publications. Il reste paradoxal que les plus grands sites de référence soient situés aux confins de l'Empire.

Un constat pessimiste ne saurait nous entraîner à sous-estimer l'importance des études en cours. Le prochain congrès de Madrid en septembre 2003 devrait être celui du retour à des travaux globaux. Le dynamisme de nouveaux lieux de publication (Moneta en Belgique, Transeuphratène en France, Ennere en Italie, etc.) devraient permettre d'augmenter les capacités globales en cette matière, et pallier le repli des sociétés scientifiques traditionnelles qui n'ont su évoluer. L'exemple de Cohen doit nous rappeler que seuls les travaux publiés contribuent à l'avancement des recherches. Malgré les difficultés Cohen, humble surnuméraire de la Bibliothèque nationale, a plus contribué, en publiant ses ouvrages, à l'avancement de la discipline que tous ses critiques: qui se souvient des noms des académiques fonctionnaires des musées de la fin du dix-neuvième siècle ?

Les publications de collections publiques ou de trésors risquent de sortir de leur atonie. En France, on suivra avec intérêt les publications du Musée de Lyon, en attendant la poursuite des volumes de celui de Charleville. L'Italie doit beaucoup au dynamisme de R. Martini qui assure un débit régulier d'excellents travaux, l'Espagne aux équipes madrilènes ou catalanes.

Le corpus monétaire est un exercice de style qui encore trop dédaigné. Les travaux sur le second siècle sont trop peu nombreux, en particulier pour vérifier ou élargir l'hypothèse des ateliers multiples qui auraient secondé Rome dans les productions de monnaies lourdes et pour affiner la chronologie. On attend aussi plusieurs sommes des travaux sur le troisième siècle permettant enfin de renouveler nos analyses de la crise. Les recherches en cours de D. Hollard, de C. King devraient nous en apprendre beaucoup. Les études effectuées depuis plusieurs années sur les émissions d'imitations de cette période devraient donner lieu d'ici à quelques années à de somptueuses synthèses, à en juger par les documents que nous avons pu examiner.

L'étude de la propagande et de l'idéologie qui a bénéficié de l'énorme volume de Pierre Bastien consacré aux bustes reste un travail difficile et peu de travaux ont été publiés sur des sujets qui nécessitent de bonnes connaissances de l'ensemble d'un monnayage.


 

Henry Cohen et un siècle de recherches numismatiques

L'œuvre d'Henri Cohen est principalement connue par deux grands ouvrages numismatiques qui ont servi de manuels de classement depuis leur publication. Le premier est sa Description générale des monnaies de la République romaine communément appelées médailles consulaires, parue en 1857. Le nom de Cohen est surtout associé à sa Description des monnaies frappées sous l'Empire romain communément appelées médailles impériales, parue dès 1859. Dans cette réédition, nous avons tenté de dresser pour chaque volume une sorte de complément permettant aux collectionneurs comme aux étudiants d'utiliser les volumes comme base de travail leur signalant les compléments et les nouvelles recherches. Dans le premier volume de cette réédition, il m'a semblé particulièrement important de présenter, avant toute autre recherche, l'homme et son œuvre, puis de consacrer un chapitre aux évolutions techniques ou conceptuelles qui ont permis aux recherches d'évoluer.

1 Henry Cohen: l'homme et l'œuvre

L'homme

Au sein de la communauté des chercheurs et des numismates du dix-neuvième siècle, Cohen apparaît comme un marginal.

Il naquit en 1806 à Amsterdam et ses parents vinrent s'installer à Paris dès 1811. Il semble y avoir reçu une éducation bourgeoise classique, s'initiant et se passionnant pour la musique classique, plus particulièrement pour le chant. Il écrivit au moins huit ouvrages de théorie dont un Traité d'harmonie pratique qui fut publié en 1841, refondu et republié en 1854, puis une nouvelle fois en 1875. De même, son Traité élémentaire et facile de contrepoint et de fugue fut publié en 1872 et 1874. Il publia entre 1829 et 1879 quelque 52 chansons de divers styles et en composa au moins 11 autres qui restèrent inédites. La majeure partie de ces œuvres (les deux tiers) a été composée avant 1861. En réalité, il semble qu'il y ait eu deux parties bien distinctes dans la vie de Cohen. Dans sa jeunesse, il s'intéressa principalement au chant et à partir du milieu du dix-neuvième siècle, il se convertit à la numismatique. Le tournant semble avoir été marqué par la publication d'un texte dans la Revue Numismatique en 1854, soit à l'âge de 48 ans.

Cohen attachait depuis certainement longtemps un intérêt certain pour les émissions monétaires antiques, mais ce n'est que le 21 décembre 1851 qu'il pénètre au Cabinet des Médailles. Il se penche immédiatement sur l'étude des émissions de la République, travail qui se soldera par la publication de la Description générale des monnaies de la République romaine communément appelées médailles consulaires en 1857. Cet ouvrage devint rapidement le traité de référence et la base de toutes les recherches ultérieures. Vraisemblablement sans guère de ressource que ses rentes, il s'appuya sur la publication de sa description pour quémander un poste au Cabinet des Médailles, faisant remarquer le 16 décembre 1857 dans une lettre à l'administrateur de la Bibliothèque, que ce travail, "je l'ai entrepris et achevé sans demander de rémunération, mais dans la seule espérance d'être appelé plus tard à continuer le catalogue des autres médailles antiques du Cabinet". Les fonctionnaires du Cabinet se succédaient. Cohen avait alors fréquenté A. Duchalais entré en 1842, mort en 1854, H. Lavoix recruté en 1849, Ch. Dauban entré en 1854 puis parti en 1858, J.-B. Muret recruté en 1831, puis E. Muret son fils recruté en 1857. Entre 1851 et 1857, il ne bénéficia pas du poste libéré par le décès de Duchalais en 1854. Ce fut vraisemblablement le recrutement d'E. Muret par son père en 1857 qui l'obligea à cette demande écrite du 16 décembre 1857.

Cette situation précaire ne l'empêcha pas de continuer son œuvre, en s'attachant à la publication des monnaies impériales. Les deux premiers tomes de sa Description des monnaies frappées sous l'Empire romain communément appelées médailles impériales parurent dès 1859, le troisième et quatrième tomes en 1860, le cinquième en 1861 et le sixième et dernier en 1862. Le besoin se faisait sentir d'un complément qui parut sous forme d'un septième volume (supplément) en 1868. La sortie des deux premiers volumes et le départ de Dauban en 1858 rendaient inévitable son recrutement, d'autant que sa situation financière était devenue catastrophique: il avait même été obligé de vendre son propre volume de sa Description générale des monnaies de la République romaine communément appelées médailles consulaires. Il ne fut cependant recruté qu'en décembre 1859 en qualité de surnuméraire, catégorie la plus basse du moment. Ce fut en tant que tel qu'il reçut le prix Allier de Hauteroche décerné par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres lors de sa séance du 3 août 1862. Il fut cependant promu employé de 3e classe le lendemain ! Sa carrière se poursuivit très lentement: il ne fut nommé bibliothécaire qu'en 1875 à 69 ans.

Il fut chargé de dresser la liste des monnaies volées en 1831: 60 médaillons et 934 monnaies d'or dont la liste n'était toujours pas établie, près de 30 années après le vol. Il acheva ce travail en 1863.

Dès cette date, il entreprit de dresser le reclassement et l'inventaire des collections de monnaies romaines. Il acheva le 24 janvier 1874 celui des monnaies d'or et le 8 juillet de la même année celui des monnaies de bronze. Il avait ainsi décrit plus de 30.000 monnaies dont le classement reste encore utilisé.

Enfin, il procéda à plusieurs inventaires des très grandes collections qui furent incorporées au Cabinet. Il s'attacha aux monnaies républicaines dont il classa et rédigea l'inventaire des 10.000 premières, travail qui fut alors complété par E. Babelon.

Parallèlement, la diffusion de sa Description des monnaies impériales lui permit de correspondre avec les principaux savants nationaux et étrangers. De nouvelles espèces lui furent signalées. En 1868, il publia un premier complément intitulé supplément et en 1876 son Guide de l'acheteur des monnaies romaines et byzantines. Reconnu comme le spécialiste des frappes romaines, il entreprit de refondre sa Description des monnaies frappées sous l'Empire romain communément appelées médailles impériales. L'organisation des monnaies fut revue, de très nombreux nouveaux exemplaires furent ajoutés, le total passant de quelque 25.000 types à 30.000 environ. Il eut le bonheur de déposer le 1er mai 1880 le premier tome de cette nouvelle édition avant de décéder le 17 mai. C'est cette édition qui fait maintenant autorité.

Le chercheur et son milieu

Travailleur infatigable, Henry Cohen resta un marginal dans le monde numismatique français.

Sa Description générale des monnaies de la République romaine communément appelées médailles consulaires, parue en 1857 fut supplantée assez rapidement par le volume d'Ernest Babelon, Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine vulgairement appelées monnaies consulaires, publié en 1885-1886, soit très peu de temps après la mort de Cohen (1880). La rapidité de cette publication laisse penser qu'il y avait chez Babelon, entré en 1878 au Cabinet des Médailles à l'âge de 24 ans, une volonté de remplacer dans l'esprit des collectionneurs le souvenir de Cohen qu'il dut fréquenter au moins durant les années 1878-1880, période où Cohen dressa l'inventaire des monnaies de la République romaine. En septembre 1879, Babelon prit sa suite et n'acheva son travail qu'en 1881, un an après la mort de Cohen, et 4 années avant la publication de son propre ouvrage où il procéda à une vive critique de l'œuvre de Cohen. En réalité, une bonne partie du travail de Babelon résultait des classements de Cohen, et ses critiques n'avaient d'autre volonté que de diminuer le rôle du vieux chercheur qu'était alors Cohen. Sans cette indélicatesse, l'œuvre de Cohen eut été plus longtemps utilisée.

La Description des monnaies frappées sous l'Empire romain communément appelées médailles impériales, ne connut pas le sort de sa description des monnaies républicaines. L'œuvre parut dès 1859, soit deux années après la République, le sixième et dernier tome parut en 1862. Mais ce fut surtout la seconde édition qui est la plus célèbre. Elle sortit pour partie du vivant de Cohen, mais le dernier des huit tomes parut uniquement en 1892. Cet ensemble est encore un ouvrage de référence. Il fut publié à nouveau en 1955, 1957, 1964, 1976, 1979 et 1983. Toutes ces réimpressions se contentaient de reproduire les volumes de l'édition de 1880-1892.

M. Chabouillet, prenant la parole le 19 mai 1880 sur la tombe de Cohen, en constatant que Cohen "avait commencé par l'emploi trop modeste de surnuméraire, (qu'il) ne franchit pas aussi rapidement que tout le monde l'aurait voulu les degrés qui le séparaient du grade de bibliothécaire" crut bon de dédouaner la Bibliothèque en attribuant ce retard aux "règlements et nécessités budgétaires" (Publiée dans le tome 2 de la seconde édition de la Description des monnaies frappées sous l'Empire romain communément appelées médailles impériales). Cohen ne fit jamais partie des responsables de la Revue Numismatique qui resta aux mains de Joseph de Witte et d'Henri de Lompérier, respectivement membre étranger et membre de l'Institut. Il n'y collabora que très peu, ne publiant que 5 textes (en 1854, 1858, 1860 et 1868). Il aurait pu constater que les très nombreux travaux d'Henry Cohen ont été publiés par Rollin et Feuardent, marchands de monnaies qui assurèrent la sortie de la description des monnaies de la République puis celle des deux éditions de la Description des monnaies de l'Empire romain qui auraient pu trouver leur place dans les publications de la Bibliothèque à côté des ouvrages des autres fonctionnaires du Cabinet. Son travail sur le vol de 1831, qui aurait pu faire connaître une vaste série d'espèces est encore inédit.

Cette marginalité fut certainement compensée par les nombreux liens qui unissaient Cohen au milieu des marchands de monnaies. Nous avons déjà souligné le rôle de Rollin et Feuardent dans la publication des descriptions. Il est très vraisemblable que les commerçants le poussèrent à l'introduction des évaluations dans ses ouvrages, prix souvent critiqués à l'époque, mais qui apparaissent maintenant être des documents sur les raretés relatives des diverses espèces. Cette collaboration se traduisit par la rédaction par Henry Cohen de plusieurs catalogues de ventes dans les années 1867-1872. Cette activité, quoique ayant été autorisée à M. Dumersan et M. Lompérier, lui fut interdite par l'Administrateur de la Bibliothèque. Il s'en plaignit amèrement, arguant de la maigreur de ses émoluments. Cessa-t-il ce travail ? On peut sincèrement en douter. Il est très vraisemblable qu'elles se poursuivirent sans la signature de Cohen et la publication en 1868 de son Guide de l'acheteur des monnaies romaines et byzantines relève en effet de la même logique. Ces relations étroites ne sauraient être suffisantes pour expliquer la marginalité de Cohen. Dès 1859, Rollin et Feuardent étaient devenus les éditeurs de la Revue Numismatique et le restèrent jusqu'en 1936.

Si l'ouvrage de Cohen resta la référence en matière de numismatique romaine, le souvenir de l'homme ne fut presque pas célébré. La Revue numismatique ne fit même pas l'éloge posthume. Il est vrai que la Revue avait cessé de paraître en 1877 pour ne prendre son rythme de publication qu'en 1883. Dans un court article célébrant le centenaire de la Revue, la rédaction le cita parmi les autres grands numismates ("Chronique", Revue numismatique, 1936, p. 183), mais n'est pas cité dans celui consacré au 150e anniversaire de la création de la Revue. Sans l'appui que lui apportèrent les marchands, sans l'investissement personnel et financier qu'il effectua dans ses recherches, l'œuvre de Cohen serait restée assurément inédite. Les nombreuses lettres et démarches du milieu du siècle témoignent de sa difficulté à s'intégrer dans le milieu des numismates fonctionnaires ainsi que sur le dénuement dans lequel il mena ses travaux. Cette marginalité reste un mystère. En réalité, il est fort vraisemblable que Cohen vécut entre deux grands blocs. La Revue Numismatique du dix-neuvième siècle était largement dominée par les anciens royalistes français qui, souvent éloignés des fonctions politiques par le second Empire, trouvaient là passe-temps et culte du passé (voir les travaux de S. Michon).

Dès le milieu du siècle, le monde numismatique fut marqué par une double évolution. D'une part le milieu des numismates rentiers se détachait du groupe des marchands de monnaies. Les marchands de monnaies avaient joué un rôle déterminant dans la naissance de la revue numismatique. Ils souhaitaient lui donner un rôle dans la fixation "des tarifs d'achats ou d'échange, pour les pièces dont le prix courant n'est pas connu, et de rectifier, s'il y a lieu, les tarifs exagérés que nous ont légués nos prédécesseurs, d'après les nombreux monuments qui sont entrés dans la circulation" (Revue numismatique, 1937, p. 211). Dès la fin du siècle, l'Annuaire de la société française de numismatique et les comptes-rendus de la société française de numismatique. En 1868 leurs auteurs affirmaient être "parfaitement désintéressés et n'ayant ni ne pouvant avoir d'autre désir que celui de servir la science". La séance de la société française de numismatique du 4 décembre 1868 eut à débattre de la candidature de M. Hoffmann, célèbre marchand parisien. Un long incident opposa les membres de cette association sur le fait de savoir si la profession de l'impétrant n'était pas un obstacle à son admission. La seconde évolution fut le développement au sein du corps des numismates en fonction au Cabinet des Médailles de sympathies pour des groupes d'extrême droite antisémites. Pierre Quillard dressa en 1899 la liste des souscripteurs qui participèrent à la collecte en faveur de madame Henry, veuve de l'officier qui avait rédigé le faux bordereau à la base de l'inculpation de Dreyfus: "Du 14 décembre 1898 au 15 janvier 1899, sous prétexte de venir en aide à Madame Henry que personne n'avait attaquée, des hommes pris de folie sanglante s'inscrivirent sur dix-huit listes infâmes; et ce fut un débordement inouï de férocité, de sottise, de crapuleuses injures". Sur une liste des donateurs figurait "Dieudonné (A.), archiviste paléographe" (Quillard, P., 1899, Le monument Henry, liste des souscripteurs classés méthodiquement et selon l'ordre alphabétique, Paris, p. V et 262). Ernest Babelon fit partie du comité d'organisation du 75e anniversaire de la naissance de Fustel de Coulanges sous la houlette de l'Action Française. Maurice Prou conservateur au Cabinet des Médailles, puis directeur de l'École des Chartes dès 1910 révéla dans sa correspondance ses penchants réactionnaires (O. Dumoulin, 1992, "Histoire et historiens de droite", Histoire des droites en France, 2, Culture, J.-F. Sirinelli éd., Paris, p. 350 & 361).

Ainsi la marginalité de Cohen peut fort bien s'expliquer aussi bien par une méfiance vis-à-vis du milieu des marchands de monnaies qui se développa dans les cénacles positivistes de la fin du dix-neuvième siècle que par l'antisémitisme qui régnait dans certains milieux du dix-neuvième siècle et du début du vingtième siècle. Cette situation le fait trop souvent oublier des synthèses sur la recherche numismatique au dix-neuvième siècle (J.-B. Giard a ainsi pu effectuer un travail de synthèse sur la numismatique du dix-neuvième siècle sans même citer son nom).

Bibliographie

Nous suivons dans cette biographie le travail de M. Amandry, Henry Cohen (1806-1880), Paris, 1980. Sur l'histoire de la revue numismatique, on peut consulter l'article de Lafaurie, J., 1986, "La Revue Numismatique a 150 ans", Revue numismatique, p. 7-50.

Sarmant, Th., 1994, Le Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale, 1661-1848, Paris.

Giard, J.-B., 1986, "L'évolution de la numismatique antique au XIXe siècle", Revue suisse de numismatique, p. 167-174.

Giard, J.-B., 1980, "Critique de la science des monnaies antiques", Journal des Savants, p. 225-245.

Michon, S., Les pratiques des collectionneurs de monnaies antiques dans la première moitié du XIXe siècle. Trois exemples provinciaux: Chapet, Jourdain et Leys, Mémoire EHESS, 1990

Les principes de l'œuvre

La méthodologie de la description

Les biographies

Chaque série de description est introduite par une notice biographique permettant de situer chronologiquement l'empereur, son règne et rappelant les hauts faits de chaque moment. Ces notices s'inscrivent largement dans une optique moralisante de la biographie. Les références aux textes utilisés sont absentes et on y retrouve tous les poncifs des historiens antiques: les vices de Néron, l'avarice de Vespasien, la probité de Trajan, etc., jusqu'au constat de décès de l'Empire sous Romulus Augustule.

Cette volonté de présenter des notices biographiques était une habitude des numismates et était directement issue des traditions des pionniers de la Renaissance (Nous manquons d'une histoire de la numismatique comme science. On peut consulter le travail de Giard en attendant. En effet, les premiers ouvrages privilégiaient une présentation des portraits des hommes célèbres de l'antiquité, ce qui initia une grande production de fausses pièces complétant ces galeries ou présentant les empereurs sous des traits plus ou moins flatteurs en fonction des témoignages des antiques. Ces planches et ces présentations de monnaies étaient précédées des rappels des grandes (et moins grandes) actions de chacun. Les rois recherchaient dans ces monnaies anciennes des prototypes de leurs frappes (à ce sujet voir les travaux de M. Veillon, Médailles des rois de France au XVIe siècle: représentation et imaginaire, Thèse EHESS, 1990).

Cohen comme les autres auteurs du dix-neuvième siècle, s'inscrivit dans la continuité.

Le classement par effigie

Le classement par personnage d'effigie est le mode d'arrangement courant et dominant dans les publications numismatiques du dix-neuvième siècle. On retrouve cette disposition par exemple dans les travaux de Maurice Prou sur les émissions mérovingiennes et carolingiennes et dans ceux de Gariel sur les frappes des rois carolingiens. Cette méthode de classement correspond parfaitement à l'idée d'une recherche historique qui s'attache davantage aux rois et aux empereurs, qu'aux évolutions chronologiques. Pour des périodes antérieures, on retouche ce même principe dans les classements des émissions de la République Romaine. Les publications de Cohen sur ces frappes, de même que celles de Babelon privilégiaient les classements par famille, davantage que par chronologie qui était, à cette époque encore mal assurée. Le dix-neuvième siècle s'attache plus à l'histoire des grands hommes qu'à celle des évolutions diachroniques.

Cette solution aboutit à séparer systématiquement les séries monétaires en fonction des types d'effigie, créant même parfois des ensembles particuliers lorsque deux empereurs ou deux personnages étaient associés au sein d'une émission. On peut prendre comme exemple les émissions du début de l'Empire où Auguste est tantôt associé à Agrippa, à Julie, à Livie, à César, etc., ce qui oblige Cohen à créer à chaque fois une nouvelle rubrique. Ce système se complique avec les émissions monétaires attribuées aux familles romaines. Il s'agissait des monnaies émises selon le système administratif républicain faisant figurer le nom du magistrat monétaire responsable de la frappe. Cohen les a regroupées à la fin du classement des frappes impériales, créant un curieux mélange entre les principes valant pour les émissions impériales (par ordre alphabétique) et républicaines (par famille).

A l'intérieur de chaque série, les monnaies sont classées par type de revers, selon le classement alphabétique des légendes. Les émissions sans légende sont regroupées à la fin de chaque série.

La Description marque donc une étape majeure dans le développement du classement des émissions monétaires. Dès la fin du dix-neuvième siècle et surtout au vingtième siècle le classement par séquence chronologique ou par date, mélangeant l'ensemble des acteurs et personnages d'effigie, domine.

Les ateliers

La question des ateliers monétaires n'est pas encore un des axes de recherche de la numismatique romaine. Certes, les premières recherches avaient permis d'établir une typologie et d'attribuer à certaines villes des émissions particulières. Ce fut le cas des premières recherches sur les émissions du début de l'Empire. Cohen ne se la pose que par le biais des émissions monétaires municipales ou locales qui sont clairement indiquées comme produites par une cité. C'est le cas des frappes espagnoles, orientales ou des émissions de Nîmes que Cohen individualise de façon claire.

En réalité, Cohen n'envisage la question des ateliers qu'à travers la question de la relation entre l'autorité émettrice et la frappe. Les frappes qui dépendent d'une autorité qui semble être ou qui est affiché comme municipale relève des frappes locales, classées en tant que telle. A l'inverse, les frappes, mêmes localisées dans diverses villes de l'Empire, qui relèvent en raison de leur typologie de la propagande impériale, ou qui ne présentent pas d'indication explicite de l'autorité municipale ou régionale, sont classées par Cohen parmi les frappes impériales. C'est le cas des émissions orientales des cités grecques en particulier, que Cohen considère, en raison de l'utilisation de caractères non latins, et en raison de l'indication de marques de villes comme étrangères aux frappes impériales. Il cite néanmoins les municipes et les caractéristiques des espèces (grand bronze, moyen bronze, etc.) en fin de chapitre. Le cas le plus explicite reste celui des émissions occidentales. Les frappes de Nîmes, portant la légende NEM COL sont présentées comme "frappées dans les colonies" (p. 179), alors que les frappes de Lyon à légende ROM ET AVG (p. 95) sont classées parmi les monnaies impériales. Cohen justifie son classement en reconnaissant l'origine lyonnaise de ces frappes, mais en se rattachant à l'usage.

Ce principe l'amènera donc à négliger, comme nous l'avons vu, les frappes non officielles. Ces émissions reprenant les types impériaux, il les inventorie parmi les types officiels. Ce postulat posera davantage de problèmes pour les émissions du Bas-Empire. Il n'était pas question à cette époque de distinguer les styles des graveurs, des ateliers et des émissions. Par contre, les marques des ateliers pourtant explicites ne furent pas distinguées et analysées. Pas d'attribution à des ateliers spécifiques, puisque toutes ces monnaies relevaient de la même volonté impériale. Ce concept a certainement été influencé par le système des émissions monétaires françaises du dix-neuvième siècle. Les frappes du second Empire, tout comme les premières émissions de la troisième République, étaient effectuées dans plusieurs ateliers, mais relevaient toutes de la même autorité et de la même typologique. Cohen a donc "relu" les émissions monétaires romaines à la lueur des frappes du dix-neuvième siècle.

La recherche systématique des ateliers fera partie des recherches ultérieures.

Le système monétaire

La question de la reconstitution du système monétaire ancien, c'est à dire celui du Haut - Empire si nous négligeons les questions du Bas - Empire, ne s'était pas encore posée dans les années du second Empire. Ayant nié la pertinence de la métrologie comme facteur discriminent pour constituer des ensembles présentant des caractéristiques physiques similaires, il était impossible à Cohen et aux autres numismates de reconstituer le système monétaire impérial. Ils se contentaient d'un vague classement par module. Il joignit à la fin du troisième volume, puis des tomes suivants l'échelle de Mionnet permettant de calculer les modules des espèces selon un système assez ingénieux.

Les recherches sur les dénominations et le système monétaire ne semblent pas avoir débuté avant l'extrême fin du dix-neuvième siècle, avec la publication en 1898 d'une série de recherches de M. S. Soutzo qui proposa de sérier les frappes monétaires et avança les premiers noms de monnaies, poursuivant ainsi les travaux de Soutzo publiés dès 1898 (Soutzo, M. S., 1898, "Études sur les monnaies impériales romaines", Revue numismatique, p. 231, 478, 681 suivantes. Ces recherches ont été analysées par Le Roy, M., 1994, "Le mythe du sesterce de bronze", Cahiers numismatiques, p. 13-17). Il fallut attendre la "révolution Mattingly des années 20 pour voir une mise en lumière de l'ensemble du système monétaire du Haut-Empire.

Les monnaies particulières

Henry Cohen eut quelques difficultés à interpréter le statut des médaillons, sans doute en raison de son incompréhension du système monétaire. Il n'y vit que des objets distribués lors des festivités, des objets servant à des dons entre protégés ou pouvant servir de décoration particulière.

Il intégra dans sa description des objets que les numismates ont maintenant tendance à ne plus considérer comme des monnaies, il s'agit des tessères, sortes de jetons ainsi que les spintriennes, objets monétaires à décors pornographiques qu'il vit comme des jetons d'accès à des spectacles peu équivoques. Il formula une même interprétation pour les contorniates, sorte de billets d'accès aux jeux du Cirque.

Les contremarques ne retinrent son attention que de façon ponctuelle, tout comme les médailles incuses.

Il semble, à bien le lire, qu'il ait eu de la monnaie une vision très commercialisante. Tout objet rond, présentant l'aspect d'une monnaie, devait s'inscrire dans une relation d'échange, achat (monnaie), ou preuve d'un achat (jeton d'accès aux spectacles des Cirques ou aux lupanars). Cette difficulté à concevoir d'autres fonctions que d'achat (rejet des fonctions de la médaille, de la fonction de la monnaie comme support d'une propagande en dehors du commerce) semble être typique du dix-neuvième siècle, phase de développement et de domination du commerce et de l'idéologie commerciale.

Les points trop traditionnels

Les collections de référence

La notion de corpus implique, à l'heure actuelle, un inventaire le plus détaillé possible des collections monétaires, catalogues de ventes ou publications. Cette situation ne saurait nous faire oublier que la pratique de la recherche était fort différente au siècle dernier, ne serait-ce qu'en raison du rôle mineur des catalogues de vente, peu ou pas illustrés, de l'absence de gros inventaires de collections publiques ou privées, de l'absence de circulation de photographie, etc. La seule façon de travailler sur des monnayages conservés dans des collections éloignées était soit de se rendre sur le lieu de conservation, soit d'obtenir des dessins ou surtout des moulages des monnaies étudiées. L'ampleur du travail de Cohen disqualifiait une telle possibilité. Il lui eut fallu disposer des moulages de la totalité des émissions monétaires romaines des collections européennes ! Compte tenu des problèmes financiers que nous avons évoqués plus haut, la possibilité de se rendre dans les collections étrangères était nulle pour Henry Cohen. Son travail se fonda donc sur la collection du Cabinet des Médailles de Paris, sur les principales collections privées du moment et sur celle de Londres qu'il dut pouvoir consulter (M. R. Bland a bien voulu nous préciser qu'il était impossible de retrouver la trace d'un éventuel passage de Cohen à Londres: les archives ont été détruites pendant la dernière guerre. De même M. F. Campbell n'a pu retrouver de traces de Cohen à New York). Par contre, il sut mettre à profit les publications des collections qu'il trouvait à la Bibliothèque impériale puis nationale. C'est ainsi qu'il put intégrer les collections de Vienne, Copenhague, Turin, entre autres.

Cette limitation fut également contournée par l'importante correspondance qu'il dut recevoir après la sortie de sa première édition. Entre la sortie de la première édition et la seconde, il ajouta près de 5.000 monnaies, soit près de 20 % de plus que le nombre de types contenus dans l'édition première.

L'illustration

La photographie fit son apparition dans la Numismatic Chronicle de Londres en 1873. Elle fut suivie par le Zeitschrift für Numismatik de Berlin dès 1876, puis en 1877 par le Numismatiche Zeitschrift de Vienne. La Revue numismatique avait suspendu sa parution en 1877; elle reparut en 1883, soit quelque temps après la mort de Cohen, mais n'adopta la photographie qu'en 1884, suivie par la Revue Belge de Numismatique en 1885. Le premier tome de la seconde édition de la description eut pu bénéficier de la première vague de développement de la photographie. Le second paru en 1882, de même que le troisième paru en 1883, aurait encore pu bénéficier d'une innovation technique. Par contre, l'absence de l'emploi de la photographie dans les autres volumes témoigne d'un retard technologique. Lors de la publication du dernier fascicule en 1892, la photographie avait remplacé la gravure, sauf dans quelques cas bien précis comme lors de la publication de l'Atlas de monnaies gauloises d'Henri de La Tour publié en 1892 à Paris où l'état médiocre des monnaies de billon ou de bronze rendait sans effet l'amélioration technique liée à l'emploi de la photographie. La seconde raison du retard de l'introduction de la photographie est liée à la qualité du spécialiste de la gravure des planches de monnaies, Léon Dardel qui collabora à la Revue numismatique à partir de 1844 et jusqu'en 1888 et fut l'auteur des planches de l'Atlas de monnaies gauloises d'Henri de La Tour. Pendant cette période, il grava pour illustrer la majeure partie des grands ouvrages de numismatique, outre les livres déjà cités, ceux de Poey d'Avant, Sabatier, de Witte, Hoffmann, Caron, etc. (cette question a été parfaitement étudiée par Hollard, D., 1991, "L'illustration numismatique au XIXe siècle", Revue numismatique, p. 7-42).

La description de Cohen est donc réellement le dernier grand ouvrage illustré par des planches gravées. Ce n'est pas encore l'ouvrage à illustration photographique tel que les grands ouvrages de classification le devinrent au cours du vingtième siècle.

La métrologie et l'étude des flans

Au moment où Cohen s'attacha à la préparation de la seconde édition de la description, la métrologie ou étude des poids des espèces était encore balbutiante. Les travaux de Th. Mommsen qui venaient d'être traduits en français et publiés en 1873 (Th. Mommsen, Histoire de la monnaie romaine, Paris, 1865-1875, traduite par le duc de Blacas et publiée par J. De Witte est cité par Cohen dans le tome 1, p. XVI). Les premières recherches avaient été effectuées sur les frappes d'or et d'argent du début de l'Empire. Il cite en outre une publication de la Nauze (Mémoire de l'académie des inscriptions et Belles-Lettres, tome XXX citée par Cohen tome 1, p. XVII) sur la métrologie des émissions des monnaies d'or. Ces recherches étaient à cette époque davantage des commentaires des informations données par Pline sur les émissions monétaires romaines (Pline l'Ancien, Histoire Naturelle, XXXIII, H. Zehnacker, Paris, 1983). Cohen pesa cependant quelques lots de monnaies, 12 aurei d'Antonin le Pieux, 12 de Marc Aurèle et 33 de Septime Sévère. S'il trouve quelque cohérence au sein des émissions du Haut-Empire, il conclut très rapidement à l'incohérence des poids des troisième et quatrième siècles. Enfin, généralisant le fait que ses quelques poids de monnaies d'or de Néron ne correspondent pas au poids théorique de 45 à la livre donné par Pline, il ne donne pas tort à l'autorité de Pline, mais évoque la qualité de l'échantillon. Enfin, il arrive à rejeter la pertinence de toutes les pesées pour les espèces de l'Empire et donc que toutes les monnaies avaient des poids différents. Un tel raisonnement ne pouvait que surprendre à une époque où le franc de germinal circulait depuis près de 75 années, et où la stabilité monétaire était la règle depuis 1726. Il s'en tira par une pirouette en concluant que le fait de maintenir dans la circulation des espèces lourdes et légères sans refonte spéculative était une preuve supplémentaire de la probité des anciens Romains (Cohen, Tome I, p. XXII ).

Il en est de même avec les études de coins et de métaux qui n'avaient pas fait leur apparition à cette époque, du moins dans leur application aux monnayages anciens. Nous devons cependant pondérer ce point de vue en rappelant que les monnaies conservées dans le Musée monétaire de l'Hôtel de la Monnaie de Paris faisaient souvent l'objet d'analyses de titres. Obligée d'accepter les espèces démonétisées en fonction de leur poids de fin et de les échanger contre des espèces contemporaines, la Monnaie de Paris avait établi toute une longue sorte de catalogue des monnaies donnant poids moyen et titre. C'est ainsi que plusieurs monnaies gauloises firent l'objet d'analyses, comme les autres espèces nationales, les mérovingiennes, ou carolingiennes, etc. (par exemple, les monnaies gauloises du trésor de Goutrens (1867) entrées en 1868 à la Monnaie de Paris, y furent analysées: Richard, J.-C., 1985, "Monnaies de la Gaule et des Celtes", dans Les collections monétaires, I, Monnaies du monde antique, publié sous la direction de G. Depeyrot, par Ch. Augé, G. Depeyrot, J.-Cl. Richard, Paris, p. 44). Si cette étude n'a pas particulièrement intéressé Cohen, c'est principalement parce que le sujet n'avait pas encore retenu l'attention des chercheurs. Au même moment l'ouvrage de synthèse d'E. Gariel, Les monnaies royales de France sous la race carolingienne, Strasbourg, 1883, ne mentionnait que quelques analyses des alois.

En réalité, les travaux de métrologie étaient très marginaux dans la production scientifique du dix-neuvième siècle. La métrologie ne naquit qu'avec la publication du traité de Friedrisch Hultsch, Griechiche und Römische Metrologie, publié en 1878 et surtout réédité en 1882. A cette époque la seconde édition de la description était trop avancée pour être modifiée. On peut donc considérer que la description est donc un des derniers ouvrages d'une période antérieure au développement de la métrologie.

L'esprit de l'œuvre et sa destinée

L'œuvre de Cohen constituait, à sa mort, un ensemble impressionnant. Il avait donné un inventaire des types monétaires romains de la fondation et de Rome et des premières frappes à la fin de l'Empire. Pour mesurer l'importance de cet apport, il convient de se souvenir que les collectionneurs du début du dix-neuvième siècle ne disposaient pour classer leurs collections que d'ouvrages ponctuels, parcellaires. La riche bibliothèque de Chapet, important collectionneur de Troyes (1771-1838), comprenait les travaux de Mionnet (Du prix et de la rareté des médailles romaines, Paris, 1827) et quelques autres travaux du dix-huitième siècle comme ceux de Banduri, Vaillant, Occo et Mezzabarbe, que Cohen utilisa lui-même (Michon, S., Les pratiques des collectionneurs de monnaies antiques dans la première moitié du XIXe siècle, Mémoire EHESS, 1990). La première édition de la description représentait une avancée considérable.

Un tel ensemble était difficilement modifiable, même si le rythme des découvertes de types nouveau allait bon train. Passe encore pour les séries de la fin de l'Empire. Le passage d'une classification par ordre alphabétique des revers à une classification fondée sur les marques des émissions et la chronologie dut attendre la deuxième guerre mondiale. Encore se fit-il par étapes. En 1927, Mattingly et Sydenham, pourtant les initiateurs de la "révolution Mattingly" classaient encore, dans le volume du Roman Imperial Coinage, les frappes de Gallien, par ateliers, mais en confondant les émissions, l'ordre alphabétique dominant toujours. Il en était de même en 1933 avec le volume de la même série consacré à Probus et à ses successeurs. Elmer en étudiant en 1941 les émissions des empereurs gaulois accomplissait le saut décisif, s'affranchissant définitivement du classement alphabétique des revers pour le classement chronologique et par émission. En 1951, le tome IX du Roman Imperial Coinage, publié par Pearce (Valentinien I - Théodose I), conservait encore des archaïsmes en séparant la liste typologique des revers d'un côté et celle des marques d'ateliers de l'autre. Après cette date, le système par émission domina.

Cette évolution n'affecta en rien la description de Cohen. Dans le second tome publié par Rollin et Feuardent en 1883, après la mort de Cohen, les nouveaux éditeurs avaient émis le vœu de publier en fin du dernier volume un additif avec les nouveaux types que les lecteurs auraient pu leur signaler. Cette intention louable ne se concrétisa pas. Sur la dernière page du tome VIII, ils constatèrent qu'ils avaient réuni une documentation "pas suffisante pour former un neuvième volume, et néanmoins trop considérable pour être jointe à ce huitième volume". Ils se proposaient de rassembler pour un travail à venir les nouveautés signalées. Vœux pieux. Cohen disparu, on se soucia plus de carrières et d'ambitions personnelles que de poursuites d'une œuvre scientifique menée par un modeste employé. C'était l'époque de l'abandon des projets collectifs. Babelon écartait tout projet collectif et se lança dans des ouvrages personnels, comme sa description des monnaies de la République romaine, même si l'ouvrage marquait un certain recul par rapport au travail de Mommsen (à ce propos voir Giard, J.-B., 1980, "Critique de la science des monnaies antiques", Journal des Savants, p. 225-245). Le traité était devenu le genre à la mode en France. Il permettait de longs exposés et même les imprécisions, facilitait le travail personnel, voire narcissique et surtout une mise en valeur qui offrait à l'auteur la possibilité d'espérer les plus hautes reconnaissances, en particulier celles de l'Institut. A. Engel et R. Serrure les premiers publièrent le Traité de numismatique du Moyen-âge, en 3 volumes de 1891 à 1905. Ils récidivèrent en 1897-1899 en publiant en 2 volumes un Traité de numismatique moderne et contemporaine. E. Babelon, publia son Traité des monnaies grecques et romaines de 1901 à 1932. A. Blanchet et A. Dieudonné, y allèrent de leur Manuel de numismatique française publié de 1912 à 1936. Les espoirs d'un grand nombre d'entre eux furent comblés.

En tous les cas, nul ne se sentit le courage ou la volonté de poursuivre le travail de fourmi de Cohen. Les notes conservées par Feuardent ne furent pas publiées. Il était cependant possible de continuer à publier de nouvelles versions du Cohen, en y interclassant les nouveaux types, ou même en modifiant complètement l'ordonnancement des chapitres et des ensembles. Nul n'eut cette ambition.

En réalité dès les années 1920 le début de la "révolution Mattingly" modifia sensiblement les axes de la recherche. Arrivés plus tardivement dans la compétition numismatique, les chercheurs anglais surent utiliser les techniques et les concepts les plus modernes en matière de publication et de classement. En 1923 sortaient le premier tome du Roman Imperial Coinage et le premier tome du Coins of the Roman Empire in the British Museum. Cette "révolution" consistait en plusieurs modifications de l'approche scientifique.

* Le système monétaire était perçu comme un ensemble cohérent de monnaies inscrites dans un système composé de diverses espèces en or, argent et bronze (orichalque ou cuivre) liées entre elles par des relations de multiples ou de divisionnaires. Cette lecture remplaçait la subdivision entre grand, moyen et petit bronze.

* Le premier critère de classement des espèces était le lieu d'émission. On vit alors apparaître des notions parfaitement nouvelles de fermeture ou d'ouverture d'atelier, et les débats se portèrent sur les localisations des centres d'émission.

* Le critère de classement n'était plus l'ordre alphabétique des légendes de revers, mais l'ordre chronologique. Cette chronologie restait parfois imprécise pour certaines frappes, mais dans la majorité des cas les monnaies étaient classées à quelques années près, en fonction des divers titres portés par les empereurs.

* Les émissions étaient alors perçues comme des ensembles regroupant les diverses productions faites en un même lieu et à un même moment, sans plus attacher d'importance au personnage d'effigie qu'au revers. Il en était alors fini de la suprématie accordée par Cohen au personnage du droit comme critère principal de classement.

* L'illustration n'était plus un luxe mais la norme. Les inventaires des collections du British Museum étaient illustrés par la reproduction de presque toutes les monnaies, ce qui permettait de diffuser la reproduction urbi et orbi des types, styles et détails des espèces.

* Enfin, les auteurs anglais reprirent des chercheurs allemands du dix-neuvième siècle les notions de corpus. Ils signalèrent ainsi toutes les pièces manquantes aux collections de Londres.

Cette révolution relégua rapidement au second plan les travaux de Cohen. Une seconde phase de la recherche était alors ouverte. Elle ne fit pas disparaître l'intérêt de la description, mais en en faisant évoluer les concepts, elle permettait d'améliorer notre connaissance des frappes antiques.

2 Introduction à cette édition

Il semble intéressant de mettre à profit une nouvelle édition de l'œuvre de Cohen pour tenter de mesurer les progrès effectués par la recherche depuis cette époque. Il n'est pas question de faire le bilan d'un siècle, voire d'un siècle et demi, de recherches numismatiques en un seul chapitre. La seule finalité de ce travail est de permettre à tout collectionneur, étudiant ou amateur de trouver pour un champ d'investigation déterminé, d'une part la problématique la plus évidente (il n'est pas question d'entrer ici dans les détails des recherches particulières) et une indication des principaux ouvrages ou travaux qui semblent s'être imposés. Devant la masse énorme de papier imprimé, j'ai opté pour un choix privilégiant tout d'abord les ouvrages au détriment des articles (sauf dans les cas où ces articles présentent un intérêt majeur), et privilégiant d'autre part les ouvrages exposant des résultats de recherches récentes. Il ne présente aucun intérêt dans les quelques pages qui nous sont offertes de lister tous les travaux consacrés à Auguste, par exemple: cela manque d'intérêt pour la majeure partie des lecteurs. Par contre, il est primordial de donner la liste des ouvrages indispensables et de localiser ou de permettre de localiser les revues ou publications qui permettront aux lecteurs de retrouver les articles et recherches plus précises.

De même, pour éviter des redites, j'ai donc opté pour une double solution consistant à dresser la liste dans cette partie des ouvrages d'intérêt général, ou du moins dont les champs de recherche étaient supérieurs ou incompatibles avec le découpage des divers volumes de la description. Par contre, les ouvrages et travaux dont les périodes de recherche correspondent à celles qui ont été retenues par Cohen sont listés dans des chapitres consacrés aux divers volumes. De façon générale en cas de multiples éditions, seule la dernière en date est mentionnée.

Les outils

Ouvrages de bibliographie

Les travaux numismatiques ont donné lieu à plusieurs ouvrages de bibliographie qui présentent un bon nombre de publications. Il est donc indispensable de s'y référer avant toute recherche détaillée:

Carvalho, G., Kind, J.-Y., 1994, Bibliographie numismatique française, 1970-1994, Loray.

Clain-Stefanelli, E. E., 1985, Select Numismatic bibliography, Munich.

Depeyrot, G., 1991, La monnaie au Bas-Empire (IVe-Ve siècles), Bibliographie thématique en archéologie n° 15, dans Bibliographie thématique en archéologie, Bibliographies sur l'époque romaine n° 9-22, 1991, Montpellier, p 265-323.

Grierson, Ph. 1979 Bibliographie numismatique, Bruxelles.

A côté de ces ouvrages, il existe plusieurs sources d'informations plus détaillées.

Numismatic Literature, vol 1, 1947-1949, recense le plus grand nombre de publications numismatiques à travers le monde. C'est le seul périodique de cette nature. Il paraît actuellement en deux livraisons par an, signalant livres, articles, comptes-rendus, etc.

Dictionary Catalogue of the Library of the American Numismatic Society, et ses supplements reproduit le fichier de la bibliothèque de l'A.N.S. qui comprennent livres, catalogues de ventes, mais aussi les dépouillements des revues.

Enfin à l'occasion des congrès internationaux ont été publiés des synthèses critiques des publications scientifiques. Ces études sont indispensables pour suivre l'évolution de la recherche.

A survey of numismatic research, 1960-1965, Copenhague, 1967.

A survey of numismatic research, 1966-1971, New York, 1973.

A survey of numismatic research, 1972-1977, Berne, 1979.

A survey of numismatic research, 1978-1984, Londres, 1986.

A survey of numismatic research, 1985-1990, Bruxelles, 1991.

A survey of numismatic research, 1990-1995, Berlin, 1997.

Les périodiques et mélanges

Les périodiques sont nombreux, tant en ce qui concerne les publications internationales que les nationales. Ils donnent généralement quelques renvois à des recherches et des publications spécifiques. Je ne donnerai pas de liste ici: on peut consulter les bibliographies générales mentionnées plus haut.

Le terme de mélange peut regrouper tantôt des recueils de publications d'un seul auteur, tant des articles variés dus à plusieurs chercheurs rassemblés dans le seul but de rendre hommage à une personnalité. Généralement, ils donnent la liste des travaux de l'auteur concerné. Signalons:

Babelon, E., Mélanges numismatiques, Paris, 1892-1912, 4 vol. (Recueil d'articles).

Ermanno A. Arslan Studia Dicata, I, II, III, Milan, 1991.

Essays in roman Coinage presented to Harold Mattingly, Londres, 1956.

Essays presented to Humphrey Sutherland, Scripta Nummaria Romana, Londres 1978.

Mélanges de numismatique d'archéologie et d'histoire offerts à Jean Lafaurie, Paris, 1980.

Mélanges de numismatique offerts à Pierre Bastien, Wetteren, 1987.

Mélanges de travaux offerts à Maître Jean Tricou, Lyon, 1972.

Mints, dies and currency, Essays dedicated to the Memory of Albert Baldwin, Londres, 1971.

Studia numismatica Labacensia, Alexandro Jelocnik oblata, Ljubljana, 1988.

Studies in Ancient History and Numismatics presented to Rudi Thomsen, Aarhus, 1981.

Studies in numismatic method presented to Philip Grierson, Cambridge 1983.

Trésors, monnaies et archéologie du nord de la France (mélanges J. Gricourt), Lille, 1978.

Les congrès internationaux

Actes du 8e congrès international de Numismatique, New-York - Washington, septembre 1973, H. A. Cahn, G. Le Rider, Paris, 1976.

Actes du 9e congrès international de Numismatique, Berne, septembre 1979, T. Hackens, R. Weiller, Louvain, 1982.

Actes du 10ème congrès international de numismatique, Londres, septembre 1986, I.A. Carradice, Wetteren, 1989.

Actes du 11ème congrès international de numismatique, Bruxelles, septembre 1991, T. Hackens, G. Moucharte, Wetteren, 1993.

International numismatic symposium, Budapest, 1980.

Les "dévaluations" à Rome, époque républicaine et impériale, Gdansk, 19-21 octobre 1978, Rome, 1980.

Les "dévaluations" à Rome, époque républicaine et impériale, Rome, 13-15 novembre 1975, Rome, 1978.

Studien zur Fundmünzen der Antike, I, Ergebnisse des FMRD-Colloquiums vom 8.-13. Februar 1976 in Frankfurt am Main, Berlin, 1979.

Les études

Je donne ici, par grands thèmes les principales études concernant l'Empire romain pris dans sa globalité. Dès que les ouvrages ont pour champ d'étude une partie de l'Empire, j'ai, autant que possible cherché à les classer dans les introductions aux divers tomes.

Les flux de publication

L'intérêt pour les études numismatiques, les trésors et les trouvailles semble être une démarche très occidentale. La majeure partie des trésors et la presque quasi-totalité des publications concernent des sites situés dans les pays occidentaux: Grande-Bretagne, France, Allemagne, etc. Il est encore stupéfiant que les recherches sur les productions monétaires de l'Empire n'aient pas bénéficié de grandes publications des découvertes de l'Italie ou de la Grèce. Il faut peut-être incriminer ici le poids des régimes nationalistes méditerranéens qui ont, pendant plusieurs années, privilégié les recherches sur les émissions nationales considérées, à tort ou à raison, comme les émissions nationales fondatrices. C'est le cas des émissions ibériques en Espagne, ou les émissions de la République romaine en Italie. Sauf cas particuliers, généralement liés à l'activité de chercheurs plus ouverts sur les courants internationaux, il y a un large déficit en publications dans ces zones géographiques. La situation est tout aussi consternante, sans doute pour les mêmes raisons, dans tous les pays nord-africains qui semblent privilégier les frappes musulmanes. Enfin les anciens pays d'Europe de l'Est ont connu les mêmes problèmes, auxquels se sont ajoutées les difficultés liées à des situations économiques difficiles.

On ne saurait oublier ici l'évolution de la situation en termes de remplacement des générations. La fréquentation des publications numismatiques laisse penser que le nombre des chercheurs a tendance à décroître depuis le début des années 80. C'est là une situation lourde de conséquences qui pose la question de l'évolution des recherches et même de leur abondance. Cette constatation n'est pas sans lien avec les conditions de la production de la recherche numismatique aux temps de Cohen. Il suffit pour s'en convaincre de regarder les chiffres du nombre de membres des sociétés savantes (nous avons repris les chiffres de F. de Callataÿ, 1994, "L'évolution démographique de quelques grandes sociétés de numismatique", Revue belge de numismatique, p. 71-87. Les chiffres exacts de la SFN ne sont pas connus pour certaines dates. Nous avons pris les chiffres les plus proches) (RNS: Royal Numismatic Society, Londres; SBN: Société belge de numismatique; SFN: Société française de numismatique; ANS: American Numismatic Society):

                            1860            1880            1910          1940         1970         1980          1993
RNS                      109              161              316            219           804           988          1067
SBN.                       91              175              177            119           182           209            284
SFN                           ?             ? 97              133            148           448       + 600            513
ANS                          ?                  ?                  ?            443         1746         2065          2282

Entre le milieu du dix-neuvième siècle et la veille de la guerre de 1914-1918, le nombre des adhérents des sociétés numismatiques a connu une longue période de croissance. Entre 1860 et 1910, celui de la royal numismatic Society a triplé et celui de la société belge de numismatique a doublé. Ces cinquante années sont celles de la publication d'un grand nombre d'ouvrages fondateurs, catalogues de collections, corpus, etc. Leur publication supposait l'existence d'un marché pour ces ouvrages. Après 1914, le nombre de membres baissa et les chiffres de 1940 sont, en règle générale inférieurs ou à peine équivalents par rapport à ceux de 1910. Après 30 années de baisse ou de maintien, ces associations connurent 30 autres années de croissance dans les années 60, les effectifs doublant ou quadruplant. Ce fut alors une nouvelle période de publications abondantes et même de création de sociétés secondaires (SENA en France, CEN à Bruxelles, etc.). Cette augmentation se stabilisa dans les années 1980 et les effectifs ne grossirent pas plus après cette date.

Il apparaît donc clairement que l'œuvre de Cohen fut portée par un ample mouvement de développement de la numismatique que nous pouvons situer entre le milieu du dix-neuvième siècle et la guerre de 1914-1918. La récession de l'entre-deux-guerres ne facilita pas la sortie des ouvrages. En d'autres termes, la publication des descriptions de Cohen est représentative des possibilités de recherche de la fin du siècle.

Généralités

Il serait trop fastidieux de recenser les principaux ouvrages ayant trait à l'histoire de l'Empire romain. J'ai cité le travail de Zosso, F., Zingg, Ch., 1994, Les empereurs romains, 27 avant J.-C. - 476 ap. J.-C., Paris dont les principes de notices biographiques s'inspiraient de ceux de Cohen. Les recherches sur l'histoire non numismatique sont particulièrement abondantes. On pourra consulter L'année philologique qui donne le dépouillement de toutes les publications relatives à l'Antiquité et au début du Moyen Age. Les recherches historiques consacrées au territoire métropolitain sont mentionnées dans La bibliographie de la France.

Les éditeurs ont publié divers ouvrages généraux alliant généralement un texte particulièrement indigent à une qualité particulière de l'illustration. Ces travaux ne présentent presque aucun intérêt pour l'amateur de numismatique romaine. De temps en temps, cependant, des chercheurs ont présenté "l'état des questions" en matière de monnayage romain. Les plus utiles sont:

Belloni, G. G., 1993, La monete romana, Rome

Beyer, F. 1995, Geldpolitik in der Römischen Kaiserzeit von der Währungsreform des Augustus bis Septimius Severus, Wiesbaden.

Bolin, St., 1958, State and Currency in the Roman Empire to 300 A.D., Uppsala.

Burnett, A., 1988, La numismatique romaine, De la république au Haut-Empire, Paris, 1988 (traduction G. Depeyrot).

Burnett, A., 1987, Coinage in the Roman World, Londres.

Carson, R. A. G., 1990, Coins of the Roman Empire, Londres.

Duncan-Jones, R., 1990, Structure and Scale in the Roman World, Cambridge.

Duncan-Jones, R., 1994, Money and government in the Roman Empire, Cambridge.

Depeyrot, G., 1987, Le Bas-Empire romain, économie et numismatique (284-491), Paris.

Depeyrot, G., 1991, Crises et inflation entre Antiquité et Moyen-âge, Paris.

Depeyrot, G., 1995, Histoire de la monnaie des origines au 18e siècle, I, Introduction, de l'antiquité au treizième siècle, Wetteren.

Forzoni, A., 1995, La monete nella Storia, I, II, III, Rome.

Grierson, Ph., 1976, Monnaies et monnayages, introduction à la numismatique, Paris.

Rebuffat, F., 1996, La monnaie dans l'Antiquité, Paris.

Reece, R. 1970, Roman Coins, Londres.

Reece, R., 1986, Identifying Roman Coins, A practical guide to the identification of site finds in Britain, Londres.

A côté de ces présentations, existent un certain nombre de publications à destination des collectionneurs qui présentent une liste des types, avec plus ou moins d'illustrations suivant les éditions.

Bandi, A., Simonetii, L., 1972-, Corpus nummorum Romanorum, Florence, 1972-

Seaby, H.A., 1967-, Roman silver coins, Londres.

Sear, D. R., 1988, Roman coins and their values, Londres.

Technique, métrologie, quantitatif

L'étude des techniques de frappe, des alliages et des alois sont des sujets de recherches depuis la dernière guerre. Les travaux ont été marqués par de grandes publications sur les alliages et les méthodes de recherches du nombre de coins dans les années 60-70. Les recherches ont aussi porté sur les questions de modélisation de la durée d'utilisation des monnaies.

Ces recherches, après avoir marqué un pas à la fin des années 70, semblent bénéficier des progrès techniques dus à la micro-informatique. Les analyses théoriques ont ainsi pu laisser le pas à des recherches plus pratiques, consacrées à des aspects ou à des périodes spécifiques. Cette quantitative pratique (par opposition à la seule théorie) s'est surtout engagée dans deux grandes directions.

La première s'est engagée dans les études des lots monétaires et leurs comparaisons, pour mettre en évidence des aspects spécifiques dans les alimentations des diverses zones de l'Empire, en prenant en considération l'ensemble des monnaies de l'Empire. Ce sont les recherches initiées par le travail fondateur de Richard Reece. Outre les travaux du savant britannique, dont les premiers remontent aux années 60, de nombreuses publications inspirées de ces principes ont vu le jour, citons par exemple les résultats des fouilles de Conimbriga, de Belo, etc.

Le second axe de recherche quantitative a tenté de glisser des lots de monnaies constitués dans l'Antiquité (trésors et monnaies de fouilles) aux questions relatives aux émissions et aux choix de politique monétaire. Ces recherches sont d'autant plus faciles à mener que les lots sont abondants, ce qui permet de gommer les aspects locaux par la constitution d'échantillons très importants. C'est la voie choisie par Georges Depeyrot. Ces travaux ont principalement porté sur le Bas-Empire, en raison de la très large diffusion de ces espèces.

Je ne donne ici que quelques travaux généraux. Les autres recherches sont signalées dans le paragraphe consacré aux monnaies de sites.

Caley, E. R., 1954, Orichalcum and related ancient alloys, New York.

Carcassonne, Ch., 1987, Méthodes statistiques en numismatique, Louvain-la-Neuve.

Cole, T. J., 1976, "The Lifetime of Coins in Circulation", Numismatic Chronicle, p. 201-218.

Depeyrot, G., 1982, Le numéraire gaulois du IVe siècle, aspects quantitatifs, Oxford.

Linant de Bellefonds, X., 1980, "Un modèle monétaire pour l'économie de l'Empire romain au IIIe siècle de notre ère", Revue historique de droit français et étranger, 58, p. 561-586.

Moesta, H., Franke, P.R., 1995, Antike Metallurgie und Münzprägung, Ein Beitrag zur Technikgeschichte, Berlin.

Morrisson, C., Brenot, C., Barrandon, J.-N., Callu, J.-P., Poirier J., Halleux, R., 1985, L'or monnayé I, purifications et altérations de Rome à Byzance, Paris.

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Rythmes de la production monétaire, de l'antiquité à nos jours, actes du colloque international organisé à Paris du 10 au 12 janvier 1986 par la Monnaie de Paris, le Centre National de la Recherche Scientifique et le Séminaire de numismatique Marcel Hoc de l'Université Catholique de Louvain, G. Depeyrot, T. Hackens, Gh. Moucharte éd., Louvain-la-Neuve, 1987, XVI et 775 pages, 13 planches.

Statistique et numismatique, table ronde organisée par le Centre de Mathématique sociale de l'E.H.E.S.S. de Paris et le séminaire de numismatique Marcel Hoc de l'université Catholique de Louvain, Paris, 17-19 septembre 1979, édité par Ch. Carcassonne, et T. Hackens, Pact 5, 1981, Strasbourg, 1981.

Étude de la propagande

Les études de la propagande et de la typologie représentent la poursuite des recherches typologiques de Cohen. Elles ont le plus souvent donné lieu à des publications d'articles. Quelques ouvrages ont été consacrés aux types de revers. Cependant l'œuvre de référence est désormais le travail de P. Bastien sur les bustes. Les études sur les types de revers, en particuliers sur les divinités sont souvent menées par les spécialistes de l'iconographie.

Bastien, P., 1992, Le buste monétaire des empereurs romains, I, Wetteren.

Bastien, P., 1993, Le buste monétaire des empereurs romains, II, Wetteren.

Bastien, P., 1994, Le buste monétaire des empereurs romains, III, Wetteren.

Brown, D. F., 1940, Temples of Rome as coin types, New York.

Hill, P. V., 1989, The monuments of Ancient Rome as Coin types, Londres.

Lichocka, B., 1974, Justitia sur les monnaies impériales romaines, Varsovie.

Méthy, N., 1995, "La représentation de l'Italie dans le monnayage romain de l'époque impériale", RN, p. 25-49.

Penn, R. G., 1994, Medicine on Ancient Greek and Roman Coins, Londres.

Perassi, C., 1991, Spes, Iconographia, simbologia, ideologia nella moneta romana (I-III sec.), Milan.

Collections

Les recherches initiées par les numismates anglais dans les années 20 du siècle ont facilité le développement des publications d'autres collections monétaires. Nous ne donnons ici que quelques exemples de ces publications. Les plus grandes collections qui ont fait l'objet de nombreux volumes sont ventilées dans les introductions aux divers volumes.

Arroyo Ilera R., 1984, El numario de la Universidad de Valencia, Valence.

Cesano, S. L., 1957, Catalogo della collezione numismatica de Carlo Piancastelli (Città di Forli), II, Monetazione romana imperiale, Forli.

Cocchi Ercolani, E. 1974, Catalogo della collezione numismatica de Carlo Piancastelli (Città di Forli), III, Monetazione romana imperiale 253-305 d. c., Forli.

Depeyrot, G., 1985, Les collections monétaires de l'Administration des Monnaies et Médailles, I, Monnaies du monde antique, Paris.

Depeyrot, G., 1986, Catalogue des monnaies d'or et d'argent du musée de Cognac, Cognac.

Levy, B. E., Bastien, P., 1985, Roman coins in the Princeton University Library, I, Republic to Commodus, Wetteren.

Goldhahn, C., 1994, Die Wernersche Münzsammlung der Bergakademie Freiberg in Scahsen II Münzen der römischen Kaiserzeit, Freigberg.

MacDowall, D. W., Hubrecht, A., De Jong W., 1992, Description of the collections in the Provinciaal Musuem G. M. Kam at Nijmegen, XII, The Roman Coins, Nimègue.

Mazzini, G., 1957-1958, Monete imperiali romani, 5 vol. Milan.

Musée Calvet, Médaillier, I, Monnaies en or de l'Antiquité, byzantines et du Haut Moyen Age, G. Depeyrot, G. de Loÿe, M. Amandry, J.-B. Colbert de Beaulieu, A. Deroc, M. Dhénin, J. Hiernard, G.K. Jenkins, C. Morrisson, J.-C. Richard, Avignon, 1987.

Rémy, B., 1980, Les monnaies romaines du musée de Feurs, Feurs.

Schmidt Dick, F., 1995, Die Römischen Münzen des Medagliere im Castelvecchio zu Verona, Vienne

Voetter, O., 1921, Die Münzen der römischen Kaiser, Kaiserinnen und Caesaren von Diocletianus bis Romulus, 284-476, Katalog der hinterlassenen Sammlung und Aufzeichnungen der Herrn Paul Gerin, Vienne.

Woloch, G.M., 1985, The MacGill University Collection of Greek and Roman Coins, Amsterdam.

A ces publications de collections, il conviendrait d'ajouter les nombreux catalogues de ventes publiées dès la fin du dix-neuvième siècle avec une illustration de plus en plus abondante. C'est actuellement dans ces catalogues que l'on trouve la plus importante documentation numismatique, dépassant, et de loin, les collections publiques. Le développement et la popularisation de la collection de monnaies, l'augmentation de nombre de marchands, ainsi que celui des découvertes ont favorisé l'augmentation du nombre de publications commerciales. Elles ont bénéficié des révolutions technologiques de l'imprimerie. Illustrées de dessins au trait à la fin du dix-neuvième siècle, puis de planches de très bonnes qualités et de plus en plus nombreuses après la première guerre mondiale, le développement de l'offset permit l'illustration à l'infini des catalogues. Nous ne donnons pas ici la liste des catalogues. Ce serait là une opération de très longue haleine. Les chercheurs intéressés peuvent se reporter aux fichiers de principales bibliothèques mondiales.

Au début du siècle, plusieurs instituts tentèrent de dresser inventaire des monnaies passées dans les ventes publiques. Des fichiers des photographies furent créés. Au moins quatre institutions conservent de tels instruments: Vienne en possède un à l'institut de numismatique et un autre au Cabinet des Médailles qui semble n'avoir plus été alimenté depuis les années 50. Un fichier existerait à Francfort. Celui de New York est de loin le plus important et le seul qui bénéficie de mises à jour suivies.

Tessères, médaillons, contorniates

Alföldi, A., 1943, Die Kontorniaten: Ein verkanntes Propagnadamittel der stadtrömischen heidnischen Aristokratie in ihrem Kampfe gegen das christliche Kaisertum, Budapest, Leipzig.

Alföldi, A., Alföldi, E., Clay, C. L., 1976, Die Kontorniat-Medallions, Berlin.

Dressel, H., 1964, Die römischen Medaillone des Münzkabinetts derstaatlischen Museen zu Berlin, Berlin.

Froehner, W., 1878, Les médaillons de l'Empire romain depuis le règne d'Auguste jusqu'à Priscus Attalus, Paris.

Gnecchi, F., 1912, I medaglioni romani, Milan.

Grueber, M., 1874, Roman medallions in the British Museum, Londres.

Kapossy, B., 1971-1972, "Römische Medaillone und Kontorniaten", Jahrbuch des Bernischen Historichen Museums, 51-52, p. 127-150.

Metcalf, W. E., 1979, Roman Medallions, New York.

Michelini Tocci, L., 1965, I medaglioni romani e i contorniati del Medagliere Vaticano, Vatican.

Mlasowsky, A., 1991, Die antiken Tesseren im Kestner-Museum Hannover, Hannovre.

Pink, K., 1963, Roman Medallions: a catalogue, Boston.

Rostovtsev, M. I., 1903, Tesserarum urbis Romae et suburbi plumbearum sylloge, Saint Petersbourg.

Toynbee, J.M.C., 1944, Roman Medallions, New-York.

Zadoks-Josephus Jitta, A. N., 1951, "The contorniates in the Royal Cabinet at the Hague", Mnemosyne, 4/1, p. 81-92.

Les trouvailles

Les études et publications de sites et de trésors contribuent au régulier renouvellement de nos connaissances en numismatique. C'est là un champ d'investigation nouveau pour les chercheurs. Elles donnent lieu à plusieurs sortes d'études, en fonction des recherches. Tantôt il ne s'agit que d'une simple étude des lots de monnaies, tantôt l'étude porte sur les divers aspects de la circulation monétaire.

Il est difficile de distinguer les grandes évolutions techniques et scientifiques, au-delà de ce que nous avons pu dire dans le paragraphe consacré à la technique et aux recherches quantitatives.

Les trésors

Les trésors ont tout d'abord attiré l'attention des chercheurs. Les publications des inventaires des trésors commencèrent dès le début du siècle. C'est l'époque des recherches de Blanchet. Plusieurs séries d'ouvrages se consacrèrent à de tels inventaires.

Blanchet, A., 1900 Les trésors de monnaies romaines et les invasions germaniques en Gaule, Paris.

Callu, J.-P., 1981, Inventaire des trésors de bronze constantiniens (313-348), Wetteren.

Mirnik, I. A., 1981, Coin hoards in Yugoslavia, Oxford.

Thirion, M., 1967, Les trésors monétaires gaulois et romains trouvés en Belgique, Bruxelles.

Van Es, W. A., 1960, De romeinse muntvondsten uit de drie noordelijke provincies. Een periodisering der relaties, Groningue.

Plusieurs publications périodiques signalent régulièrement les découvertes ou les publient. Il s'agit de

Trésors monétaires, Paris, vol. 1, 1979.

Corpus des trésors monétaires antiques de la France, Paris, 1982-

Coin Hoards, Londres, vol. 1, 1975.

Coin hoards from roman Britain, British Museum Occasional Paper, Londres, publication sans périodicité.

A ces publications s'ajoutèrent rapidement des publications de sites archéologiques que nous avons listées plus bas. Enfin, dans les années 60, les chercheurs ont entrepris d'étudier non seulement les trésors mais les monnaies des fouilles qui furent publiées dans des ouvrages communs.

Nous donnons ici la liste des principales publications de sites archéologiques. Les trésors ont été ventilés autant que faire se pouvait dans les introductions des divers tomes.

Études de sites

Les études de circulation monétaire font généralement partie de la publication du site archéologique ou du trésor. Signalons cependant quelques travaux portant sur l'ensemble de l'Empire:

Depeyrot, G., "Vie et survie des monnaies du Bas-Empire", Colloque vie et survie des monnaies antiques, Centre universitaire européen pour les biens culturels, 11-16 octobre 1990, 26 pages imprimées.

Depeyrot, G., "Fréquentation des sites et perte des monnaies", American Journal of Numismatic, 7 pages dactylographiées, 1 graphique (1993).

Brenot, Cl., Loriot, X., 1992, L'or monnayé, Trouvailles de monnaies d'or dans l'Occident romain, Juan les Pins.

Callu, J.-P., Loriot, X., 1990, L'or monnayé, II, La dispersion des aurei en Gaule romaine sous l'Empire, Juan les Pins.

Brenot, C., Loriot, X., 1992, L'or monnayé, III, Trouvailles de monnaies d'or dans l'Occident romain, Juan les Pins.

King, C. E., Wigg, D. G., 1995, Coin finds and Coin use in the Roman World, 13th Oxford Symposium of Coinage and Monetary History, Berlin

Reece, R., 1967, "Roman Coinage in Southern France", Numismatic Chronicle, p. 91-105 (musées et collection de fouilles).

Reece, R., 1972, "Roman Coins in Northern France and the Rhine Valley", Numismatic Chronicle, p. 159-165 (musées et collections de fouilles).

Reece, R., 1973, "Roman Coinage in the Western Empire", Britannia, IV, p. 227-251.

Reece, R., 1974, "Clustering of Coin Finds in Britain, France and Italy", Coins and the Archaeologist, J. Casey and R. Reece, Oxford, p. 64-77.

Quelques publications collectives ou congrès ont été consacrés à ces questions d'analyse des découvertes monétaires, citons:

Coins and the archaeologist, J. Casey, R. Reece, Oxford 1974.

Symposium Numismatico de Barcelona, Societat Catalana d'Estudis Numismatics, Barcelone, I, II, 1979.

II Symposi Numismatic de Barcelona, Societat Catalana d'Estudis Numismatics, Barcelone, 1980.

Études nationales ou locales de sites

Sont regroupées ici des publications locales ou à caractère national. Sur les synthèses plus vastes, il convient de reprendre les titres mentionnés plus haut. Dans quelques rares cas, certains sites n'ont présenté que des monnaies d'une seule période. C'est le cas des découvertes des gués ou des trouvailles effectuées dans les temples. Dans ce cas, la référence est donnée dans l'introduction au volume concerné.

Grande-Bretagne

Boon, G. C., 1964-1966, "Reports on the roman coins", dans Apsimon, A. M., 1964-1966, "The roman temple on Brean Down (Somerset)", University of Bristol, proceeding of the spelaeological society, 3, 10.

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