Georges Depeyrot, F. Poey d'Avant et les Monnaies féodales de France
En novembre 1995 paraissait une réédition des 3 volumes de l'ouvrage de F. Poey d'Avant et les Monnaies féodales de France par les soins de la Maison Florange. Cette réédition était précédée d'une assez longue introduction présentant l'auteur, l'œuvre et quelques compléments bibliographiques. C'est donc ce document que nous présentons.
Georges Depeyrot, avril 2007
Faustin Poey d'Avant, Monnaies féodales de France, Paris, 1858-1862
S'il est assez facile de suivre la vie et l'œuvre de certains numismates, en particulier ceux qui ont gravité autour du Cabinet des Médailles, celles des chercheurs provinciaux, isolés et souvent peu habitués aux cénacles parisiens sont plus malaisées à suivre. La vie de Poey d'Avant est restée très extérieure au monde des numismates. Provincial, il le resta avec ferveur et n'assista guère (ou pas) aux diverses manifestations publiques parisiennes (Bitton, A., 1889, "Jean-Augustin Poey d'Avant et son cabinet d'Antiquités", Annuaire de la société d'émulation de la Vendée, 36, p. 62-80. Robuchon, J., 1892, Paysages et monuments du Poitou, photographies, Tome X, Maillezais et Benet par E. Bourloton et R. Vallette. Pasquereau, P., 1993, Fontenay, une bien belle histoire, Luçon. Pérocheau, J., 1994, Dictionnaire historique des Vendéens célèbres, Le Poiré sur Vié. Fillon, B., De Rochebrune, O., 1861, Poitou et Vendée, études historiques et artistiques, Fontenay-le-Comte. Je dois nombre des informations aux services d'archives de la Vendée et à Madame Monique Trichereau, petite-fille d'Edgar Bourloton, acquéreur en 1872 de la maison de Faustin Poey d'Avant).
Son père, Jean-Augustin Poey d'Avant était originaire de Pau où il était né en 1736. Il était lui-même fils de Jean Poey d'Avant, négociant palois. Après quelques études chez les Jésuites, il devint bachelier en droit. Il rejoignit l'administration des Domaines et arriva en 1779 à Fontenay-le-Comte comme contrôleur des actes. Il y termina sa carrière comme receveur d'enregistrement. Il épousa en 1785 une demoiselle Verdier, originaire de Villeneuve d'Agen. Il mourut le 8 juin 1801.
C'était un naturaliste renommé et reconnu. Il entretenait correspondance avec Daubenton, Berthollet, Bernard de Jussieu, Lakanal et tout ce que le monde comptait de naturalistes, du Muséum ou d'ailleurs. Il joua un rôle important dans l'enseignement et la monde culturel local. Le 8 décembre 1794, il fut appelé à composer le jury d'instruction publique. Il fut aussi membre du jury de l'École centrale de la Vendée et se distingua pendant la Révolution par un rapport qu'il rédigea en tant que président de la société populaire sur les moyens d'organiser l'instruction publique.
Son cabinet personnel comprenait un ensemble de plantes, animaux, antiquités et monnaies. Il fut vendu en 1826 à M. Humbert, médecin à Morley (Meuse), puis partagé à la mort de ce dernier entre l'école de médecine de Nancy et le musée de Bar-le-Duc pour les antiquités. Le médaillier a été acheté par un bijoutier qui en fit un objet de spéculation.
Jean-Augustin Poey d'Avant eut 6 enfants:
* Augustin Félix, vérificateur des domaines mort à Thouars le 23 décembre 1830.
* Édouard Jérôme, mort très jeune.
* Pauline Victoire mariée le 3 septembre 1817 à J. Fillon, notaire à Nalliers, morte en 1837.
* Clémentine, morte le 12 juillet 1876, restée célibataire. On trouve dans la liste des collections étudiées par B. Fillon pour ses Études numismatiques (1856) celle de Faustin Poey d'Avant et celle de Clémentine Poey d'Avant. On retrouve dans la liste des collections citées dans les Monnaies féodales de France (1862) celle de Faustin Poey d'Avant receveur de l'enregistrement en retraite à Maillezais et celle de Clémentine Poey d'Avant de Fontenay. Elle publia quelques petits articles dont un conte La mouété de quene, Nantes, 1859 (réédité en 1981 sous le nom de Caroline Poey d'Avant).
* Victor Faustin Poey d'Avant, notre numismate.
* Cyprien Corneille Poey d'Avant, notaire à Maillezais, mort le 24 décembre 1881.
Il reste impossible de parler de Faustin Poey d'Avant en passant sous silence Benjamin Fillon.
Il naquit le 15 mars 1819 (Faustin Poey d'Avant avait 27 ans) à Grues en Vendée. Il était le fils de Pauline Poey d'Avant, sœur de Faustin et de J. Fillon notaire. Il s'installa à Fontenay pour ses premières études, puis à Poitiers pour finir ses études de droit où il obtint une licence en 1837. Il était sans doute parent du colonel L.-J. Fillon qui fut tué à la tête de ses troupes républicaines le 25 mai 1793.
Benjamin Fillon déménagea à Fontenay en 1824 où il fit davantage connaissance de Poey d'Avant et de sa famille. Après ses études de droit il devint juge-suppléant à Bourbon-Vendée et démissionna après le coup d'État du 2 décembre 1851. Ses positions anti-bonapartistes et républicaines lui firent proposer un poste de préfet de la Vendée le 5 décembre 1870, mais il refusa.
Il résida de 1864 à 1880 à Fontenay dans l'hôtel Poey d'Avant. Il avait épousé Clémentine une nièce de Faustin Poey d'Avant. Elle mourut le 16 juillet 1873 et il décéda le 23 mais 1881 à Saint-Cyr-en-Talmondais.
Ses principales publications numismatiques furent:
* Considérations historiques et artistiques sur les monnaies de France, Fontenay, 1850.
* Une collaboration à la Description des monnaies seigneuriales françaises composant la collection de M. Poey d'Avant, avec un essai de classification, Fontenay, 1853.
* Études numismatiques, Paris, 1856.
* Collection Jean Rousseau, monnaies féodales françaises, Paris, 1860.
* une courte oeuvre consacrée à Melle Clémentine Poey d'Avant, Fontenay, sans date.
Enfin, avec sa femme, il publia un ouvrage sur les antiquités de Nalliers: Benjamin et Clémentine Fillon, Nalliers, Fontenay le Comte, 1865 (extrait de Fillon, B., De Rochebrune, O., 1861, Poitou et Vendée, études historiques et artistiques, Fontenay-le-Comte). Elle peignait et une toile représentant une vieille femme a été reproduite dans Vendée et Poitou.
Après les décès de Faustin Poey d'Avant et de son épouse, les biens, en particulier l'abbaye de Maillezais furent vendus aux enchères par jugement du tribunal civil de Fontenay en date du 17 juillet 1872. Les héritiers étaient:
* Melle Clary Poey d'Avant habitant à Maillezais.
* Mme Aline Poey d'Avant, mariée à M. Henri Douillard juge de Paix à Saint-Fulgent.
* M. Tony Poey d'Avant demeurant à Maillezais.
* Melle Georgette Guérineau, demeurant à Niort.
* M. Maurice Guérineau juge suppléant près le tribunal civil d'instance de Niort.
* M. Jules Pouzet, docteur médecin, demeurant à l'Absie (Deux-Sèvres).
* M. Marcel Pouzet, étudiant en droit, demeurant à Paris.
* Monsieur Armand Robin, docteur médecin demeurant à Chaix.
* M. Félix Poey d'Avant, demeurant à Luçon.
Faustin Poey d'Avant est né le 14 mai 1792 à Fontenay en Vendée. C'était le cinquième enfant de Jean-Augustin.
Nous ne savons que peu de choses des études de Faustin Poey d'Avant. Il eut vraisemblablement quelque bagage juridique pour prendre la suite des activités de son père. En tous cas, il ne semble pas avoir effectué de grandes études en Histoire (si toutefois ce concept n'était pas anachronique), ce qui peut expliquer certaines erreurs de son catalogue. En tous cas c'était avant tout un érudit local et régional.
Il acquit au début du dix-neuvième siècle, l'abbaye de Maillezais. La matrice cadastrale de Maillezais datée des années 1830 le signale vers cette date comme propriétaire de l'abbaye. Ce bâtiment médiéval avait perdu en 1666 sa vocation monacale. L'abbaye fut vendue en 1790 au titre des biens nationaux à un spéculateur qui en 1836 la revendit à Faustin Poey d'Avant (sur l'abbaye Brochet, L., 1989, Histoire de Maillezais, Paris; Irastorza, J.-F., 1990, L'abbaye de Maillezais, La Guerche). En 1872, à la suite d'une décision de justice elle fut vendue aux enchères et achetée par Edgar Bourloton et est actuellement propriété de sa famille. C'est de cet endroit qu'il signa le 15 décembre 1858 le premier tome des Monnaies féodales de France. Il entama aussi un Inventaire des noms de lieux de la Vendée, travail qui fut repris et publié par A. Bitton.
Il occupa la même fonction que son père: receveur de l'enregistrement.
Il fut élu membre associé étranger (Revue belge de numismatique, 1858, page 327).
Il était marié, sans enfant. Sa femme pratiquait la peinture avec un talent très certain.
Il est mort le 14 juillet 1864 à Fontenay en Vendée et sa femme décéda en 1868. Son décès fut annoncé dans la Revue belge de numismatique, 1864, p. 489, la Revue numismatique, 1864, p. 322, et dans le Bulletin de numismatique, 1864, p. 196.
Nous avons insisté un peu plus haut sur le milieu familial au sens large du terme. Il n'est certainement pas sans influence sur les choix et les modes de vie de Faustin Poey d'Avant. Nous y reviendrons plus tard.
Son père avait quitté le milieu du négoce pour embrasser une carrière au service de l'administration publique dans laquelle il passa sa vie. Ses enfants le suivirent dans cette orientation. L'aîné devint vérificateur des domaines, Faustin finit sa carrière comme receveur de l'enregistrement, le petit dernier fut notaire. Benjamin Fillon, son neveu par alliance était formé au droit. Deux héritiers dont nous connaissons la profession étaient juge de Paix et juge suppléant, les autres médecins ou étudiant en droit.
Tous appartenaient à une frange aisée de la société. Ce point ne saurait nous étonner. La pratique de l'écriture, de la peinture et de la collection d'antiquités étaient des marqueurs sociologiques forts de la bourgeoisie du dix-neuvième siècle. Que ce soit un tel environnement culturel qui facilite l'émergence d'un numismate de haut niveau ne surprend pas. Deux points semblent toutefois nécessiter des remarques plus précises.
Le père de Faustin se mit, durant sa vie professionnelle, au service de la monarchie et termina sa carrière sous Napoléon Ier. Faustin naquit sous la monarchie constitutionnelle, connut la Révolution, deux Républiques, deux Empires, trois rois. Malgré ces péripéties politiques et constitutionnelles, sa vie administrative se déroula sans encombre. Les Poey d'Avant peuvent être considérés comme le type même de la famille de gestionnaires et d'administratifs de la fin de l'Ancien Régime se mettant et restant au service de l'État, constituant par là même l'ossature de l'administration gouvernementale d'un pays. Faustin Poey d'Avant était ainsi familiarisé en raison de son environnement familial et son contexte historique à l'idée d'une division entre les superstructures dirigeantes (rois, empereurs, présidents, etc.) susceptibles d'être interchangeables et la permanence des fonctions et des fonctionnaires. L'idée de la continuité de l'État aura son influence sur l'approche numismatique de Poey d'Avant: nous y reviendrons plus tard.
Nous savons que Jean-Augustin Poey d'Avant (père de Faustin) était un naturaliste renommé. Il entretint correspondance avec les principaux spécialistes des plantes, fleurs et animaux, allant même jusqu'à leur faire cadeau de ses études, inventaires et spécimens. Dans ses activités professionnelles, le contrôle des actes et l'enregistrement mettaient en valeur son goût de la précision et de la méticulosité. Il est évident qu'il transmit son goût de la précision à ses enfants: un vérificateur des domaines, l'autre receveur de l'enregistrement, le troisième notaire, voilà trois professions où l'ordre, la précision, l'aptitude à consigner les observations sont indispensables. Ce furent cependant Clémentine et Faustin qui héritèrent de son goût pour la taxinomie. Au fond, classer des plantes ou des monnaies relève des mêmes dispositions intellectuelles: observer, étudier, analyser, ordonner. Clémentine fut une collectionneuse de monnaies féodales. Faustin eut le destin que l'on connaît. La famille élargie continua certainement à cultiver les mêmes marques sociales. Le mariage de Benjamin Fillon (numismate de l'époque féodale) en est une belle démonstration, de même que la présence de deux juges et un étudiant en droit sur les 5 actifs héritiers de Faustin Poey d'Avant. Goût du légiste pour le détail, l'ordre et la classification, goût du numismate pour détail, l'ordre et la classification. Ce point explique en partie les choix numismatiques de Faustin Poey d'Avant, nous y reviendrons plus tard.
Au début du dix-neuvième siècle, les publications numismatiques consacrées aux séries féodales étaient rares et peu utiles. Pour la numismatique royale, on utilisait encore le vieux livre de F. Le Blanc (Traité historique des monnaies de France, Paris, 1690), complété par quelques études ou quelques catalogues de ventes. En manière de frappes féodales, seul était utilisé le travail de Duby (Traité des monnaies des barons, Paris) publié en 1790 qui présentait le grand inconvénient de lister les émissions par famille (au sens nobiliaire du terme) non par localité et surtout d'être particulièrement incomplet.
Le champ était donc particulièrement libre, mais certainement l'enjeu de lutte d'influences. La création en 1836 de la Revue numismatique ne dut pas être exempte d'arrière pensées, d'autant qu'au milieu du dix-neuvième siècle, de nombreuses études furent publiées comme celles de F. De Saulcy en 1841 (Recherches sur les monnaies des ducs héréditaires de Lorraine, Metz) et de Ph. Mantellier, (Notice sur la monnaie de Trévoux et de Dombes, Orléans) en 1844. Toutes ces études de la moitié du siècle (Poey d'Avant, Bigot, Longpérier, etc.) soulignent l'importance de la production scientifique du moment (voir plus bas l'étude des publications et de la documentation).
La publication de la Description des monnaies seigneuriales françaises et des Monnaies féodales de France intervint donc à la fois dans un contexte de pénurie de publications et à la fois dans un moment d'abondance: pénurie car aucune d'entre elles n'avait réussi à s'imposer comme le travail général de référence et abondance en raison de la multiplicité des études régionales.
Son premier travail numismatique fut la publication en 1853 de sa Description des monnaies seigneuriales françaises composant la collection de M. Poey d'Avant, avec un essai de classification, Fontenay, en un volume, couronné par une mention très honorable dans le concours des antiquités nationales de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Dans la livraison du 30 avril 1853, Adrien de Longpérier avait donné un long compte-rendu de cet ouvrage. Le plan de l'ouvrage fut le point central des critiques: "Nous ne lui ferons pas non plus une querelle à propos de l'ordre dans lequel il a rangé les seigneuries. Nous savons parfaitement combien il est difficile d'établir une classification méthodique tout à fait rigoureuse. Choisira-t-on l'ordre des provinces de la Gaule et des cités épiscopales ! On se trouvera parfois en désaccord avec les divisions politiques du temps de la troisième race. Groupera-t-on les monnaies suivant les analogies de types qu'elles présentent !... Le mieux peut-être serait de classer les monnaies en suivant le serment des officiers préposés à la fabrication".
Suit alors une grande diatribe sans objet "Nous regrettons que l'auteur se soit laissé abuser par un article de la Revue numismatique, au sujet des monnaies des rois danois...". Cette partie n'était qu'un règlement de compte entre Adrien de Longpérier et Émile Caron.
Quelque temps après, Anatole de Barthélémy consacra à ce travail un compte-rendu plutôt sévère dans la Revue numismatique: "L'ordre historique n'y existe pas". En un mot l'ouvrage se trouva condamné: "Je crois que toute personne qui voudra s'occuper de nos monnaies nationales risquera fort d'être incomplet s'il ne consulte pas l'ouvrage de notre confrère. Mais je doute fort qu'il y ait lieu de prendre comme système de classification l'ordre de matières qu'il a adopté" (Revue numismatique, 1853, p. 228-233). Le texte d'Anatole de Barthélémy ne fit en substance que paraphraser le jugement du maître, Adrien de Longpérier que l'on veut flagorner. Tous ces jugements nous apparaissent d'autant plus péremptoires que ni Longpérier ni Barthélémy n'ont publié d'ouvrage de typologie féodale pouvant rivaliser avec celui de Poey d'Avant !
Ce compte-rendu dut être sujet à débats puisqu'il fut suivi par une longue réponse rédigée par E. Caron. Ce dernier mit en évidence l'intérêt de la publication de Poey d'Avant et crut bon de revenir sur le point de polémique entre A. De Longpérier et lui qui fut développé dans l'Athenaeum français, où le recenseur avait critiqué Caron. En réalité, le ton, les références à des articles publiés en 1841 et 1853 soulignent la vivacité des oppositions entre les deux hommes, par Poey d'Avant interposé.
Ces querelles sur le plan de l'ouvrage ne peuvent abuser. Le conflit portait sur l'impossible autorité qu'Adrien de Longpérier n'avait pu exercer sur l'œuvre de Poey d'Avant. Adopter le plan suggéré par De Longpérier ou le refuser, c'était admettre de reconnaître son leadership en numismatique féodale. Poey d'Avant l'avait refusé. Il le refusa également dans ses monnaies féodales de France.
Quelques années plus tard, on signala dans la Revue numismatique (1853, p. 412), la vente de la collection de Poey d'Avant, et on annonça la préparation de la suite: "M. Poey d'Avant, qui rassemble les matériaux d'un supplément à sa Description des monnaies seigneuriales françaises s'est déterminé à mettre en vente sa première collection... Le but de M. Poey d'Avant est de propager l'étude de la numismatique française en répandant dans tous les cabinets les richesses qu'il avait recueillies, et de pouvoir en acquérir de nouvelles pour réunir tous les documents nécessaires à un traité complet sur la matière, remplaçant celui de Duby, devenu tout à fait insuffisant". On sait ce que devint ce supplément: les Monnaies féodales.
Enfin, cette même Revue numismatique 1853 annonça page 442 l'obtention par Poey d'Avant de cette mention très honorable dans le concours des antiquités nationales de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. En réalité, il n'eut que la cinquième mention très honorable. L'autre mention obtenue pour la numismatique fut décernée à M. A. Robert pour d'autres travaux.
Le 12 décembre 1853 débuta la vente de la collection. Elle rapporta 11.686 francs (francs-or), somme qu'il consacra "à sa nouvelle collection de monnaies seigneuriales, qu'il forme avec beaucoup de zèle, et qui sera peut-être un jour le sujet d'un supplément à son ouvrage" (Revue numismatique, 1854, p. 227-228).
Aucun de ses autres ouvrages ne fut alors présenté dans la Revue numismatique. La publication des Monnaies féodales, ne fut même pas mentionnée.
En 1855, il publia un Catalogue des monnaies françaises et étrangères composant la collection de M. Norblin.
Poey d'Avant publia en 1858, 1860 et 1862, les trois volumes des Monnaies féodales de France. Il a largement détaillé ses intentions et ses motivations dans deux textes, l'un publié en préface du premier volume et l'autre en postface du denier.
Tout plan reste sujet à critique, géographique, historique ou typologique, chacun d'entre eux ne peut satisfaire les tenants de l'autre choix. La question du plan évoquée par A. De Barthélémy à propos de la publication de la collection Poey d'Avant resurgit.
Poey d'Avant l'envisagea et se défendit a priori: "Quant au plan que j'ai choisi, il a besoin lui aussi de quelques explications. Je sais parfaitement que c'est là le côté vulnérable et que je dois m'attendre à être vivement critiqué. Je répondrai d'avance que, quelque parti que j'eusse pris, le résultat eût été le même. Chacun a son système et cherche à le faire prévaloir. Quand j'ai publié ma Description, les comptes-rendus, qui en ont été faits dans les divers recueils, ont montré combien peu on était d'accord sur cette grave question du plan. Les uns proposaient l'ordre alphabétique, qui est certainement le plus simple, mais qui n'est guère scientifique; sans compter qu'il a le grave inconvénient d'éloigner les unes des autres les monnaies du même type, tandis qu'il y a toujours intérêt à les rapprocher. D'autres auraient voulu que, prenant la féodalité à son début, je l'eusse suivie pas à pas dans chaque province... En dernière analyse, je me suis décidé à adopter la marche que j'avais déjà suivie dans mon premier ouvrage, tout en la modifiant de manière à la rendre plus accessible" (p. ix-x).
En 1882, en publiant son ouvrage, E. Caron ne put éviter le problème (Caron, E., 1882, Monnaies féodales françaises, Paris). Dans sa longue introduction, il rendit hommage à son vieil ami Poey d'Avant en ces termes: "Œuvre d'un simple collectionneur élaborée en province loin des grands centres de la science par un amateur passionné pour la numismatique, mais étranger aux diverses connaissances qui en complètent l'étude, ce traité a été diversement apprécié par les savants... Les uns ont reproché à Poey d'Avant ses incursions sur le domaine de la numismatique royale. Bien souvent, il déclare lui-même qu'il ne publie et ne fait graver une monnaie que comme un prototype et uniquement pour faire apprécier les progrès de la dégénérescence de ce qu'on a appelé l'immobilisation des types... On a critiqué sa classification sans en proposer une meilleure. En réalité, elle est préférable à celle de Duby, qui divise les monnaies en ecclésiastiques et laïques et procède ensuite par ordre alphabétique. La classification de Poey d'Avant est plus scientifique. Elle rapproche en définitive les provinces qui ont monnayé au même type. Aussi est-elle adoptée partout: elle guide tous les amateurs; elle est la base de tous les catalogues".
En 1884, ce débat resurgit donc encore à propos de la publication de l'ouvrage d'Émile Caron. Robert Serrure dans une présentation de l'ouvrage sur les monnaies féodales déplorait que Poey d'Avant ait "embrassé dans un plan énorme, mais historiquement assez mal limité, toutes les monnaies battues par les seigneurs dont les terres forment aujourd'hui la France" (Serrure, R., 1884-1885, "Les travaux de M. E. Caron sur les monnaies féodales françaises, quelques pièces inédites ou peu connues", Bulletin de numismatique, p. 90 suivantes).
Poey d'Avant se proposa de faire l'étude des "monnaies nationales" et il manifeste une volonté d'exhaustivité: "J'ai fouillé la presque totalité des collections de France et même de l'étranger, où j'avais espoir de rencontrer des pièces nouvelles. Quelques amateurs m'ont conseillé de ne pas suivre mes anciens errements et de m'abstenir de faire connaître toutes les variétés de chaque monnaie. Voici les raisons qui m'ont empêché de me rendre à leur avis. D'abord j'ai voulu dresser un inventaire aussi complet que possible des monnaies féodales aujourd'hui connues" (p. vii).
Il refusa de se livrer à autre chose que le catalogage: "Je n'ai pas la prétention d'offrir aux numismates un livre de doctrine. Il est plusieurs points que j'ai été forcé de ne pas aborder. Écrivant loin des grands centres scientifiques, j'ai dû me borner au rôle de simple catalogueur" (p. viii).
Par la suite, Caron critiqua aussi une dérive de la recherche peut-être engendrée par la volonté de Poey d'Avant de cataloguer jusqu'aux infimes variétés, l'abus de la notion d'inédit: "Aussi, maintenant dès qu'une pièce porte une inversion de légende non mentionnée par Poey d'Avant, qu'une lettre est omise ou a changé de place, que le cantonnement de la croix est modifié du 1er au 2me, les catalogues s'empressent de la proclamer inédite et c'est là vraiment que la science n'a rien à gagner".
Cette volonté d'exhaustivité fut critiquée. Poey d'Avant en conçut certainement un ressentiment et il revint à deux reprises sur cette question.
Dans son introduction, il signale que "Les collections m'ont été ouvertes avec empressement; des documents précieux m'ont été généreusement communiqués; quelques amateurs ont même poussé le désintéressement plus loin, ils ont abandonné en ma faveur des projets de publications qu'ils avaient formés. Pourquoi faut-il qu'à côté de ces nobles procédés, j'aie à signaler quelques résistances inexplicables et heureusement très peu nombreuses. Sous des prétextes tous plus futiles les uns que les autres, j'ai éprouvé deux ou trois refus qui m'ont été fort sensibles. En vain ai-je fait valoir l'importance du but que je me proposais, l'intérêt tout national qui s'attachait à mon entreprise, rien n'a pu vaincre ces résistances obstinées. Je m'étais d'abord promis de signaler aux numismates ces amateurs récalcitrants et coupables du crime de lèse-science. Je préfère aujourd'hui m'en abstenir et abandonner ces déplorables collectionneurs aux remords de leur mauvaise action" (p. Xi). Il revint sur la question dans la postface du tome III, p. 444.
Poey d'Avant souhaitait pour que ses catalogues soient les plus exhaustifs possibles. On le lui a reproché lors de la sortie de sa description. Il reste à comprendre le cheminement qui lui a rendu nécessaire la consignation de toutes les variantes de toutes les frappes. Nous avons insisté en tête de chapitre sur l'importante de la tradition de la classification dans la famille Poey d'Avant. Le père passant sa vie à classer avec soin les végétaux et les animaux. Poey d'Avant a certainement été marqué par cette tradition. En bon naturaliste, Jean-Augustin inventorié chaque variété et sous-variété. Un classement ne pouvait dès lors qu'être aussi complet que possible pour Poey d'Avant. Classer plantes ou monnaies relevait donc des mêmes processus intellectuels.
Il n'est pas sans intérêt de regarder d'assez près la liste des collections citées pour juger du réseau social de Poey d'Avant. La liste est impressionnante: on y retrouve tous les grands collectionneurs français et étrangers (Anatole de Barthélémy, Deschamps de Pas, Feuardent, Benjamin Fillon, Hoffmann, De Jonghe, Mantelier, De Saulcy, G. Vallier). On trouve dans la liste des collections citées celle de Faustin Poey d'Avant receveur de l'enregistrement en retraite à Maillezais et celle de Clémentine Poey d'Avant de Fontenay. On y remarque la quasi-totalité des collections publiques françaises et étrangères (Barcelone, British Museum, Copenhague, Paris, Saint-Pétersbourg, Madrid, La Haye, Stockholm). Cette longue liste montre, de façon évidente, que Poey d'Avant avait visité ou entretenu des relations scientifiques avec presque tous les collectionneurs et tous les cabinets du monde. Il annonça pour le début de l'année 1863 un supplément à son œuvre. Ce document ne verra jamais le jour.
De même qu'il avait largement considéré comme féodales des émissions carolingiennes, Poey d'Avant a intégré dans son travail des émissions monétaires postérieures à l'époque médiévale. Il s'agit des dernières émissions de seigneurs importants qui possédaient un vaste patrimoine territorial au sein duquel figuraient des terres encore autonomes sinon réellement indépendantes vis-à-vis du roi de France. Le plus souvent, ces terres étaient situées à la limite du royaume de France et de l'Empire: principautés ardennaises et lorraines, principautés de Montbéliard et de Dombes. Mais certaines de ces terres étaient parfois enclavées: Avignon et le Comtat Venaissin, principautés d'Orange et de Boisbelle-Henrichemont. Tous les monnayages afférents à ces terres relèvent de l'époque des Temps Modernes (seizième-dix-huitième siècles).
L'insuffisance des connaissances historiques de Poey d'Avant (handicap auquel Duby avait échappé) l'empêcha de comprendre la nature spécifique de ces monnayages. Pour Avignon et Orange, la fabrication monétaire aux seizième siècle et dix-septième siècle n'est pas seulement la suite d'une fabrication commencée au Moyen Age: elle obéit désormais à des caractéristiques différentes que l'on retrouve dans les autres principautés. Dans ces dernières, le monnayage débute au seizième siècle, voire même au dix-septième siècle. Il n'est pas une survivance féodale comme certains ont pu le penser à la lecture des erreurs de Poey d'Avant et de certains de ses prédécesseurs, mais un monnayage original moderne. Concurrent de celui du roi ou de l'empereur, fondé le plus souvent sur l'imitation des espèces de ces derniers et généralement organisé et développé contre la volonté de ceux-ci, il est l'expression de la puissance de quelques grandes familles. Celles-ci, généralement françaises et étrangères à la fois, n'hésitèrent pas à abuser de leur rang et de leur proximité avec le souverain pour prendre quelques libertés avec le monopole monétaire de ce dernier et à battre monnaie, dans un but d'enrichissement personnel, lorsque des circonstances favorables s'offrirent à elles. L'absolutisme de Louis XIV, développé après la Fronde, mit fin à ces monnayages insolites.
L'incompréhension de Poey d'Avant à l'égard de ces monnayages, explique la grande faiblesse des chapitres qu'il leur a consacrés, confondant souvent les Maisons avec les hôtels monétaires. Incapable de distinguer entre les titres et les possessions, l'essentiel de l'accessoire, Poey d'Avant a fourni un travail qui est entièrement à revoir en ce qui concerne ces monnayages. Dès le dix-neuvième siècle, A. De Longpérier au sujet des Dombes, Engel pour Château-Regnault, Bretagne pour Château-Regnault et Charleville, H. Boyer pour Boisbelle-Henrichemont, notamment, se sont efforcés de mettre de l'ordre dans la confusion introduite par Poey d'Avant vis-à-vis de Duby qui, écrivant encore sous l'Ancien Régime, avait su au moins proposer une présentation correcte par Famille. Au vingtième siècle, B; De Jonghe et H. Descharmes pour les Ardennes, Chr. Bindner et J. Ebner puis J.-M. Debard pour Montbéliard, Muntoni puis Berman pour Avignon et le Comtat Venaissin, H. Van der Wiel, Chr. et J.-L. Charlet pour Orange ont poursuivi cet effort. Le Traité de numismatique moderne et contemporaine (1897) d'Engel et Serrure et surtout le petit catalogue illustré de R. Serrure (sans date, établi vers 1895) apportent néanmoins de précieux correctifs à Poey d'Avant. Mais l'ampleur de ceux qui restent à réaliser est telle qu'un autre ouvrage, consacré aux monnayages seigneuriaux de la France des Temps Modernes, s'avère indispensable. Chr. Charlet avec A. Tissière pour les Ardennes, F. Arbez pour les Dombes et Henrichemont, J.-L. Charlet pour Orange et Avignon, l'ont entrepris. Une première tranche a été publiée en 1992 concernant la principauté de Sedan, une autre est en cours concernant les principautés de Charleville (Arches) et de Château-Regnault, ainsi que, par ailleurs, la principauté de Monaco dont le monnayage ancien (1640-1735) relève des mêmes caractéristiques: Poey d'Avant l'avait oubliée, bien que Duby l'ait étudiée.
Les émissions seigneuriales des Temps Modernes sont l'œuvre des Maisons (familles) suivantes:
* A Charleville (Arches), les Gonzague-Nevers, ducs de Nevers et de Rethel;
* A Château-Regnault, les Lorraine-Guise dont le dernier représentant devient, par mariage, princesse de Bourbon-Conty;
* A Sedan, les La Mark puis les La Tour d'Auvergne qui portent le titre de ducs de Bouillon sans posséder le duché;
* A Bouillon, les La Tour d'Auvergne qui reçoivent le duché en 1678 après avoir cédé Sedan la France;
* A Cugnon (seigneurie oubliée par Poey d'Avant), les Löwenstein-Wertheim-Rochefort;
* A Phalsbourg et Lixheim, les Lorraine-Vaudémont;
* A Fenestrange (principauté oubliée par Poey d'Avant), les Croy;
* A Gorze (abbaye autonome oubliée par Poey d'Avant), les Lorraine-Rémoncourt;
* A Montbéliard, les Wurtemberg;
* A Trévoux (Dombes), les Bourbon-Montpensier puis Bourbon-Orléans;
* A Orange, les Nassau;
* A Boisbelle-Henrichemont, les Sully;
* En Avignon, les légats pontificaux;
* A Monaco, les Grimaldi.
Poey d'Avant, suivi par Boudeau, a rattaché toutes ces émissions à des provinces. Elles doivent en être distinguées car les terres concernées ne faisaient pas encore partie de provinces françaises au moment où ces émissions furent effectuées.
Les Monnaies féodales sont illustrées par 163 planches réalisées par Dardel, représentant quelque 3.453 monnaies. C'est là la plus vaste tentative pour illustrer un corpus monétaire. Pratiquement une monnaie sur deux est représentée dans les planches.
Cette importance de l'illustration reste un modèle du genre. Les principaux travaux qui suivirent ceux de Cohen, de Gariel tentèrent de l'égaler, mais ne purent présenter autant de gravures. Ce ne fut qu'avec le développement des techniques photographiques que les illustrations allaient se développer. La mécanisation de l'illustration permit sa banalisation (voir les ouvrages de Prou, etc.). La seconde édition du Cohen resta une exception face à la vulgarisation de l'illustration photographique. Cette question du passage de la gravure à la photo a été parfaitement étudiée par Hollard, D., 1991, "L'illustration numismatique au XIXe siècle", Revue numismatique, p. 7-42.
A l'occasion d'études antérieures, nous avions mis en évidence les présupposés historiographiques des chercheurs numismates qui s'étaient penchés sur la question des émissions monétaires carolingiennes (Depeyrot, G., 1993, Le numéraire carolingien, Paris; Cohen, H., Description des monnaies frappées sous l'Empire romain communément appelée médailles impériales, avec introduction et mise à jour de G. Depeyrot, Paris, 1995).
Fortement influencés par la nécessité de mettre en évidence un processus de maturation politique sous les diverses dynasties royales, ces chercheurs avaient une vision déterministe et progressiste de l'histoire: les siècles avaient contribué à faire naître une nation, un État catholique et royaliste. Dès le retour de Louis XVIII, la Charte constitutionnelle de 1814 restaurait le roi au nom d'une tradition historique clairement affirmée dans le préambule: "Les communes ont dû leur affranchissement à Louis le Gros, la confirmation et l'extension de leurs droits à Saint Louis et à Philippe le Bel; que l'ordre juridique a été établi et développé par les lois de Louis XI, de Henri II et de Charles IX; enfin que Louis XIV a réglé presque toutes les parties de l'administration publique par différentes ordonnances dont rien encore n'avait surpassé la sagesse... En cherchant ainsi à renouer la chaîne des temps, que de funestes écarts avaient interrompue, nous avons effacé de notre souvenir, comme nous voudrions qu'on pût les effacer de l'histoire, tous les maux qui ont affligé la patrie durant notre absence". Les historiens formés à la nouvelle École des Chartes furent invités à légitimer par leurs travaux la royauté comme mode naturel de gouvernement en France, et comme voie naturelle du progrès (O. Dumoulin, 1992, "Histoire et historiens de droite", Histoire des droites en France, 2, Culture, J.-F. Sirinelli éd., Paris, p. 350 & 361).
Dès lors qu'il lui était implicitement assigné un tel rôle, l'étude de la frappe monétaire ne pouvait que rentrer dans une vision téléologique de l'histoire. De Longpérier, De Barthélémy, Gariel, Prou, furent d'excellents représentants d'une telle conception. En gros, ce fut la conception des chercheurs français du dix-neuvième siècle. Elle leur fit refuser l'idée de la pénurie monétaire du dixième siècle et ignorer les autres régressions comme celle du quinzième siècle. Dans cette optique, les frappes féodales, ne peuvent être considérées que comme le résultat de l'usurpation des droits régaliens. Le développement de la monarchie s'étant caractérisé principalement par la limitation des droits monétaires des féodaux, puis par la lutte contre ces seigneurs dont les terres étaient progressivement incorporées au domaine royal. La vision normale de la monnaie féodale relevait de cette opposition: monnaie royale versus monnaie féodale.
Or, il suffit de feuilleter les Monnaies féodales de Poey d'Avant pour constater que ce schéma de lecture ne convient absolument pas. Poey d'Avant mélangea allègrement les émissions carolingiennes (parfois même en annexant des ateliers n'ayant frappé que sous les Carolingiens), les émissions royales, (principalement celles de Philippe Ier (1060-1108) et de Louis VI (1108-137) mais pas exclusivement (voir par exemple le comté de Chalons), les émissions des rois d'Espagne (à Besançon et dans les ateliers voisins, dans les ateliers pyrénéens comme le Roussillon, la Navarre, le Béarn, etc.), mais aussi en évitant certaines séries royales étrangères qu'il aurait dû ou plutôt pu intégrer. Cette impression de fouillis dut certainement être celle que ressentirent les chercheurs plus impliqués dans les grands courants historiographiques: ils ne trouvaient pas là matière à alimenter leur vision de l'évolution des frappes. Dans les travaux et les manuels ultérieurs cette confusion fut souvent notée, et les divers auteurs tels que Engel et Serrure, Blanchet et Dieudonné, tout en reprenant les classifications de Poey d'Avant durent renoncer à le suivre dans certaines considérations sur des émissions et des ateliers qui n'avaient que très peu de rapports avec les féodaux. Poey d'Avant justifia ses choix en signalant l'importance des immobilisations carolingiennes, telles que signalées par Lelewel et Lecointre Dupont (page iii). Cependant une intégration aussi importante de monnaies royales dans un catalogue de monnaies féodales ne saurait s'expliquer par les monnaies carolingiennes immobilisées.
D'un autre côté, Poey d'Avant s'excusa de ne citer que très peu de documents monétaires "j'ai cité très peu de documents monétaires. Je ne l'ai fait que chaque fois que ces documents étaient nouveaux et que leur connaissance était indispensable pour appuyer des attributions qui, sans cela, eussent été discutables" (page viii). En réalité, la lecture attentive de ses trois tomes montre que les citations concernent principalement des concessions de droits monétaires, alors qu'un texte aussi important que l'ordonnance de 1315 n'est pratiquement jamais cité. Cependant, jamais choix n'est neutre. Ceux de Poey d'Avant étaient particulièrement méticuleux. S'il a donc intégré certaines séries carolingiennes ou certaines séries royales plus tardives, voire très modernes, c'est avant toutes choses parce qu'elles remplissaient un certain rôle dans sa conception des frappes féodales.
Faustin Poey d'Avant, nous l'avons vu, faisait partie de ces fonctionnaires qui contribuaient par leur activité à servir l'État quel que soit le régime en place. Il avait une perception des frappes médiévales largement liée à sa perception des événements politiques. Il y a donc de très fortes vraisemblances pour que Faustin Poey d'Avant ait imaginé un système d'ateliers monétaires frappant tantôt au nom du roi (par autorisation ou pas), tantôt sur l'initiative de l'autorité locale. Ces ateliers pouvaient ainsi passer au gré des circonstances politiques ou matrimoniales des mains du roi, à celles du comte, ou celles de l'évêque, etc., pour, in fine, revenir entre les mains du roi. Ainsi, nous pouvons expliquer que Poey d'Avant ait accordé davantage de place aux cessions de droits monétaires qu'aux autres documents monétaires. De même, Poey d'Avant pouvait avec de tels concepts intégrer dans ses frappes féodales des émissions royales qu'il estimait être les produits de l'activité des comtes. En somme, il faisait un parallélisme entre l'activité des monétaires médiévaux au service de plusieurs autorités et celle qui était la sienne de receveur de l'enregistrement au service des empereurs, rois et présidents.
Alors que les premières études de Poey d'Avant furent publiées localement, ses Monnaies féodales de France furent prises en charge par Camille Rollin. Poey d'Avant lui en fut reconnaissant "Je dois rendre particulièrement hommage à M. Camille Rollin. Si l'ouvrage que je présente aux suffrages des numismatistes leur offre quelqu'intérêt, ils le doivent à sa généreuse initiative. Sans son intervention, je n'eusse jamais songé à entreprendre un labeur aussi long et aussi pénible".
Il est vrai que Poey d'Avant s'était lancé dans une œuvre magistrale avec plus de 1.000 pages et 163 planches. Sans le soutien logistique de Rollin il n'aurait pu publier une telle œuvre.
Cette publication marquait la politique nouvelle des professionnels qui avaient réalisé que leur commerce ne pouvait se développer sans que les collectionneurs, parfois éloignés des centres de recherche, ne disposant pas de grande bibliothèque à proximité, ne puissent disposer d'ouvrages de la meilleure qualité inventoriant tous les types monétaires d'une certaine période.
Dans notre introduction de la nouvelle édition de la Description des monnaies de l'Empire romain d'Henry Cohen, nous avons eu l'occasion d'insister sur le rôle moteur des marchands professionnels de monnaies, qui, durant tout le dix-neuvième siècle, assurèrent la promotion des études numismatiques en publiant et en aidant financièrement les recherches et l'impression des grands corpus fondateurs de la numismatique française. Dès 1859, Rollin et Feuardent étaient devenus les éditeurs de la Revue Numismatique et le restèrent jusqu'en 1936. Les divers marchands de la place de Paris publiaient des revues ou bulletins qui contribuaient à l'expansion de la discipline. Ce fut le cas de Rollin, de Feuardent, de Serrure, de Florange, de Ciani qui donnèrent ouvrages, Bulletin de numismatique, Gazette numismatique, etc.
Les nombreux travaux d'Henry Cohen ont été publiés par Rollin et Feuardent, qui assurèrent la sortie de la description des monnaies de la République puis celle des deux éditions de la Description des monnaies de l'Empire romain.
Cette aide à la publication permit aux chercheurs du monde entier de disposer d'ouvrages du meilleur niveau analysant toute la matière disponible à un moment donné, relançant ainsi la recherche en mettant entre toutes les mains, une masse énorme de documentation, fruit d'années de synthèses érudites.
Sans ces quelques marchands, la numismatique française n'aurait pas connu la croissance qui fut la sienne au dix-neuvième siècle, d'autant que leurs collègues numismates fonctionnarisés se montrèrent avares en catalogues et corpus.
Caron ne put éluder la question qu'il avait abordée dans la publication de sa réponse au compte-rendu de la Revue numismatique. Il insista sur le rôle de ce travail: "Presque toutes les critiques, Poey d'Avant les avait entrevues et discutées d'avance dans sa préface; mais elles n'ont pas moins été reproduites très sévèrement lors de la publication de son livre et l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettes ne lui a même pas décerné la mention honorable qu'elle avait accordée à son catalogue. Que de mal n'a-t-on pas dit de cet ouvrage ? Et cependant il est dans toutes les mains".
Ces questions de plan à nouveau déjà soulevées dans la description, ne dissimulent, que des querelles de préséances. Poey d'Avant avait refusé un ordre qui eut davantage séduit Adrien de Longpérier. Ce dernier l'avait regretté dans son compte-rendu de la Description des monnaies... composant la collection de M. F. Poey d'Avant. Anatole de Barthélémy avait renchéri dans la Revue numismatique, s'attirant les foudres de Caron. Poey d'Avant avait persisté dans ses Monnaies féodales de France. La Revue numismatique de 1853 avait au moins ouvert un débat, Émile Caron répondant aux accusations d'Adrien de Longpérier et d'Anatole de Barthélémy. Celle de 1858 ne signala pas le premier tome des Monnaies féodales de France, préliminaire de ce qui allait devenir la base de toutes les recherches numismatiques. Elle fit de même avec le second tome de 1860, et de même avec le dernier tome de 1862. On peut s'interroger sur les causes d'une telle cécité intellectuelle et scientifique de la part de ceux qui auraient dû, en toute intelligence, saluer l'œuvre de leur collègue.
La nécrologie de Faustin Poey d'Avant, publiée dans la Revue numismatique de 1864 (p. 332), fut particulièrement brève et réduite, à la limite de la décence. On rappela ses quelques publications dans la Revue numismatique, et on mentionna sa Description des monnaies seigneuriales françaises composant la collection de M. Poey d'Avant comme étant son meilleur travail, ce qui en dit long sur l'estime que la direction de la Revue numismatique, portait à ses Monnaies féodales. Au même moment la Revue belge de numismatique, donnait en 1859 (pages 154-156) et en 1862 (pages 150-156) une analyse du travail de Poey d'Avant.
On peut logiquement se demander d'où venait tant de ressentiment à l'égard de Poey d'Avant. En 1856, Adrien de Longpérier était devenu directeur de la Revue numismatique. Il le resta jusqu'en 1877: un peu de pouvoir aux mains d'un vaniteux blessé facilite la rancune des esprits faibles.
Seul, le Bulletin numismatique (1864, p. 196), annonçait que Poey d'Avant avait l'intention de donner un supplément à ses Monnaies Féodales. H. Hoffmann terminait en écrivant: "on nous assure que ce travail sera cependant publié d'ici à peu de temps".
Cette attitude discriminatoire, nous l'avons retrouvée aussi à l'encontre de la publication de l'œuvre de Cohen (voir Cohen, H., Description des monnaies frappées sous l'Empire romain communément appelée médailles impériales, avec mise à jour de G. Depeyrot, Paris, 1995), mais aussi dans le Manuel de numismatique française (Blanchet, A., Dieudonné, A., 1936, Manuel de numismatique française, 4, Monnaies féodales françaises (A. Dieudonné), Paris) qui mentionnait le moins possible le travail d'Engel et Serrure (Engel, A., Serrure, R., 1897-1899, Traité de numismatique moderne et contemporaine, Paris).
Si l'œuvre en tant que telle avait été critiquée parfois à juste raison (comme sur le classement des émissions seigneuriales de l'époque moderne), il convient de cerner l'importance du travail de Poey d'Avant à la lumière des travaux qui firent suite.
Dès 1869, Adrien De Longpérier dans un long article publié dans la Revue numismatique ouvrit à nouveau la question du classement des émissions monétaires des Dombes. L'article fut une furieuse critique du travail de Poey d'Avant.
La guerre de 1870, la Commune et les troubles qui suivirent ralentirent l'ensemble des travaux numismatiques. La publication de la Revue numismatique fut suspendue une première fois en 1870, puis en 1877 (après l'impression de quelques fascicules entre 1874 et 1877). Elle ne reparut qu'en 1883. L'époque n'était guère propice aux ouvrages. En 1878 cependant, H. Hoffmann publia son livre Les monnaies royales de France, ouvrant la voie aux autres nouvelles publications comme celles de Engel, Serrure, Lehr, Blanchet, Schlumberger, etc.
La publication du Boudeau marque le terme de cette vague de recherche (Boudeau, E., 1913, Monnaies françaises provinciales, Paris). Dès sa sortie Boudeau fut accusé d'avoir plagié les travaux de Serrure et de Feuardent. Une procédure s'en suivit mit en évidence la culpabilité de Boudeau. Le début de la première guerre mondiale balaya toutes ces affaires qui sombrèrent dans l'oubli. Les recherches d'après guerre se tournèrent principalement vers la numismatique royale et il faut attendre les années 60 pour voir renaître la numismatique féodale dans les publications scientifiques.
Ainsi, le travail de Poey d'Avant structura les recherches de la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Par son ampleur, il apparut comme un ouvrage inévitable et la base des travaux ultérieurs. Certes, cet ouvrage présentait dès sa publication de nombreuses erreurs ou lacunes, mais aucun des détracteurs et des auteurs suivants ne purent (ou ne voulurent) reprendre un tel sujet: il aurait fallu non pas compléter le travail, mais le refondre complètement.
Son unicité en fit jusqu'à ce jour un travail indispensable. C'est à ce titre qu'il fut souvent republié. Il le sera sans doute jusqu'à ce que de nouvelles publications prenant en considération l'ensemble des monnayages féodaux soient disponibles.
Nous avons insisté sur l'importante documentation réunie par Poey d'Avant. Il convient d'insister sur les conditions du développement de la recherche numismatique à l'époque où il écrivait. Pour décrire l'arrière plan intellectuel de Poey d'Avant, nous avons estimé qu'il convenait de reprendre les listes des publications des trésors de même que les effectifs des sociétés numismatiques. Il nous est impossible de cerner avec une quelconque efficacité le développement des collections monétaires. Les effectifs des sociétés numismatiques nationales soulignent le développement de cette activité au moins jusque dans les années 1880 où semble se dessiner un important tassement. Quoi qu'il en soit la période du milieu du dix-neuvième siècle semble avoir été marquée par un important développement des sociétés numismatiques (F. De Callataÿ, 1994, "L'évolution démographique de quelques grandes sociétés de numismatique", Revue belge de numismatique, p. 71-87).
Londres Bruxelles Paris
1850
161
1855
285
1860
109 91
1870
181 131
1880
234 175
1890
288 171
1899
97
S'il est difficile, faute de statistique, de suivre l'évolution numérique des sociétés savantes, nous pouvons nous livrer à quelque étude bibliométrique. A cet effet, les publications de trésors offrent une matière particulièrement intéressante. La publication d'un trésor est un événement ponctuel très facile à cerner chronologiquement: le récent inventaire de Jean Duplessy offre un corpus important et quasi exhaustif permettant toutes les études (Duplessy, J., 1985, Les trésors monétaires médiévaux et modernes découverts en France, Paris).
Nous avons estimé qu'il convenait de comparer les dates de publication des trésors médiévaux et celle des trésors antiques pour détecter d'éventuelles distorsions. Pour cela nous avons utilisé la documentation publiée dans la collection des TAF, ainsi que celle que nous avons publiée pour la région Midi-Pyrénées (TAF: Corpus des trésors monétaires antiques de la France, I: Poitou-Charente et Limousin, Paris, 1982; II: Nord, Pas-de-Calais, Paris, 1983; III: Pays de Loire, Paris, 1984; IV: Haute-Normandie, Paris, 1985; V/1: Rhône-Alpes, Paris, 1987; V/2: Rhône-Alpes, Paris, 1988; G. Depeyrot, Les monnaies antiques des départements des Hautes-Pyrénées, de la Haute-Garonne, du Tarn-et-Garonne et du Lot, Toulouse, 1985).
Période de publication trésors médiévaux et % du total trésors antiques et % du total
XVIe
siècle
2
XVIIe
siècle
5
XVIIIe
siècle
14 2 %
1780-1799
1 7 1
1800-1819
1 31 4
1820-1839 25 6
% 75 9
1840-1859 78
19 150 18
1860-1879 69
17 162 20
1880-1899 89
22 117 14
1900-1919 43
11 76 9
1920-1939 36
9 52 6
1940-1959 25
6 32 4
1960-1979 31
8 91 11
1980-1985 10
3 33 4
Total 408 100
% 847 100 %

Les pourcentages et le graphique font apparaître une très nette augmentation des publications de trésors médiévaux dans les années 1840-1899. La publication du Poey d'Avant s'est donc située au moment où les recherches se développaient et ou les méthodes avaient atteint un parfait niveau de qualité. La méthode de publication des trésors n'a que peu varié en elle-même (pesée des monnaies, lecture des légendes). En réalité, il semble que les progrès techniques réalisés ces dernières années (balances électroniques, développement de l'offset, etc.), n'aient pas eu pour conséquence de faciliter la publication des trésors.
Poey d'Avant bénéficiait donc d'une documentation assez sensiblement équivalente à la nôtre, puisque le nombre des trésors publiés n'augmenta pas, mais décrut peu après la publication de son ouvrage. C'est ce qui explique largement l'importance de l'œuvre de Poey d'Avant. Malgré le siècle et demi qui nous en sépare, la masse de monnaies que nous connaissons n'a pas augmenté spectaculairement. Seules des variétés ou des espèces ponctuellement découvertes ont permis de mieux comprendre la chronologie des émissions. De même le réexamen des anciennes découvertes, la prise en compte des documents d'archives, lorsqu'ils existent, éclairent d'une nouvelle façon des phénomènes notés mais parfois incompris ou même ignorés au dix-neuvième siècle.
Il apparaît clairement que les publications de monnaies antiques et médiévales répondaient à des tendances indépendantes des recherches finalisées. Nous ne relevons aucune relation entre les publications d'ouvrages ou de corpus et la fréquence des publications de trouvailles. Les publications des Poey d'Avant, Gariel, Cohen, Prou n'ont pas facilité la publication en grand nombre de nouvelles trouvailles. La chute du nombre des publications au vingtième siècle ne peut en aucun cas correspondre à une baisse du nombre des trouvailles de trésors, alors que se multiplièrent les travaux importants tant en ville (reconstructions et développement des villes) qu'à la campagne (généralisation des labours profonds, aménagement des campagnes avec électrification, eau courante, remembrement). La baisse de ce nombre dès le début du vingtième siècle, ne peut qu'être mise en relation avec plusieurs autres phénomènes, tels que la baisse du rôle des sociétés savantes. La baisse du nombre des publications traduit la disparition d'attitudes culturelles, au sein desquelles figurait une certaine culture historique, la connaissance du latin, conditions favorisant l'aptitude à la lecture des monnaies et l'intérêt pour ces sortes de vestiges. Nous pouvons, d'autre part, remarquer que le nombre de publications n'a presque pas augmenté dans l'après-guerre, alors que se développaient l'archéologie et les publications archéologiques, régionales ou locales. Bien au contraire, la numismatique n'a pas profité de cet essor de ces nouvelles disciplines pour sortir de ce ghetto.
Si Poey d'Avant n'a pas été démodé par une augmentation très importante des publications de monnaies et de trésors, il convenait aussi de vérifier si sa documentation n'a pas été biaisée par d'autres phénomènes que celui de la simple variation quantitative des publications. Nous avons donc cherché à vérifier si les publications des trésors n'ont pas subtilement introduit un vice qui aurait rendu hétérogène la documentation de base de Poey d'Avant.
Nous avons cherché à vérifier si les trésors médiévaux inventoriés par Jean Duplessy étaient d'une qualité homogène, c'est-à -dire si la qualité des publications des trésors restait la même sans varier en fonction de la date de publication ou en fonction de la date d'enfouissement de la trouvaille. Les 427 trésors médiévaux étudiés ont été notés sur une échelle de 1 à 8:
1: aucune information (trésor ?),
2: information de type littéraire (un millier de monnaies, quelques centaines, etc.),
3: description uniquement des principaux types,
4: description de quelques échantillons des monnaies,
5: description de moins de 25 % des monnaies du trésor,
6: description de plus de 25 % des monnaies du trésor,
7: description de plus de 50 % des monnaies du trésor,
8: description de plus de 75 % des monnaies du trésor. La part des monnaies décrites étant appréciée par rapport au nombre total estimé de la trouvaille. Nous pouvons considérer que seuls les trésors des classes 7 et 8 sont des trouvailles scientifiquement décrites. Sur les 427 trésors recensés par J. Duplessy, 235 appartiennent aux classes 6 et supérieures, 205 aux classes 7 et supérieure, et seulement 157 à la classe 8. Ainsi, un trésor sur deux a été correctement et presque complètement décrit. Des autres, nous ne disposons que de quelques informations.
Il convenait de découvrir les corrélations permettant d'infirmer ou de confirmer une augmentation ou une baisse de la qualité des publications en fonction de la date de publication ou en fonction de l'époque du trésor. La ventilation chronologique des trésors en consignant le degré de qualité de la publication ne met aucune variation chronologique significative. En gros, la part des monnaies décrites de façon précise dans chaque trésor n'augmente pas de façon très nette depuis 1840.
Date de publication nbre de publications nbre de pub.>classe 7 et %
1800-1819
1 0
1820-1839
25 7 28 %
1840-1859
78 34 43
1860-1879
69 41 60
1880-1899
89 40 45
1900-1919
43 21 48
1920-1939
36 14 40
1940-1959
25 19 76
1960-1979
31 15 48
1980-1985
10 7 70
Il ne semble donc pas qu'il y ait de relation entre la date de publication des trésors et la qualité des publications. Examinons ces mêmes données en fonction de la date d'enfouissement des trésors.
Date de publication nbre de publications nbre de pub.>classe 7 et %
Avant
900
70 51 73 %
900-1000
36 22 61
1000-1100
38 17 45
1100-1200
150 68 45
1200-1250
111 47 42.
Ainsi, les trésors les plus anciens, furent généralement bien publiés, alors que les trouvailles des onzième et douzième siècles furent négligées. Il est vrai que les trouvailles des neuvième et dixième siècles contiennent généralement moins de monnaies et sont souvent plus spectaculaires que les grands trésors de monnaies plus ou moins immobilisées des douzième et treizième siècles.

Ainsi, les trésors les plus anciens retinrent davantage l'attention que les trouvailles récentes, contenant souvent des monnaies immobilisées ou plus courantes. Cette simple constatation permet de mieux comprendre que les compléments les plus nombreux au catalogue de Poey d'Avant aient concerné des émissions des douzième et treizième siècles.
Une réédition de l'ouvrage de Faustin Poey d'Avant, Monnaies féodales de France, publié en 1858-1862 ne saurait être considérée comme la mise sur le marché d'un travail de recherche parfaitement fiable tant au point de vue de la chronologie que de la typologie.
L'importance des notes bibliographiques suffit à montrer de façon claire que les travaux nouveaux ont fondamentalement renouvelé les classifications et les datations des émissions monétaires. C'est le cas, en particulier, de l'ensemble des émissions de la fin du Moyen Age et du début de l'époque moderne, ainsi que de nombre de frappe de l'époque médiévale.
Cependant, Poey d'Avant reste, pour certaines émissions, le point de référence obligé, même si de nombreux ateliers ont bénéficié de nouveaux classements (Avignon, Marche d'Espagne, Montbéliard, Besançon, etc.).
Tant que les collections nationales resteront inédites, tant que les corpus des ateliers n'ont pas été revus et refaits, le Poey d'Avant restera le point de passage obligatoire de la numismatique féodale. C'est dans cette optique que cette édition complétée peut être d'une certaine aide, en attendant les publications scientifiques que nous attendons tous.
Aucun chercheur n'a lancé une réfection complète de l'œuvre de Poey d'Avant. Dès lors, cette édition complétée sera suivie par d'autres tirages. Nous serons reconnaissants à tous les véritables chercheurs qui nous signalerons les compléments, ajouts et corrections que nous incorporerons ultérieurement.
Pour cette étude, comme pour la partie antérieure, nous avons pris pour base l'inventaire des trésors réalisé par Jean Duplessy. Il nous permettra de mieux cerner l'évolution des phénomènes monétaires du neuvième au treizième siècle.
Pour cerner l'importance de la thésaurisation médiévale, nous pouvons examiner le nombre de trésors et celui des monnaies qui y sont conservées.
Nous avons réparti les trésors par quart de siècle en fonction de la date d'enfouissement autant que faire se pouvait. Ceux qu'il était impossible de dater de façon précise, ont été répartis par siècle.
Le nombre des trésors de monnaies d'argent par quart de siècle ou siècle
trésors datés par ¼ de s. trésors datés par s. Total
801-825
0
826-850 34
851-875 12
876-900 21
801-900
3 70
901-925 16
926-950 3
951-975 5
976-1000 5
901-1000
7 36
1001-1025 10
1026-1050 10
1051-1075 6
1076-1100 2
1001-1100
10 38
1101-1125 19
1126-1150 14
1151-1175 22
1176-1200 28
1101-1200
67 150
1201-1225 82
1225-1250 4
1201-1250
25 111
Le nombre de trésors de monnaies d'argent a augmenté de façon extrêmement rapide et massive. Le premier groupe de trésors, celui du neuvième siècle, correspond aux ensembles enfouis en relation avec les invasions et les luttes contre les Vikings. En période de paix, ou du moins de retour au calme, le nombre des enfouissements décrut et se stabilisa durant les dixième et onzième siècles. Par contre, ce nombre fut pratiquement multiplié par 5 durant le douzième siècle et cette progression se poursuivit durant le treizième siècle, autant que les chiffres de la première moitié du treizième siècle le laissent penser. Nous n'avons considéré que les trésors de monnaies d'argent. Ceux de monnaies d'or restent marginaux 4 ensembles pour le douzième siècle, 2 pour la première moitié du treizième siècle.
Il reste possible de mieux cerner la thésaurisation en examinant le nombre de monnaies collectées. Il est évident que la documentation ne peut que nous donner de faibles indications sur les masses de monnaies thésaurisées et même frappées. Cependant nous pouvons penser qu'existent entre le nombre de monnaies frappées et thésaurisées des rapports assez étroits pour permettre de dégager des tendances générales.

Un rapide examen du nombre de monnaies collectées dans les trésors inventoriés montre la parfaite correspondance entre l'augmentation du nombre des trésors et celle du nombre des monnaies découvertes dans ces trésors. Notre base n'est donc pas faussée par quelque grosse trouvaille. Dans le courant du douzième siècle, puis au treizième siècle, la croissance des frappes a eu comme conséquence non seulement la croissance du nombre de trésors mais encore celle du nombre de monnaies impliquées dans la thésaurisation. Nous pouvons en déduire qu'il y avait corrélation entre l'augmentation du nombre de monnaies et celle du nombre des trésors. Il y eut donc une généralisation de la monnaie après 1100, banalisation qui favorisa la constitution de très nombreux trésors qui totalisaient un nombre de plus en plus important de monnaies d'argent. Si nous considérons le nombre de monnaies d'or conservées, nous remarquons 140 monnaies du douzième siècle et 54 monnaies de la première moitié du treizième siècle.
Le nombre de monnaies d'argent par quart de siècle ou siècle
trésors datés par ¼ de s. trésors datés par s. Total
801-825 0
826-850 5.143
851-875 2.070
876-900 10.914
801-900
1.204 19.331
901-925 9.296
926-950 64
951-975 301
976-1000 13.519
901-1000
2.975 26.155
1001-1025 4.642
1026-1050 4.903
1051-1075 609
1076-1100 841
1001-1100
2.993 13.988
1101-1125 9.758
1126-1150 11.433
1151-1175 23.342
1176-1200 18.981
1001-1200
46.833 110.347
1201-1225 56.225
1225-1250 44
1201-1250
14.932 71.201
Cette étude est basée sur les 427 trésors signalés par Duplessy. Le nombre de monnaies n'est connu et utilisable que pour 296 trésors. Ont été comptées les monnaies royales françaises selon la définition de J. Duplessy (dans l'inventaire des trésors) auxquelles ont été rajoutées les quelques rares monnaies immobilisées du type de Louis le Pieux et de Charles le Chauve, ainsi que les pièces du duc Hugues Capet émises à Paris (trésor n° 358). Les monnaies féodales ont été comptées quel que soit le lieu de frappe (France ou ateliers situées actuellement à l'extérieur de la France). Les monnaies considérées comme étrangères sont les monnaies émises par les souverains d'Allemagne (Otton) et les frappes d'Angleterre ou d'Écosse.
Ventilation des monnaies par origine
Période Trésors Total Royales Féodales Étrangères
Av. 800