Georges Depeyrot, A. de Belfort et la Description générale des monnaies mérovingiennes
En septembre 1996 paraissait une réédition des 5 volumes de l'ouvrage d'Auguste de Belfort, Description générale des monnaies mérovingiennes, Paris, 1892-1895 par les soins de la Maison Florange. Cette réédition était précédée d'une assez longue introduction présentant l'auteur, l'œuvre et quelques compléments bibliographiques. C'est donc ce document que nous présentons.
Pour la classification des monnaies mérovingiennes, on se reportera à
G. Depeyrot, Le numéraire mérovingien, l'âge de l'or, I, Introduction, Wetteren, 1998, Collection Moneta n° 10, 200 pages.
G. Depeyrot, Le numéraire mérovingien, l'âge de l'or, II, Les ateliers septentrionaux, Wetteren, 1998, Collection Moneta n° 11, 256 p., 55 planches dessins, 4 planches.
G. Depeyrot, Le numéraire mérovingien, l'âge de l'or, III, Les ateliers centraux, Wetteren, 1998, Collection Moneta n° 13, 271 p., 67 planches dessins, 4 planches
G. Depeyrot, Le numéraire mérovingien, l'âge de l'or, IV, Les ateliers méridionaux, Wetteren, 1998, Collection Moneta n° 14, 211 p., 31 planches dessins, 3 planches.
G. Depeyrot, Le numéraire mérovingien, l'âge du denier, Wetteren, 2001, Collection Moneta n° 22, 194 p., 30 planches dessins, 7 planches.
Georges Depeyrot, avril 2007
Auguste de Belfort, Description générale des monnaies mérovingiennes, Paris, 1892-1895
En réalité, nous ne possédons que très peu de renseignements sur la vie et l'œuvre d'Auguste de Belfort. Au moins trois périodes peuvent être distinguées dans son cursus. La première est celle du collectionneur de monnaies romaines, la seconde est celle de l'administratif de la Société française de numismatique et la dernière est celle du spécialiste de monnaies mérovingiennes.
Auguste de Belfort naquit le 26 novembre 1824 au château de Sery, près de Crépy-en-Valois. Il entra comme certains autres numismates de la seconde moitié du dix-neuvième siècle au service de l'Empire. Conseiller de préfecture à Mâcon, il devint sous-préfet à Mauriac, puis à Châteaudun.
Après avoir servi l'administration, il la quitta et s'installa à Paris où il se consacra à ses affaires. En 1869, il devint membre titulaire de la Société Française de Numismatique et s'occupa de la trésorerie. Il abandonna ce poste pour assurer la direction de l'Annuaire de la Société française de numismatique.
Ces quelques mentions suffisent à souligner l'homme de l'ombre, travailleur peu habitué aux publications et contestations. Cette discrétion suffit aussi à comprendre à quel point la surprise de la sortie de la description générale fut grande.
Toutes les grandes publications du dix-neuvième siècle, qu'elles fussent consacrées aux émissions romaines, féodales, royales, etc., reposaient sur la collection d'informations pour partie provenant des fonds des grandes collections privées, pour partie des fonds des grands marchands de monnaies de la place ou des autres villes et, enfin, sur les collections publiques nationales, régionales ou autres. Dans ces cas précis, il n'était pas illusoire de penser que la conjugaison de ces diverses sources permettait de constituer un maillage assez étroit pour que le travail qui en résulterait soit assez proche de l'exhaustivité. En réalité, pour ces monnayages, la standardisation des émissions alliée à des productions importantes permettait de rencontrer en plusieurs endroits divers exemplaires de monnaies du même type. Il suffit de penser aux grandes séries romaines ou aux grandes frappes féodales pour en être convaincu.
Un tel concept ne saurait s'appliquer à la numismatique mérovingienne. Ici, au contraire, ne se rencontre aucune grande émission, aucun type connu par des centaines voire des milliers d'exemplaires. La numismatique mérovingienne est celle des types rares, des hapax. Un rapide coup d'oeil sur les catalogues et les inventaires suffit à se convaincre que les émissions mérovingiennes ne sont guère connues que par un ou deux exemplaires (très rarement plus) relevant exactement du même type. Dès lors, tout projet de catalogue, toute publication, les rapports entre les chercheurs, découlaient largement de l'importance de la collection (de monnaies, de dessins, etc.) qu'il était possible de rassembler. Alors que l'idée de limiter le nombre de publications d'études consacrées aux monnaies romaines, ou féodales, ne pouvait être qu'un pur fantasme en raison de la fréquence des découvertes, du nombre des collections, une telle vision n'était pas du tout inadaptée aux émissions monétaires mérovingiennes.
Il convient donc de bien garder en mémoire ce fait pour comprendre comment en l'espace de seulement 4 années (1892-1895), les chercheurs ont été capables de publier simultanément les 2 ouvrages de base qui ne représentent pas moins de 6 forts volumes, publications dont l'existence même traduit tout ce que peut contenir un microcosme en matière de concurrence et de rancoeur qui durent être d'autant plus fortes que s'opposaient en réalité un projet privé tournant autour d'une collection privée (A. De Belfort) et un projet public réalisé par des fonctionnaires (M. Prou). La sortie des deux ouvrages n'était donc que la traduction de l'opposition entre les deux conceptions qui avait marqué le milieu du dix-neuvième siècle.
Durant le second Empire, Napoléon III, pour des raisons tant idéologiques (nationalisme) que politiques (centralisme) avait ouvert toute une série de chantiers archéologiques destinés tant à servir à l'écriture de ses ouvrages historiques (César) qu'à mettre une certaine idée de l'histoire au service de la propagande impériale. Si les historiens de la Restauration avaient trouvé les justificatifs de la royauté dans l'histoire de la France monarchique, ceux de l'Empire trouvaient dans les fouilles archéologiques et les vestiges gaulois et césariens, les bases idéologiques du régime impérial (sur l'histoire monarchique, voir mes introductions à Cohen et Poey d'Avant). Alors que la Restauration avait mis l'histoire au service du roi, l'Empire mit l'archéologie au service de l'empereur. C'était la caractéristique d'un régime récent qui devait rechercher sa justification dans des périodes différentes de la royauté ou de la République (on retrouve le même attrait pour l'archéologie sous Pétain).
Dans le domaine de l'étude de la monnaie pré-romaine, les conceptions impériales ne recevaient qu'un écho faible. En dehors des séries monétaires découvertes sur les sites, l'étude des monnaies gauloises se heurtait à une absence de typologie, d'inscription, tous éléments facilitant le classement des espèces et qui restaient indispensables au numismate du dix-neuvième siècle. Néanmoins, les médiévistes trouvaient dans le centralisme napoléonien une occasion d'asseoir plus fermement la prédominance de la grande collection nationale installée dans les locaux de la Bibliothèque Nationale rénovée et agrandie par Napoléon III. Ce fut principalement dans le domaine de la numismatique nationale que la volonté centraliste fut la plus exacerbée.
Un arrêté du 15 novembre 1860 du Ministre de l'instruction publique ordonna la concentration à la Bibliothèque Nationale de toutes les collections de monnaies, dessins, etc., conservées dans les bibliothèques nationales parisiennes (Mazarine, Arsenal, Sainte-Geneviève, Sorbonne). Par exemple la bibliothèque de l'Arsenal versa le 30 mai 1860 un ensemble de 11.787 monnaies dont certaines mérovingiennes mentionnées dans le catalogue de Prou. Peu après en mars 1861, un autre décret ordonna le transfert partiel des collections de la Monnaie de Paris. Après plusieurs mois de polémique, ce furent 2.708 monnaies qui furent prélevées sur les collections de la Monnaie dont de très nombreuses monnaies mérovingiennes (Darnis, J.-M., 1987, "Historique du médaillier de la Monnaie de Paris", Revue belge de numismatique, p. 179-192).
Cette stratégie fut poursuivie par une politique d'achats de collections. Le plus important des achats fut celui de la collection Ponton D'Amécourt en 1889. En échange de 180.000 francs, entra au Cabinet des Médailles un ensemble de 1.131 monnaies mérovingiennes (Revue numismatique, 1889; Revue belge de numismatique, 1890, p. 142). Quelque temps après, la collection de Morel-Fatio, (10 août 1887) principalement des deniers mérovingiens rejoignit la collection nationale (Revue numismatique, 1891, p. 87).
Ainsi dès 1890, avait été concentré dans les collections du Cabinet des Médailles le plus vaste ensemble de monnaies mérovingiennes.
Quelles étaient les grandes orientations de la recherche dans ces années ? Si l'étude des émissions monétaires romaines ou médiévales ou plus récentes s'est très rapidement engagée vers l'établissement des corpus typologiques aussi complets que possible, celle de la monnaie mérovingienne se heurta assez vite à la multiplicité des types monétaires, presque tous uniques.
La numismatique mérovingienne n'était donc occupée que par la recherche des types monétaires, classés par ateliers, par région géographique, par monétaire. Elle peut être comprise comme le type même de l'application des techniques de la classification, telle que Foucault le décrit (Foucault, M., 1966, Les mots et les choses, une archéologie des sciences humaines, Paris, p. 137-176).
Lors de la publication d'autres travaux, consacrés aux monnaies carolingiennes (Depeyrot, G., 1993, Le numéraire carolingien, corpus des monnaies, Paris) ou féodales (Poey d'Avant, F., 1858-1862, Monnaies féodales de France, nouvelle édition avec introduction et compléments par G. Depeyrot, Paris, 1995), il nous avait paru bon d'insister sur les biais méthodologiques qui avaient faussé les approches des historiens et numismates. Pour les monnayages carolingiens, l'influence des royalistes contribua à élaborer une chronologie particulière des frappes et à construire la notion des types immobilisés. Pour les monnayages féodaux, outre cette notion d'immobilisation, se lisent les échos de la lutte entre les rois de France et les seigneurs, telle que l'histoire royale ou républicaine la décrivait au dix-neuvième siècle, tandis que les premiers économistes avaient décidé de nier toute importance aux émissions monétaires antérieures à la découverte des métaux du Nouveau Monde. Cette utilisation des vestiges anciens (monnaies, textes, etc.) au bénéfice d'un discours politique contemporain représentait les ultimes traces d'un archaïsme intellectuel hérité du dix-huitième siècle qui assignait à l'historien le devoir de construire un discours évolutionniste marqué par le lent progrès de la France sous l'égide des rois.
Bien que cette évolution débuta chronologiquement avec les "rois de la première race", l'abondance des types, des ateliers, des marques, des monétaires ne permettait nullement de mettre en évidence la moindre régularité que l'historien peut être amené à souligner. Sans régularité, répétition ou tradition, l'historien ne peut mettre en évidence de rupture, de nouveauté ou de faits marquants qui pourraient étayer ses théories d'un progrès marqué d'étapes. Au cours du dix-neuvième siècle, aucun travail ne permettait de déterminer des séries ou des groupes (sauf les imitations de types byzantins), entre l'apparition des monnaies à nom de monétaire et l'apparition des deniers d'argent. Aucune régularité, aucune fréquence ni séquence dans les frappes se dégageant, il était impossible de montrer les étapes d'une évolution (sur la méthode, Foucault, M., 1969, L'archéologie du savoir, Paris, p. 184-194).
La recherche se focalisa donc sur la question du cadre administratif des frappes, conçue et analysée autour de la question des monétaires (ou de l'Église), et principalement, sur celle de leur rôle administratif. L'un et/ou l'autre représentaient les relais d'une administration romaine du Bas-Empire qui aurait pu transmettre à la France un schéma d'organisation administrative.
Cette question des monétaires était liée à celle de la survie de l'administration romaine dans les cadres politiques royaux du Haut Moyen Age et par voie de conséquence de la continuité d'une administration qui aurait perduré de Constantin à Charlemagne et plus (mis à part les féodaux). Une telle continuité renvoyait aux fantasmes des fondements de la royauté qui aurait été la continuation d'un Empire romain transférant ses pouvoirs (à Clovis) et son administration aux rois. C'était la partie fantasmatique de la recherche menée par les royalistes. Dès 1836, F. De Saulcy (royaliste bien connu) publiait une étude sur la fonction des monétaires (De Saulcy, F., 1836, "Recherches sur les fonctions des monétaires de la première race des rois de France", Revue numismatique, p. 90-98).
L'établissement d'un corpus des monétaires relevait d'une autre démarche, bien que très liée à la précédente, le monétaire étant toujours perçu comme un rouage administratif. La question n'est plus de savoir ce qu'il représentait, mais celle, après avoir constaté le fait de son existence, de dresser un inventaire une sorte de Bottin administratif. Cette tendance à la stricte érudition traversa tout le dix-neuvième siècle débutant avec les grands inventaires de Cartier et se poursuivant jusqu'à l'extrême fin du siècle avec la publication d'A. De Barthélémy pour ne citer que les grandes études nationales (Cartier, E., 1840, "Catalogue des légendes des monnaies mérovingiennes suivant l'ordre alphabétique des noms des monétaires", Revue numismatique, p. 214-242; De Longpérier, A., 1841, "Liste des ateliers monétaires mérovingiens", Annuaire de la société de l'histoire de France; Conbrouse, G., 1843, Monétaires des rois mérovingiens, recueil de 920 monnaies en 62 planches, avec leur explication, Paris; De Barthélémy, A., 1852, Manuel complet de numismatique du Moyen Age et moderne, Paris; De Barthélémy, A., 1891, Numismatique de la France, première partie, Epoques gauloise, gallo-romaine et mérovingienne, Instructions adressées par le comité des travaux historiques et scientifiques aux correspondants du Ministère de l'instruction publique et des Beaux Arts, Paris).
La publication des deux ouvrages de Prou et d'A. De Belfort marqua un terme à ces dérives. Les chercheurs abandonnèrent les spéculations sur les listes de monétaires et sur leurs fonctions. Certes quelques auteurs parfois émérites s'attachent à de telles idées et trouvent encore quelque intérêt à ces recherches. A. Dieudonné a réussi à consacrer 30 pages aux monétaires (Dieudonné, A., 1942, "Les monétaires mérovingiens", BEC, p. 20-50), mais il est vrai qu'il écrivait en 1942 ! La dernière liste de monétaires par lieu de frappe fut semble-t-il publiée par Engel (Engel, A., Serrure, R., 1891-1905, Traité de numismatique du Moyen Age, Paris), mais consiste essentiellement en la reprise de la liste d'A. De Bathélémy avec quelques modifications marginales, principalement les nouveaux monétaires identifiés par M. Prou qui furent ajoutés en annexe dans le premier tome.
Ainsi, vers les années 1890, s'était constituée une vaste collection à la Bibliothèque nationale, point de départ des recherches. D'autre part, la publication dans les mêmes années (1891) des deux grandes listes de monétaires par A. De Barthélémy (voir plus haut) ainsi que par Engel et Serrure marquait le terme d'un genre de recherche qui était désormais dans une impasse. Le simple fait qu'Engel et Serrure ait recopié presque intégralement la liste d'A. De Barthélémy le montre.
Cette marginalisation des recherches consacrées aux monétaires, accompagnait les nouvelles tendances de l'étude des monnayages anciens: l'édification des corpus. Après la crise des publications dans les années 1870, crise faisant suite à la guerre et à la Commune, les années 1880-1890 furent celles de la réédition des ouvrages fondamentaux et des corpus de base. Le rappel des principaux travaux suffit à en montrer l'importance et la vigueur:
- Monnaies romaines: seconde édition de Cohen à partir de 1880; monnaies de la République romaine par Babelon dès 1885
- Monnaies gauloises: Muret et Chabouillet en 1889, Atlas de La Tour en 1892
- monnaies médiévales: Carolingiennes de Prou en 1894
- Monnaies féodales: Caron dès 1882, complétant le Poey d'Avant de 1858-1862
- Monnaies royales: Hoffmann, dès 1878; recueil des documents de F. De Saulcy dès 1879
Tous ces ouvrages étaient conçus comme des inventaires de monnaies (ou textes) et s'inscrivaient dans le cadre des publications érudites du dix-neuvième siècle. Il était logique de penser qu'un ou plusieurs ouvrages allaient voir le jour sur les émissions mérovingiennes, puisque tous les aspects des émissions nationales étaient couverts par des travaux de synthèse.
En fait, l'achat de la collection Ponton D'Amécourt en 1889 fut le point de départ du projet de la Bibliothèque Nationale. Ainsi la revue numismatique de 1889 mentionne l'achat des 1.131 monnaies mérovingiennes de Ponton D'Amécourt et signale que "M. Prou a été chargé par M. Chabouillet de rédiger le catalogue de notre série mérovingienne ainsi complété et ce catalogue sera publié dans un avenir qui n'est pas éloigné". Donc, dès 1889, au plus tard, le projet d'une publication des monnaies de la Bibliothèque nationale était lancé. On peut supposer qu'il le fut plus tôt, si l'on admet que les monnaies de la collection Ponton ont été acquises pour compléter un ensemble plutôt réduit: les 1.131 monnaies de Ponton représentent 40 % de la collection nationale de 1892.
Si la Bibliothèque Nationale avait acquis la collection de monnaies, Ponton D'Amécourt n'avait cédé ni sa bibliothèque ni ses archives. Or, Ponton avait passé une bonne partie de sa vie à collecter des informations, des dessins, des notes sur les découvertes de monnaies mérovingiennes. En 1889 deux ensembles existaient donc, d'un côté les monnaies concentrées à la Bibliothèque, de l'autre les archives et les notes chez A. De Belfort. Tout pouvait opposer les deux hommes. Prou, chartiste, ambitieux avait mis la main sur les séries mérovingiennes et carolingiennes qu'il allait publier. A. De Belfort était un collectionneur. Il avait vendu sa collection de monnaies romaines (principalement impériales) les 20-25 février 1888 (vente Hoffmann; Revue belge de numismatique, 1888, p. 491). Les deux hommes aux profils si différents s'affrontèrent rapidement et ce qui pouvait être l'occasion d'une fructueuse collaboration devint une course à la publication. Si M. Prou et A. De Belfort avaient collaboré, ils auraient certainement conjugué rigueur et exhaustivité et donné une publication exceptionnelle.
L'annonce du projet de publication des monnaies dont la collection Ponton par Prou, contribua certainement à la prise de décision d'A. De Belfort. Dès 1890, il publia dans l'Annuaire de la société française de numismatique et d'archéologie (p. 346 suivante), un premier texte annonçant le projet (Il dirigeait l'Annuaire, ce qui dut faciliter la chose). Il n'est pas inutile de citer son texte qui permet de mieux comprendre l'évolution des projets. Il commence par critiquer fortement le manque d'intérêt pour les monnaies mérovingiennes, puis dresser une série de récrimination à l'encontre de la dispersion de la collection Ponton; enfin, il annonce la sortie prochaine de son ouvrage.
"Parmi toutes les séries qui forment l'ensemble de notre numismatique nationale, il en est une, fort négligée jusqu'ici, et qui cependant est peut-être la plus intéressante de toutes: c'est la série mérovingienne.... Le délaissement de l'étude des monnaies mérovingiennes tient à des causes diverses... M. Ponton D'Amécourt avait formé le projet, malheureusement resté sans suite, de composer un livre qu'il aurait intitulé: description générale des monnaies mérovingiennes par ordre alphabétique des ateliers. Pour arriver à ce résultat, il entassait notes sur notes, et, avec une compétence bien reconnue, il en eût tiré un excellent parti, si une mort prématurée n'était venue l'enlever à notre affection. Ces précieuses notes eussent probablement été à tout jamais perdues, lorsqu'un jour j'eus l'heureuse inspiration d'en demander communication à M. D'Amécourt fils. Non seulement ma démarche reçut le plus gracieux accueil, mais en me remettant le manuscrit, ou plutôt les manuscrits, car ils représentent plus de dix volumes, H. Henri D'Amécourt a bien voulu m'autoriser à en publier ce qui me paraissait digne d'intérêt...
L'examen de la collection de M. D'Amécourt m'a présenté de très sérieuses difficultés. Lorsque j'ai commencé mon travail, des pourparlers étaient entamés pour sa vente. Plus tard, la portion acquise par l'Etat a été séparée du surplus et il en est résulté une perturbation telle qu'il était très difficile de reconnaître les pièces qui n'occupaient plus leur ordre primitif. Cet examen a été très rapide et malheureusement le temps m'a manqué pour relever, avant la vente publique, un certain nombre de dessins et poids que j'aurais été heureux de joindre à l'appui de mes descriptions. La vente faite, il a fallu forcément y renoncer."
Il ressort de ces quelques lignes qu'il y avait bien deux projets concurrents. Celui de M. Prou qui travaillait sur les monnaies mérovingiennes depuis 1886 (à en croire la Revue numismatique, 1931) et celui d'A. De Belfort qui collaborait avec Ponton D'Amécourt. En outre, Auguste De Belfort laissait clairement entendre qu'il n'avait pu vérifier les monnaies acquises par la Bibliothèque Nationale, preuve d'une absence de collaboration scientifique.
Le premier volume d'A. De Belfort sortit en 1892. La revue belge de numismatique lui consacra (pages 336-337) une note signalétique de 21 lignes. C'est la revue numismatique qui lui accorda le compte-rendu le plus long et le plus détaillé, pas moins d'une centaine de lignes. Ce texte est une véritable volée de bois vert. Il n'est pas sans intérêt de l'analyser, tant les arguments relèvent des poncifs les plus extrêmes.
Ce n'est pas un spécialiste: "M. De Belfort a courageusement entrepris de mettre de l'ordre dans ces matériaux; je dis courageusement, parce que ses goûts personnels l'avaient dirigé plutôt vers la numismatique romaine, et que, pour l'époque franque, il dut se préparer à la hâte jusqu'au moment d'imprimer. Je tenais à faire cette réserve parce qu'elle explique naturellement certaines faiblesses, difficiles à éviter toutes, pour un numismate qui, dès longtemps, aurait consacré ses recherches aux monnaies mérovingiennes."
C'est un ouvrage pour marchands: "L'ordre alphabético-géographique est certainement le plus commode pour les collectionneurs et pour les marchands; mais il n'est pas scientifique"
Les identifications sont contestables: "L'auteur est sobre d'identifications; pour trouver le nom moderne caché sous une forme ancienne il faut des connaissances philologiques complètes... Aujourd'hui, il faut être philologue..."
Le travail de Belfort est faible "Les notes de M. D'Amécourt lui ont été utiles, et j'estime qu'il agira sagement en négligeant, autant que possible, les conjectures souvent hardies de notre regretté confrère, qui avait été séduit par les hypothèses par trop fantaisistes de Charles Lenormant"
Ce genre de critique avait déjà largement été employé pour les travaux de Poey d'Avant (voir notre introduction), en particulier celle du plan. Arrivent alors les questions des erreurs de détails. A. De Barthélémy en dresse la liste, puis mélange le relevé des erreurs manifestes (monnaies en double, erreurs de numéros), avec des divergences d'attribution qualifiant d'erreurs celles (mêmes étayées d'A. De Belfort). On ne peut que rester surpris que des personnes, au demeurant lettrées se laissent aller à des commentaires d'une telle indigence intellectuelle et consacrent autant de lignes à des considérations qui n'ont aucun rapport avec l'ouvrage qu'ils ont à examiner. Il y a fort à parier que la vanité des conservateurs qui n'ont pu conserver la maîtrise des papiers de Ponton D'Amécourt a dû générer ce fiel. Il suffit pour s'en convaincre de parcourir le tome suivant de la revue numismatique (1893) pour rencontrer le compte-rendu de l'ouvrage de M. Prou. Celui-ci ne fait pas moins de 318 lignes hagiographiques où l'auteur évoque toutes les circonstances de la rédaction de ce catalogue, commente longuement la table des matières, débat un peu sur quelques ateliers et conclut rapidement. Les rédacteurs de la revue numismatique avaient choisi un conservateur du Cabinet des Médailles pour assassiner A. De Belfort, mais avaient eu l'hypocrisie de rechercher un extérieur pour encenser le livre de M. Prou.
Les autres tomes de la publication sortirent dans une discrétion totale. Le second tome reçu un accueil très discret: 18 lignes dans la Revue Belge de Numismatique (1893, p. 108) qui consacra encore 24 lignes au tome 3 (1893, p. 378), 14 lignes au tome 4 (1894, p. 546) et 14 lignes au tome 5 (1895, p. 448). La revue numismatique oublia le tome 3, et se contenta d'un lapidaire "Le tome III de la Description générale des monnaies mérovingiennes, par M. A. De Belfort, vient de paraître" (1893, p. 116). La Revue Suisse de Numismatique ne mentionna pas la publication.
Par contre, en 1895 (p. 276) la Revue Suisse, donna un compte-rendu de l'ouvrage de Prou dans lequel le rédacteur nota: "Ce qui est moins louable, c'est le dédain dans lequel (Prou) semble tenir les savants français qui, avant lui, ont essayé de pénétrer le système monétaire des Francs. Le plus méritant, parmi eux, Thomas, de Rouen, affirma et prouva le premier en 1854, que le sou de la loi salique était en or. M. Prou ne cite ce savant qu'à propos d'une trouvaille monétaire et pour le critiquer. Quant aux Allemands, il semble avoir à coeur de n'en oublier aucun; s'il en avait agi de même à l'égard de ses compatriotes, sa bibliographie ne laisserait rien à désirer". Un tel compte-rendu se passe de commentaires.
A. De Belfort décéda à 82 ans le 12 juin 1907. Son décès passa inaperçu dans la Revue Suisse de Numismatique et dans la Revue Belge de Numismatique. Il eut droit à une belle notice nécrologique (76 lignes) dans la revue numismatique (1907, p. 422-424). Le rédacteur loua la description générale, "un grand ouvrage en cinq volumes, qui est un véritable répertoire, d'une grande utilité pour les personnes qui s'occupent de la numismatique de cette période". Comme l'hypocrisie est bien cultivée dans certaines revues, l'auteur poursuivit en mentionnant "Cet ouvrage a, du reste, été apprécié à sa juste valeur dans les revues françaises et étrangères". En 1907, A. De Barthélémy, l'auteur du compte-rendu assassin de 1892 était mort depuis 3 ans !
Dans l'introduction de la réédition de l'ouvrage de F. Poey d'Avant, Monnaies féodales de France (première édition 1858-1862), j'avais insisté sur l'évolution du nombre des études, en suivant le nombre des publications des trésors médiévaux, tels qu'inventoriés par J. Duplessy. Cette évolution mettait en évidence une augmentation du nombre des études tout au long du dix-neuvième siècle, puis un phénomène de repli régulier et continu tout au long du vingtième siècle. Une telle étude du nombre de publications de trésors est bien entendu impensable pour les trouvailles de monnaies mérovingiennes. Les trésors sont rares et la majorité d'entre eux ont été découverts et publiés dès le dix-neuvième siècle. J'en ai donné une courte liste des principales découvertes dans l'introduction de la réédition de l'ouvrage de M. Prou, 1892, Catalogue des monnaies françaises de la Bibliothèque Nationale, Les monnaies mérovingiennes, nouvelle édition avec introduction et compléments par G. Depeyrot, Nîmes, 1995.
L'étude porte donc sur l'ensemble des publications consacrées aux émissions monétaires mérovingiennes.
Ce simple inventaire fait apparaître une courbe présentant de très nombreuses similitudes avec celle obtenue lors de l'examen des espèces médiévales.
Le premier grand groupe de publications appartient à la période 1830-1900. Cette séquence chronologique est bien connue par les historiographes. En 1836 naquit la Revue Numismatique, d'abord revue indépendante, puis associée à la Société Française de Numismatique. C'est elle qui assura la publication des études des divers chercheurs. Son rôle crut tout au long du siècle. Largement investie et dirigée par des royalistes, des nobles ou des rentiers fascinés par les émissions royales, elle consacra une très large partie de sa surface rédactionnelle à l'inventaire des émissions mérovingiennes, généralement désignée d'émissions des rois de la première race ! La décennie 1860, période de richesse française et de faste du second empire marque le premier summum de la production scientifique. Elle fut suivie par la chute des années 1870, largement liée aux troubles de la guerre, à la Commune de Paris, et surtout à l'arrêt de la publication de la Revue Numismatique. Comme on peut, sans grande imagination s'en douter, les études consacrées à la numismatique mérovingienne n'étaient que très rarement proposées aux revues étrangères.

Le dernier quart du siècle fut marqué par une reprise des publications largement facilitée par la renaissance de la Revue Numismatique, mais aussi par l'émergence de nouveaux périodiques tels que la Gazette Numismatique Française, et par l'Annuaire de la Société Française de Numismatique et d'archéologie. Cette multiplication des lieux, ne produisit pas plus de débats et publications que pour les études de numismatique féodales, médiévales ou royales. Faute de numismates, les études cessaient.
On aurait cependant tort de limiter l'explication à des phénomènes aussi mécaniques et simplistes. La fin du dix-neuvième siècle s'est caractérisée par la publication de très grands ouvrages de numismatique qui restèrent des travaux de référence durant tout le début du vingtième siècle au moins. En numismatique romaine, la deuxième édition de Cohen avait été publiée dès 1880. La numismatique féodale restait sur le travail de Poey d'Avant publié en 1858-1862. L'étude des émissions royales avait marqué un pas avec la publication de l'ouvrage d'Hoffmann en 1878 (Voir à ce sujet l'introduction de Ch. Charlet, 1996, Monnaies des rois de France, de Louis XIII à Louis XVI, 1640-1793, Paris). La numismatique mérovingienne n'échappa pas à la tendance. Deux grands travaux marquèrent les dernières années du siècle, la publication de l'ouvrage de Belfort, ici présenté, et celle concomitante de celui de Prou (Prou, M., 1892, Catalogue des monnaies françaises de la Bibliothèque Nationale, Les monnaies mérovingiennes, nouvelle édition avec introduction et compléments par G. Depeyrot, p. 1-44, Nîmes, 1995) qui faisant appel à la photographie pour la première fois.
Ces deux ouvrages eurent pour conséquence de stériliser en quelque sorte la recherche en numismatique mérovingienne. Entièrement publiée, la collection de la Bibliothèque Nationale, ne faisait l'objet que d'études complémentaires liées aux nouvelles acquisitions ou d'études rectificatives, lorsqu'une attribution était contestée. D'un autre côté, la masse impressionnante d'informations données par A. De Belfort dans ces 5 volumes était telle que la probabilité de découvrir un nouvel exemplaire était relativement faible, du moins dans les années qui ont suivi la publication des 2 ouvrages.
Enfin, dès les années 1900, ce furent les nouveaux champs de recherche qui attirèrent les numismates, les corpus étant souvent délaissés au profit de manuels dits ou présentés comme des synthèses. Avec la guerre de 1914-1918 et plus généralement au cours de la décennie 1910, les publications atteignirent leur étiage. Cette situation de pénurie et de faiblesse fut aussi celle de l'entre deux guerres. Le volume global des publications fut alors très restreint. La Revue Numismatique fit alors disparaître sa rubrique consacrée à la numismatique mérovingienne, qui fut fondue dans un vaste ensemble comprenant la totalité des études médiévales.
Le renouveau des années 1930 fut largement lié à la personnalité de Pierre Le Gentilhomme. Chartiste, il se consacra largement aux émissions du Bas-Empire, et de l'époque médiévale. Ses publications étaient nombreuses et laissaient entrevoir un complet renouvellement de la numismatique mérovingienne. En même temps, A. Dieudonné préparait une nouvelle édition de son Traité de numismatique. Bref, tout laissait penser que les années 1930 et 1940 seraient celles du renouveau. On sait ce qu'il advint de cet espoir. La guerre de 1939-1945 mobilisa les énergies et retint Pierre Le Gentilhomme en Allemagne. Le 4 août 1945, A. Dieudonné fut tué par un véhicule devant la Bibliothèque Nationale, laissant en cours de correction un jeu d'épreuves de la seconde édition du Manuel. Les archives et les manuscrits de Dieudonné passèrent alors à Pierre Le Gentilhomme qui fut chargé de mener les travaux à leur terme, ce qui fut rapidement fait. En mai 1947, Pierre Le Gentilhomme sollicita du CNRS une subvention pour le compte de l'éditeur Picard afin d'achever l'impression du Manuel. Compromis, à son insu, dans une affaire de dilapidation des collections nationales, Pierre Le Gentilhomme se donna la mort le 16 juin 1947. Jean Mazard et Max Le Roy contribuèrent au règlement de cette affaire, en particulier en transmettant les manuscrits et les études en cours et dès août 1947, Jean Babelon sollicita à nouveau du CNRS des crédits pour la deuxième édition du Manuel, signalant que Jean Lafaurie avait accepté de mener à son terme le projet d'édition. Cette seconde édition du Manuel ne vit jamais le jour. Les épreuves en sont encore conservées au Cabinet des Médailles (je remercie M. Henrichs de m'avoir communiqué ces documents).
Avec Jean Lafaurie, la numismatique mérovingienne connut un nouvel essor. Elève de Pierre Le Gentilhomme, il inscrivit ses premiers travaux dans la suite directe de ceux de son prédécesseur, sur la trouvaille de Bordeaux (1803) publiée en 1936 par Le Gentilhomme et analysée à nouveau en 1952 par J. Lafaurie, reprenant ainsi les manuscrits de son regretté collègue. La modification des conditions de travail après la guerre facilita la multiplication des publications. Alors qu'aucune découverte majeure de trésor n'avait lieu durant ces années, le nombre des publications ne cessa de croître. Dès 1946, le Bulletin de la société française de numismatique, adopta un rythme mensuel, permettant l'impression de nombreux courts articles ou de notules. Dès 1964, la création des Cahiers numismatiques augmenta cette possibilité. Enfin, durant toute la période 1940-1970, se multiplièrent les revues nationales, régionales ou locales consacrées partiellement ou entièrement à l'archéologie, dans lesquelles furent acceptées quelques publications consacrées à la numismatique mérovingienne. Enfin, le développement du régionalisme ouvrit un nouveau marché aux publications locales. Dans tous les cas, rien n'était plus adapté aux nouvelles caractéristiques de l'édition que la numismatique mérovingienne. Les notules se multiplièrent dans les petits bulletins, certains chercheurs les multipliant à délice. Les études régionales absorbèrent des synthèses locales, trop souvent des compilations des travaux d'A. De Belfort et de M. Prou. L'augmentation du nombre des publications que nous constatons donc sur notre graphique ne saurait donc se comparer à celle du dix-neuvième siècle. Les courts articles sont légion et leurs apports scientifiques sont réduits.
Cette abondance des publications sur la numismatique mérovingienne correspondait aussi à la mode pour la micro-histoire, bien que, la numismatique ait évité toute adaptation aux études de longue durée qui se développèrent après la publication du programme critique promu en France par le durkheimien François Simiand: refus de l'objet unique, de l'événement, du ponctuel au profit du répétitif de la variation et surtout des régularités observables (la régularité observable s'opposant à la progression par étapes envisagée plus haut). Ce principe contribua très fortement à la naissance de l'histoire sociale française et à celle de l'école des Annales, mais englués dans une masse considérable de monnaies presque toutes uniques selon les critères de la taxinomie numismatique, les numismates ne surent et ne voulurent envisager aucune recherche de longue durée. Plus les numismates remontaient dans le temps vers les premières dynasties royales, plus le rendement idéologique de leurs travaux devenait marginal. Dès le dix-neuvième siècle, les études locales devinrent de plus en plus nombreuses et cette évolution se développa encore davantage après la seconde moitié du vingtième siècle, cause, mais aussi traduction de l'absence de concepts. La micro analyse se présentait chez les historiens comme une approche alternative réussissant guère à démontrer la valeur de la totalisation de ses constats locaux (Revel, J., 1996, Jeux d'échelles, la micro-analyse à l'expérience, Paris). A l'inverse, elle se développa en numismatique mérovingienne qui n'avait jamais connu d'histoire générale (et encore moins d'histoire globale !).
Cette agitation d'estrade ne saurait dissimuler la gravité de la crise de la numismatique mérovingienne. Alors que les ouvrages fondateurs (et fondamentaux) consacrés à la numismatique romaine (Cohen), féodale (Poey d'Avant), royale (Ciani) avaient fait l'objet de nouvelles publications souvent à l'initiative d'éditeurs étrangers (Graz, Forni, etc.) dès les années 1960, aucun des grands travaux sur la numismatique mérovingienne ne bénéficia de cet intérêt. M. Prou, A. Dieudonné, J. Lafaurie ce dernier en quittant le Cabinet des Médailles en 1974 laissèrent inachevé les suppléments à l'inventaire des monnaies mérovingiennes que personne ne songea à publier ou à continuer, pas plus qu'il n'avait réédité les grands classiques. De plus, l'étroitesse du marché et l'abondance des types ne laissaient pas la place à ces opuscules de cotations dont sont si friands les collectionneurs, ouvrages dont le rôle est souvent nocif mais qui peuvent parfois contribuer à entretenir un intérêt pour un domaine déterminé des collections. Bref, obscurantisme, absence d'initiative ou de dynamisme institutionnel, marché étroit, tout concourrait à freiner non seulement les rééditions, mais encore les recherches nouvelles. Mis à part la publication nouvelle du Catalogue des deniers mérovingiens de la trouvaille de Bais (Ille-et-Vilaine) rédigé par Maurice Prou et Etienne Bougenot précédé d'une introduction de J. Lafaurie en 1981, la majeure partie des travaux furent le fait des chercheurs étrangers, d'Alan Stahl (Stahl, A., 1982, The Merovingian Coinage of the Region of Metz, Louvain-la-Neuve) et de Ph. Grierson (Grierson, Ph., Blackburn, M., 1986, Medieval European Coinage, I, The Early Middle Ages (5th-10th centuries), Cambridge). Enfin, A. Stahl, dans le cadre du fonds Bourgey, redonna la globalité de l'illustration des monnaies mérovingiennes des catalogues Bourgey (Stahl, A., 1994, Mérovingiens et royaumes barbares, fonds Bourgey, Paris) et en 1995, je publiais à nouveau le catalogue de Prou (Prou, M., 1892, Catalogue des monnaies françaises de la Bibliothèque Nationale, Les monnaies mérovingiennes, nouvelle édition avec introduction et compléments par G. Depeyrot, Nîmes, 1995). Cette réédition des 5 volumes de l'ouvrage d'A. De Belfort relève de la même volonté de rendre disponibles les grands ouvrages de numismatique, comme je le fis pour Cohen, pour Poey d'Avant et Prou.
Il ne saurait être question de dresser une liste exhaustive des recherches en cours, voire même des problématiques sur les frappes monétaires mérovingiennes. Je me contenterai de renvoyer à l'introduction de la nouvelle édition de Prou, M., 1892, Les monnaies mérovingiennes, Catalogue des monnaies françaises de la Bibliothèque Nationale, Paris, que j'ai rédigée en 1995. De même de nombreux problèmes ont été abordés dans deux autres livres récents, en 1994 (G. Depeyrot, Richesse et société chez les Mérovingiens et Carolingiens, Paris) et en 1995 (G. Depeyrot, Histoire de la monnaie des origines au 18e siècle, I, Introduction, de l'antiquité au treizième siècle, Wetteren). Je me limiterai ici à la présentation des deux grands types de travaux qui devraient renouveler la recherche en numismatique mérovingienne.
L'étude des alliages ne faisait pas partie des recherches entreprises par les numismates du dix-neuvième siècle. Quelques études furent effectuées à la Monnaie de Paris, davantage pour établir des titres moyens des frappes mérovingiennes que pour établir les titres exacts des pièces soumises à étude. Les travaux concernant les émissions de la période ne furent entrepris qu'au cours de ces dernières décennies. Sans vouloir dresser une longue liste des publications, il convient de mentionner principalement l'étude de Merrick, Metcalf, 1969, publiée dans Archaeometry, 11, 1969, p. 61-65. Mais les listes les plus complètes d'analyses actuellement disponibles restent celles de Gordus, Oddy, Kent et alii, publiées à partir des années 1970 dans Methods of Chemical and Metallurgical Investigation of Ancient Coinage, a Symposium held by the Royal Numismatic Society at Burlington House, London, 9-11 december 1970, E.T. Hall, D.M. Metcalf, puis complétées en particulier par Stahl en 1992 (Stahl, Oddy, dans Sutton Hoo: fifty Years after, R. Farrell, C. N. De Vegvar, Oxford), puis par Grierson et Blackburn dans la publication des monnaies de Cambridge.
Tous ces travaux mettent en évidence de façon claire la dégradation des titres des monnaies, qu'il s'agisse des frappes de monnaies imitant les types byzantins ou qu'il s'agisse des frappes des rois ou monétaires mérovingiens. En l'état actuel, nous ne disposons pas encore des très nombreuses analyses qui permettraient de situer chronologiquement chaque émission au sein de l'évolution. Les analyses sont encore moins fréquentes pour les deniers d'argent. Quelques études ont été publiées par Lafaurie, en 1988 (Bulletin de la société française de numismatique), complétées par les travaux de Grierson et Blackburn dans la publication des monnaies de Cambridge.
Monnayages pseudo-impérial
(491-582) et des monétaires (582-689)
Type royal ou
imité
titre.
Anastase
491-518 94 (11 ex.)
Justin I
518-527 91 (1 ex.)
Justinien I
527-565 78 (6 ex.)
Justin II
565-578 83 (11 ex.)
Tibère Constantin
578-582 88 (1 ex.)
Maurice
582-602 94 (36 ex.)
Rois/monétaires
575-600
93 (17 ex.)
Phocas
602-610 97 (2 ex.)
Rois/monétaires
600-620
89 (8 ex.)
Rois/monétaires
620-640
61 (44 ex.)
Héraclius
610-641 84 (1 ex.)
Rois/monétaires
640-650
50 (13 ex.)
Rois/monétaires
660-675
26 (7 ex.)
Rois/monétaires
675-689
20 (1 ex.)
Les titres des émissions de
625-641
Roi
Titre.
Clotaire II
(584-625)
82,8 % (12 ex.)
Clotaire II (625-629,
Eloi) 81,2
% (5 ex.)
Dagobert I (629-639,
Eloi) 75,6
% (16 ex.)
Clovis II (639-641,
Eloi)
42,4 % (12 ex.)
Sigebert III (639-656,
Eloi) 44,5 %
(7 ex., Marseille)
Clovis II (641-657, sans
Eloi) 44,9 % (2
ex.)
Dagobert II
(656-...)
33,5 % (3 ex.)
Childebert (657
?-662)
33,6 % (4 ex.)
Childéric II
(662-675)
31,6 % (4 ex.)
L'étude de la diffusion des diverses espèces en est encore à ses débuts. La localisation des petits ateliers monétaires est rendue malaisée par la disparition de nombreuses localités ou la fréquence des similitudes dans les noms. Au cours du dix-neuvième siècle, comme nous l'avons vu, les recherches se sont principalement portées sur l'établissement des listes des monétaires de chaque atelier. Les mentions des lieux de trouvailles restent ponctuelles dans les ouvrages de classification, bien qu'ils soient le plus souvent signalés à l'appui des identifications proposées. Un premier inventaire de ces mentions fut publié par J. Lafaurie en 1961, dans Moneta e scambi nell'alto medioevo, VIII Settimane de studio del centro italiano di studi sull'alto medioevo, 21-27 avril 1960, Spolète, sorte d'index des lieux de trouvaille.
Plusieurs études régionales ont établi des listes similaires. Nous avons mentionné le plus fidèlement possible les occurrences que nous avons pu rencontrer, mais cette liste ne saurait être considérée que comme partielle.
La réédition des ouvrages anciens pose toujours la même question: est-ce utile ? Toutes les rééditions sont critiquables, et l'expérience montre que les critiques sont d'autant plus acerbes que l'ouvrage imprimé à nouveau est important et utile. En réalité même, elles sont directement fonction du caractère incontournable de l'ouvrage. Plus un ouvrage est important, plus il sert de référence, plus sa matière est importante, plus son ampleur l'amène à contenir d'inévitables fautes, plus les détracteurs se focalisent sur ces erreurs pour le dénigrer de façon d'autant plus virulente que nul travail - surtout le leur - n'est capable de le remplacer.
Cette critique dissimule la question de la nature des publications numismatiques en France, du moins celle de la conception que certains vendeurs de monnaies se font des ouvrages de numismatique. Depuis la fin des années 60 se sont développées des publications destinées à soutenir l'expansion du marché de la monnaie de collection. Ces ouvrages se caractérisent par l'introduction d'une série de détails typologiques ou de chiffres d'ateliers. Dans beaucoup de cas, les détails typologiques sont sans intérêt historique et dans d'autres les chiffres de frappe avancés ne présentent aucun rapport avec les monnaies encore susceptibles d'être disponibles pour les collectionneurs. Que des collectionneurs leur accordent le moindre intérêt au détriment de la connaissance du marché et des stocks réels. Mais il n'est pas admissible qu'au principe de la recherche du lucre, ils en adviennent à refuser de considérer l'intérêt des ouvrages anciens.
La pénurie de synthèses est en elle-même un obstacle à toute nouvelle recherche. Il n'entre pas dans mes intentions de rattraper ce retard dans tous les domaines, mais uniquement de permettre à chacun, en attendant que les conservateurs des collections publiques fassent leur travail de publication des collections, de cerner le plus rapidement possible les principales publications plus récentes que la description et permettre à chacun d'en tenir compte dans les futures recherches.
Comme il le fut précisé dans chaque édition, il m'est impossible de donner ici toutes les publications. N'entre pas dans nos champs d'investigation, les publications par trop locales, les ouvrages d'histoire non numismatique. Enfin dans de nombreux cas nous avons volontairement limité nos mentions afin de conserver à cette édition un coût abordable.
Comme les lecteurs le constateront aisément en lisant les quelques pages qui suivent, la bibliographie a été largement ventilée dans les chapitres spécifiques. La majorité des publications ne concernent des frappes spécifiques ou les frappes d'une région. Il est donc facile de les classer dans les paragraphes relatifs à ces régions ou ateliers.
Nous ne donnerons donc ici qu'une orientation bibliographique générale en insistant sur les outils bibliographiques qui sont susceptibles de faciliter les recherches et en donnant une liste de publications générales.
Les travaux numismatiques ont donné lieu à plusieurs ouvrages de bibliographie qui présentent nombre de publications. Il est donc indispensable de s'y référer avant toute recherche détaillée:
Lipsius, J. G., 1801, Bibliotheca numaria sive catalogus auctorum qui usque ad finem seculi XVIII de re monetaria aut nummis scripserunt, Leipzig
Leitzmann, 1867, Verzeichniss sämmtlicher in dem Zeitraume 1800 bis 1866 erschienenen Schriften über Münzkunde, Weissensee.
Engel, A., Serrure, R., 1887-1889, Répertoire des sources imprimées de la numismatique française, I, II, supplément, Paris.
Grierson, Ph., 1977, Les monnaies, Typologie des sources du Moyen Age occidental, Turnhout.
Grierson, Ph. 1979 Bibliographie numismatique, Bruxelles.
Clain-Sefanelli, E. E., 1985, Select Numismatic bibliography, Munich.
Carvalho, G., Kind, J.-Y., 1994, Bibliographie numismatique française, 1970-1994, Loray.
Les revues donnent souvent des informations précieuses. Lors des Journées numismatiques de la SFN sont réalisés des catalogues de collections locales. Ces inventaires présentent d'utiles renseignements. En matière de numismatique française, il convient d'avoir recours à quelques revues francophones.
Bulletin de la société française de numismatique, Paris.
Bulletin du cercle d'études numismatiques, Bruxelles.
Cahiers numismatiques, Paris.
Revue belge de numismatique, Bruxelles.
Revue numismatique, Paris.
A côté de ces ouvrages, existent plusieurs sources d'informations détaillées.
Numismatic Literature, vol 1, 1947-1949, recense le plus grand nombre de publications numismatiques à travers le monde. C'est le seul périodique de cette nature. Il paraît actuellement en deux livraisons par an, signalant livres, articles, comptes-rendus, etc.
Dictionary Catalogue of the Library of the American Numismatic Society, et ses supplements qui reproduisent le fichier de la bibliothèque de l'A.N.S. qui comprennent livres, catalogues de ventes, mais aussi les dépouillements des revues.
La bibliographie de l'histoire de France, publiée chaque année, fait mention de nombreuses publications, ouvrages ou articles. On peut consulter les bases bibliographiques du CNRS les divers Bulletins bibliographiques.
Les congrès internationaux sont souvent l'occasion de signaler quelques découvertes importantes. On peut consulter les actes eux-mêmes des congrès. Enfin à l'occasion des congrès internationaux ont été publiés des synthèses critiques des publications scientifiques. Ces études sont indispensables pour suivre l'évolution de la recherche.
Actes du 8e congrès international de Numismatique, New-York - Washington, septembre 1973, H. A. Cahn, G. Le Rider, Paris, 1976.
Actes du 9e congrès international de Numismatique, Berne, septembre 1979, T. Hackens, R. Weiller, Louvain, 1982.
Actes du 10ème congrès international de numismatique, Londres, septembre 1986, I.A. Carradice, Wetteren, 1989.
Actes du 11ème congrès international de numismatique, Bruxelles, septembre 1991, T. Hackens, G. Moucharte, Wetteren, 1993.
A survey of numismatic research, 1960-1965, Copenhague, 1967.
A survey of numismatic research, 1966-1971, New York, 1973.
A survey of numismatic research, 1972-1977, Berne, 1979.
A survey of numismatic research, 1978-1984, Londres, 1986.
A survey of numismatic research, 1985-1990, Bruxelles, 1991.
ASFN: Annuaire de la Société Française de Numismatique
BSNAF: Bulletin de la société nationale des antiquaires de France
B.: Bulletin
NC: Numismatic Chronicle
RBN: Revue belge de numismatique
BSFN: Bulletin de la société française de numismatique
R.: Revue
RN: Revue numismatique
RSN: Revue. suisse de numismatique
Soc.: Société
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